Le stérilet hormonal, ce petit caillou dans la machine à bonheur ?
En 2022, une étude danoise publiée dans The BMJ a fait grincer des dents : 20 % des femmes utilisant un stérilet hormonal (DIU au lévonorgestrel, comme le Mirena) rapportaient des symptômes dépressifs, contre 10 % avec un stérilet au cuivre. Pas une preuve de cause à effet, ont rétorqué les auteurs. Juste une association. Comme si on vous disait : « Oui, il y a plus de noyades dans les piscines, mais ça ne veut pas dire que les piscines tuent. » Sauf que les piscines, on les voit. Le stérilet, lui, reste dans le ventre. Et les effets, parfois, aussi.
Mais alors, pourquoi en parler ? Parce que depuis 20 ans, les mêmes questions reviennent. Parce que les femmes qui osent en parler se heurtent à un mur : « C’est dans votre tête. » « Essayez d’enlever. » « C’est normal les premiers mois. » Comme si la dépression, c’était une grippe passagère. Comme si le corps n’avait pas le droit de réagir à une dose quotidienne d’hormones synthétiques, libérées directement dans l’utérus, comme un compte-gouttes en permanence.
Et puis il y a le cas de Claire, 34 ans, cadre dans une boîte de com’ à Paris. Elle a posé son Mirena en 2018 pour réguler ses règles. Trois mois plus tard, elle a arrêté de rire. « Je me suis mise à détester mon mari. Mon patron. Ma sœur. Même mon chat. » Son médecin ? « C’est le stress. » Son psy ? « Vous avez un trauma refoulé. » Jusqu’à ce qu’elle tombe sur un forum où des centaines de femmes décrivaient la même chose : « Comme si on m’avait volé ma joie. » « Je pleure pour un mot de travers. » « Je fais l’amour comme une mission. » Claire a retiré le stérilet. Les symptômes ont mis six mois à disparaître. « On m’a dit que c’était rare. En vrai, c’est juste qu’on n’en parle pas. »
Les études existent, mais personne ne veut les voir
En 2016, une méta-analyse dans Contraception avait déjà pointé du doigt un risque accru de dépression avec les stérilets hormonaux, surtout chez les femmes sans antécédents psychiatriques. « Le lévonorgestrel passe dans la circulation sanguine, explique le Dr. Sophie Marceau, gynécologue à Lyon. Techniquement, ça peut influencer l’humeur. Mais est-ce que c’est la cause ? Personne ne sait. » Personne ne sait, mais les femmes, elles, savent. Elles savent que quand elles retirent le DIU, parfois, elles retrouvent leur sourire. Elles savent que les effets ne sont pas toujours « passagers ».
Le problème ? Les essais cliniques mentent un peu.
Quand le Mirena a été approuvé en Europe en 2000, les tests n’ont inclus que 1 500 femmes, avec un suivi de six mois. Six mois. Le temps qu’il faut pour que les symptômes dépressifs apparaissent, ou pas. « On ne cherche pas les effets rares, on cherche l’efficacité, rappelle le Dr. Marceau. Sauf que les effets pas rares, mais sous-estimés, ça, on les voit pas. » Résultat : les notices mentionnent « changements d’humeur » en petits caractères, comme une clause de non-responsabilité. « Possible », « rare », « temporaire ». Trois mots qui désamorcent tout.
Et puis il y a l’étude de l’Université de Copenhague (2020), qui a suivi 1,7 million de femmes pendant 15 ans. Verdict : celles avec un stérilet hormonal avaient un risque 1,2 fois plus élevé de faire une dépression. *« Statistiquement significatif », mais pas assez pour alerter, semble-t-il. « On préfère parler des avantages : moins de règles, moins de kystes, moins de cancers. Les inconvénients ? On les balaye sous le tapis. »
Pourquoi les gynécos minimisent-ils les risques ?
« Parce que c’est pratique. » La phrase est crue, mais elle résume tout. Les stérilets hormonaux, c’est l’arme ultime contre les grossesses non désirées : efficace à 99 %, sans effort, pour 10 ans. Dans un monde où les IVG sont de plus en plus contestées et où les préservatifs ont une image de « plan B », le DIU hormonal est devenu la solution miracle. « Les femmes nous supplient de leur en poser, ajoute le Dr. Marceau. Si on commence à dire attention, ça peut vous pourrir la vie, on va se faire engueuler. »
Le vrai problème ? Le manque de transparence.
En France, seulement 3 % des femmes sont informées des risques psychiatriques avant la pose, selon une enquête de la DREES (2021). Trois pour cent. Alors que les effets secondaires psychologiques sont la deuxième raison de retrait après les saignements anormaux (source : Haute Autorité de Santé, 2019). « On parle des nausées, des migraines, mais pas de la déprime. Comme si c’était un luxe que les femmes n’avaient pas le droit de se payer. »
Et puis il y a l’argument économique. Un stérilet hormonal coûte entre 500 et 800 euros, remboursé à 60 %. Un coût bien inférieur à une IVG (1 000 € en moyenne), ou à une dépression traitée (comptez 3 000 € par an en soins, arrêts maladie, perte de productivité). « Les assurances adorent ça, soupire une sage-femme parisienne. Moins cher qu’un burn-out. »
Que faire si vous suspectez un lien ?
D’abord : ne pas se taire. Les forums (comme Stérilet et Dépression sur Facebook, 12 000 membres) regorgent de témoignages. Ensuite : exiger un suivi. Pas un contrôle à 3 mois, mais un vrai bilan à 6 mois. « Si vous vous reconnaissez dans les symptômes, retirez-le. Point. » Le Dr. Marceau est sans appel. « Les alternatives existent : stérilet au cuivre, implant, pilule. Ou alors, on assume que certaines femmes ne sont pas faites pour ça. »
Le piège ? Beaucoup attendent trop. « Elles pensent que c’est normal, explique la psy Marie Dubois, spécialiste des troubles hormonaux. Résultat : elles dépriment en plus de leur stérilet. » Un cercle vicieux.
Et puis il y a la question qui tue : si les risques sont réels, mais pas prouvés, qui paiera ? Les labos ? Les hôpitaux ? Les femmes, encore une fois ? « Personne ne veut assumer, conclut le Dr. Marceau. Alors on fait semblant de rien. »
*La vraie question n’est pas si ça déprime, mais pourquoi on continue comme si de rien n’était
Parce que les stérilets hormonaux sauvent des vies. Parce que les femmes qui n’ont aucun problème avec, sont majoritaires. Parce que parler de risques, c’est toujours un peu casser l’euphorie.
Mais quand une méthode contraceptive modifie votre cerveau, même légèrement, même parfois, est-ce qu’on a le droit de faire semblant de ne pas voir ?
Le vrai scandale, ce n’est pas que les études existent. C’est qu’on ne les applique pas.
En 2024, avec 1 femme sur 5 concernée (source : ANSM), le silence devient complice. Alors oui, les preuves manquent. Mais les femmes, elles, sont là . Et elles attendent qu’on les écoute.
Pas besoin de preuve absolue pour dire : « Attention, ça peut vous coûter cher. »