Qui prend en charge les soins des personnes stomisées au Maroc ?
R Galaxie Rédaction · 3 novembre 2026 à 22:14 · 4 min de lecture
Au Maroc, les personnes vivant avec une stomie font face à des défis persistants pour accéder à des soins adaptés et à un accompagnement social. L’association Astoma alerte sur des lacunes dans la prise en charge, entre contraintes médicales et tabous persistants. Les solutions dépendent désormais de la mobilisation des acteurs publics et associatifs.
Un parcours médical encadré par des protocoles, mais des moyens limités
Au Maroc, la décision d’une stomie, intervention chirurgicale consistant à détourner les selles ou les urines vers une poche externe, relève des protocoles médicaux établis par les services hospitaliers publics et privés. Cette opération, souvent indispensable en cas de cancer colorectal, de maladies inflammatoires chroniques ou de traumatismes, est réalisée selon des critères cliniques précis : l’urgence vitale, l’échec d’autres traitements, ou la nécessité de préserver la santé du patient. Les délais dépendent de la disponibilité des lits en chirurgie digestive et de l’avis d’une équipe pluridisciplinaire, incluant chirurgiens, oncologues et infirmiers spécialisés.
Cependant, la prise en charge postopératoire soulève des questions. Les hôpitaux publics, comme ceux de l’Université ou du Centre Hospitalier Universitaire d’Ibn Rochd à Casablanca, assurent les premiers soins et la formation initiale des patients. Pourtant, les stocks de dispositifs médicaux, poches, collecteurs, accessoires, ne sont pas toujours suffisants, selon les retours recueillis par des associations comme Astoma. Les patients se tournent alors vers des solutions importées ou payantes, ce qui aggrave leur situation financière.
Un accompagnement social et psychologique encore fragmenté
Si les soins médicaux sont couverts par la sécurité sociale ou les mutuelles, leur accessibilité reste inégale. Les patients rapportent des difficultés pour obtenir des rendez-vous de suivi, notamment en dehors des grandes villes. À cela s’ajoute un manque criant d’accompagnement psychologique et social, essentiel pour apprivoiser le choc émotionnel lié à une stomie. Les associations, comme Astoma, comblent partiellement ce vide en organisant des ateliers d’information et des groupes de parole. Leur action, bien que précieuse, dépend largement de bénévoles et de dons, sans soutien structurel de l’État.
Les arguments en faveur d’une meilleure intégration des stomisés
Plusieurs pistes pourraient améliorer la situation. D’abord, l’intégration systématique de la stomie dans les parcours de soins : former davantage d’infirmiers et de médecins généralistes à la prise en charge des stomisés permettrait de réduire les déserts médicaux. Ensuite, la généralisation des dispositifs médicaux gratuits ou subventionnés pour les patients les plus précaires, comme cela existe dans certains pays européens. Enfin, la reconnaissance officielle de la stomie comme handicap invisible ouvrirait droit à des aides spécifiques, notamment pour les personnes en activité professionnelle.
Ces mesures reposent sur des exemples concrets à l’étranger. Au Maroc, où le système de santé public est déjà sous tension, leur mise en œuvre nécessiterait une volonté politique claire et des ressources supplémentaires.
Les objections et limites d’une approche ambitieuse
Certains acteurs soulignent les obstacles à une telle réforme. Le coût : les dispositifs médicaux de qualité et leur distribution à grande échelle représenteraient un investissement important pour l’État. La formation : intégrer la stomie dans les cursus médicaux et paramédicaux demanderait des années et des moyens humains. Le tabou : malgré les progrès, la stomie reste un sujet mal connu, voire stigmatisé, ce qui freine les demandes de prise en charge.
Par ailleurs, les associations elles-mêmes reconnaissent que leur action, aussi utile soit-elle, ne peut se substituer à une politique publique. Sans cadre légal, leurs initiatives restent ponctuelles et dépendantes de la bonne volonté des bénévoles. Enfin, la question des inégalités territoriales persiste : les patients des régions éloignées des centres urbains peinent à accéder aux soins, faute de structures adaptées.
Ce qui reste à établir : un cadre légal et des financements
Aujourd’hui, aucune loi ne consacre spécifiquement les droits des personnes stomisées au Maroc. Leur situation relève de dispositions générales sur la santé et le handicap, mais sans mécanisme dédié. Pour avancer, plusieurs étapes sont nécessaires. D’abord, l’élaboration d’un plan national incluant la formation des professionnels, la distribution de dispositifs médicaux et le soutien psychologique. Ensuite, la création d’un fonds public ou mixte pour financer ces mesures, comme cela existe pour d’autres pathologies chroniques. Enfin, une campagne de sensibilisation pour lever les préjugés et encourager les patients à solliciter leur droits.
La prochaine étape dépendra des décisions du ministère de la Santé, qui devra arbitrer entre priorités budgétaires et besoins médicaux. À défaut, les patients continueront de dépendre, pour une partie, de l’initiative locale et des dons.
Trois questions restent en suspens. La première porte sur les modalités de financement : qui paiera pour les dispositifs et les formations ? La seconde concerne l’implication des mutuelles, souvent réticentes à couvrir des soins jugés trop spécialisés. Enfin, comment concilier urgence médicale et moyens limités sans laisser les plus vulnérables sur le bord du chemin ?