300 000 patients européens attendaient ce traitement. Ils vont enfin le recevoir

Le Susvimo, implant rechargeable contre la DMLA néovasculaire, obtient le feu vert de l'UE après des années de tests cliniques. Une avancée technique… mais un coût qui interroge. Voici pourquoi ce feu vert cache une bataille plus large.

Publié le 22 septembre 2026 à 06:16
300 000 patients européens attendaient ce traitement. Ils vont enfin le recevoir

L’implant qui supprime les piqûres, mais pas les questions de prix

Roche l’annonce comme une avancée majeure : le Susvimo, c’est la fin des injections. Un petit boîtier de la taille d’un grain de riz, posé derrière la rétine, qui libère du ranibizumab pendant six mois. Six mois sans aiguille. Les essais cliniques l’ont prouvé : la vision se stabilise, voire s’améliore pour certains patients. Aux États-Unis, le dispositif est déjà commercialisé depuis 2022 sous le nom de Port Delivery System. En Europe, après des années de lenteur bureaucratique, l’UE a enfin dit oui. Pourquoi cette attente ?

Pas seulement parce que les régulateurs aiment tergiverser. Le vrai frein, c’était l’argent. Aux États-Unis, le Susvimo coûte 8 500 dollars par œil et par an (soit près de 8 000 euros). En Europe, les prix ne sont pas encore fixés, mais on peut parier qu’ils seront dans le même ordre de grandeur. Problème : les systèmes de santé européens, déjà à la limite, vont devoir choisir. Soit ils financent cet implant pour quelques milliers de patients éligibles, soit ils maintiennent les injections moins chères pour plus de monde. Roche mise sur le premier scénario.

Le groupe suisse a dépensé plus de 2 milliards de dollars en R&D pour ce dispositif. Leur argument ? À long terme, le Susvimo réduit les coûts globaux : moins de consultations, moins d’erreurs d’injection, moins d’hospitalisations pour complications. Sauf que personne ne sait encore si les économies seront réelles. Aux États-Unis, certains assureurs refusent de le rembourser parce que les données à 5 ans manquent. En Europe, les hôpitaux vont devoir négocier au cas par cas. Et les patients ? Ils, au moins, auront le choix. Enfin.

Ce que les essais ne disent pas sur les effets secondaires

Les études cliniques de Roche mettent en avant un point : le Susvimo réduit les risques d’infections oculaires, fréquentes avec les injections. Moins de manipulations, moins de risques. Sauf que.

Les essais ont aussi révélé des effets secondaires méconnus. Parmi eux : une augmentation des cas d’endophtalmie (une infection intraoculaire grave) chez certains patients, liée à la présence permanente du dispositif. Pourquoi ce détail est-il passé sous silence ? Parce que Roche a comparé ces risques à ceux des injections… mais sans donner de chiffres précis. Aux États-Unis, la FDA a exigé un suivi renforcé. En Europe, la Commission s’est contentée d’un feu vert conditionnel. Bref, on ne sait pas encore si ce traitement est plus sûr que les injections. Juste différent.

Autre ombre : l’autonomie du dispositif. Le Susvimo doit être rechargé tous les six mois par un médecin. Six mois sans traitement en cas de panne ? Roche assure que le système est fiable, mais personne ne peut garantir qu’un bug ou une erreur de manipulation ne laissera pas un patient sans traitement pendant des semaines. Aux États-Unis, des cas ont déjà été signalés. En Europe, on verra bien.

La vraie bataille : qui paiera, et pour qui ?

Le feu vert de l’UE est une victoire pour Roche. Mais une victoire à la Pyrrhus.

D’un côté, le groupe suisse peut maintenant attaquer les marchés émergents. L’Inde et la Chine, où la DMLA explose avec le vieillissement de la population, vont devenir des cibles prioritaires. Roche mise sur des prix plus bas dans ces pays, mais avec des marges encore juteuses. Problème : les systèmes de santé locaux n’ont pas les moyens de suivre.

De l’autre, en Europe, la vraie question n’est pas médicale. C’est financière.

Prenez la France : 15 000 nouveaux cas de DMLA néovasculaire par an. La Sécurité sociale dépense déjà 300 millions d’euros par an en traitements contre la maladie. Le Susvimo pourrait coûter 50 millions de plus… pour 5 000 patients. Est-ce que ça vaut le coup ?

Les autorités sanitaires vont devoir trancher. Et si elles disent non ? Roche a déjà un plan B : un implant encore plus cher, mais qui dure deux ans. Le jeu, c’est ça.

Ce que ce feu vert révèle sur l’Europe de la santé

L’UE a mis quatre ans à valider le Susvimo. Quatre ans pendant lesquels des milliers de patients européens continuaient à se faire piquer chaque mois. Pourquoi cette lenteur ?

Parce que l’Europe n’a pas de politique commune sur les médicaments innovants. Chaque pays négocie seul. Résultat : en Allemagne, le Susvimo sera peut-être remboursé dès 2027. En Espagne, on attendra 2028. En France, personne ne sait encore.

Ce feu vert, c’est aussi un aveu d’échec. L’Europe n’est pas capable de coordonner ses achats pour faire baisser les prix. Roche en profite. Elle sait que les hôpitaux français, allemands ou italiens négocieront chacun de leur côté, sans poids face au géant suisse. Le Susvimo coûte cher, très cher. Et personne ne va le contester.

La fin des injections ? Pas si vite.

Alors, le Susvimo va-t-il remplacer les injections ? Non. Pas tout de suite.

D’abord, parce que tous les patients ne sont pas éligibles. Ceux dont la DMLA est trop avancée ne pourront pas bénéficier de l’implant. Ensuite, parce que les médecins vont continuer à prescrire des injections pour les cas moins graves, moins chers. Enfin, parce que Roche elle-même ne mise pas tout sur ce dispositif.

Le groupe suisse travaille déjà sur une nouvelle génération d’implants, encore plus petits, encore plus longs. Leur vrai objectif ? Remplacer les injections pour toutes les maladies oculaires, pas seulement la DMLA. Le marché est énorme.

Pour les patients, ça change quoi, aujourd’hui ?

Si vous êtes concerné, vous avez maintenant une alternative. Mais attention :

  • Votre ophtalmo va devoir vous expliquer les risques (endophtalmie, panne du dispositif) que les labos minimisent.
  • Votre mutuelle ou la SĂ©cu va vous dire non si le prix est trop Ă©levĂ©. Comptez sur des dĂ©lais de plusieurs mois, voire des annĂ©es, pour un remboursement.
  • Roche va gagner de l’argent, encore et toujours. Personne ne sait si ce traitement sera vraiment plus efficace que les injections sur le long terme.

Le Susvimo, c’est une avancée. Mais pas une solution. Et surtout, pas une fin en soi.

La vraie question, c’est : qui va payer, et jusqu’où ? Parce que derrière ce feu vert, il y a une certitude : les patients n’ont pas fini de se battre.

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R Galaxie Rédaction

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