Valve joue avec les règles, et les devs trinquent
Outcast Tales, c’est l’histoire d’une escouade perdue dans un monde post-apo, où les choix comptent et où chaque combat est une partie de poker tactique. Le pitch ? Un mélange de Fallout, de Divinity: Original Sin et de XCOM, avec une touche de Bioshock Infinite pour le côté sombre. Le tout servi en 2D pixel art, parce que visiblement, Valve a décidé que le rétro était tendance.
Sauf que le vrai problème, ce n’est pas le jeu. C’est la façon dont il arrive. Gratuit. Sans avertissement. Sans que personne ne sache vraiment qui en est le vrai propriétaire, ni comment il va être monétisé. Parce que oui, même un jeu gratuit se vend. La question, c’est : à quel prix ?
D’après les chiffres de SteamDB, Outcast Tales a déjà été téléchargé plus de 50 000 fois en 48 heures. Un score décente pour un jeu indie, mais surtout un score qui ne paie pas les salaires. Et c’est là que le bât blesse : derrière ce cadeau, il y a une stratégie. Une stratégie qui rappelle étrangement celle de Valve avec Dota 2 ou Artifact, faire du free-to-play pour attirer les joueurs, puis les faire payer indirectement. Sauf que là, le modèle est plus flou. Plus sale.
7 boss, 4 fois plus de rencontres… et un business model opaque
Le jeu propose 7 boss finaux inédits, une mécanique de combat au tour-par-tour poussée, et des quêtes secondaires qui s’étendent sur des dizaines d’heures. Assez pour occuper un joueur pendant des semaines. Assez pour que les développeurs, eux, ne touchent rien du tout sur les téléchargements. Parce que oui : Outcast Tales est un Early Access gratuit, mais il n’a pas été financé par des dons ou une campagne Kickstarter. Il a été publié par Valve sans que personne ne sache vraiment d’où il sort.
C’est là que les choses deviennent intéressantes. Parce que Valve, ces derniers temps, a une drôle de manière de traiter avec les indés. En 2022, le géant de Kirkland a retiré des jeux de son catalogue du jour au lendemain, sans explication. En 2023, il a baissé les royalties pour les petits éditeurs, au motif que « les coûts d’hébergement augmentaient ». Et maintenant, il balance un jeu gratuit qui ressemble étrangement à ce que des studios comme Obsidian ou InXile auraient pu sortir, sauf qu’eux, ils auraient dû vendre des copies à 60 dollars pour amortir leurs coûts.
Alors oui, Outcast Tales est un bon jeu. Très bon, même. Assez pour que les joueurs se demandent pourquoi ils n’ont pas payé. Assez pour que les développeurs se demandent pourquoi Valve ne leur reverse rien. Et assez pour que les éditeurs indépendants se demandent : jusqu’à quand on va se faire niquer comme ça ?
Le vrai jeu, c’est la guerre des modèles économiques
Parce que voici le truc : Valve ne donne pas des jeux gratuits par altruisme. Valve veut des joueurs. Des joueurs qui vont jouer à Outcast Tales, qui vont aimer, et qui vont peut-être, plus tard, acheter Dota 2, Counter-Strike ou un autre jeu de la boutique. Des joueurs qui vont rester dans l’écosystème Steam, et qui vont consommer autre chose.
Le problème, c’est que cette stratégie étouffe les indés. Un jeu gratuit comme celui-là, c’est une claque pour un studio qui a mis trois ans à développer son RPG à 30 dollars. Parce que soudain, le joueur se dit : « Pourquoi je paierais 30 balles quand je peux avoir un jeu aussi bien gratuitement ? »
Et Valve, lui, s’en fiche. Parce que son vrai business, ce n’est pas Outcast Tales. C’est la boutique. C’est les microtransactions. C’est le contrôle total sur l’expérience joueur.
D’ailleurs, si on creuse un peu, on se rend compte que Outcast Tales ressemble étrangement à un prototype interne de Valve. Un jeu testé en interne, puis sorti sans que personne ne sache vraiment qui en est le créateur. Une manière de sondage du marché avant de lancer quelque chose de plus gros ? Ou juste une façon de faire chier les petits éditeurs en leur volant leur public ?
Et après ? On attend quoi, la prochaine claque ?
Parce que voici la réalité : Steam n’est plus une plateforme. C’est un écosystème. Et dans un écosystème, il y a des prédateurs et des proies. Valve, avec ses jeux gratuits, ses baisses de royalties et ses coups tordus, joue clairement le rôle du prédateur.
Les joueurs, eux, vont continuer à télécharger Outcast Tales. Ils vont aimer. Ils vont en parler. Et Valve, lui, va encaisser. Pas sur ce jeu. Mais sur les autres.
La vraie question, ce n’est pas « Ce jeu est-il bon ? ». La vraie question, c’est : jusqu’à quand on va laisser faire ça ?
Parce que non, Outcast Tales n’est pas un cadeau. C’est une stratégie. Et comme toutes les stratégies, elle a un but. Et ce but, ce n’est pas vous.
C’est eux.