Le 18 septembre 2024, Steam a annoncé ce que les joueurs appellent une « aubaine » : deux jeux payants deviennent gratuits pendant quatre jours. Squad, le FPS tactique à 100 joueurs où chaque balle compte, et Gas Station Simulator, ce jeu minimaliste où vous gérez une station-service en attendant la fin du monde. À première vue, c’est du pain béni. Sauf que non. Parce que derrière cette opération marketing se cachent des réalités bien moins reluisantes que les captures d’écran des streamers qui en parlent déjà comme d’un « must-play ».
Squad : le FPS qui vous ruine sans que vous le sachiez
Gas Station Simulator, c’est simple : soit vous l’aimez, soit vous le détestez. Le jeu, sorti en 2017, repose sur un concept absurde, pomper de l’essence, discuter avec des clients, et attendre que le monde s’effondre. Le tout en pixel art mignon. Certains y voient une satire sociale, d’autres un jeu pour ceux qui n’aiment pas les jeux. Bref, c’est soit un chef-d’œuvre de minimalisme, soit une insulte à votre temps.
Mais Squad, lui, c’est une autre histoire. Développé par Ghost Recon (oui, ceux de Tom Clancy), ce FPS militaire à 100 joueurs coûte normalement 50 euros. Quatre jours gratuits, c’est tentant. Sauf que Steam ne fait pas ça par altruisme. Le jeu est technique, exigeant, et surtout : il se vend mal. Les chiffres parlent : depuis sa sortie en 2020, Squad a écoulé environ 1,2 million d’exemplaires (source : Steam Spy, 2024). Un score médiocre pour un jeu de cette envergure. Alors oui, c’est gratuit maintenant. Mais une fois les quatre jours passés, vous allez devoir payer. Et là, la question se pose : Squad vaut-il vraiment 50 euros ?
La réponse dépend de ce que vous attendez. Si vous cherchez un Call of Duty avec des véhicules blindés et des assauts tactiques, vous serez déçu. Squad est lent, réaliste à l’excès, et son multijoueur en ligne est… clairsemé. Les serveurs sont souvent vides, les matchs interminables. Bref, un jeu pour hardcore gamers, pas pour les occasionnels. Pourtant, Steam mise sur cette gratuité pour attirer du monde. Résultat ? Dans quatre jours, vous aurez peut-être testé le jeu… et vous vous retrouverez à payer pour un produit qui ne vous convient pas.
Gas Station Simulator : le jeu qui vous fait douter de tout
Gas Station Simulator, c’est l’exemple parfait de ce que Steam fait de mieux, et de pire. Le jeu est gratuit depuis des années sur PC, mais il reste payant sur consoles. Pourquoi ? Parce que les éditeurs savent que les joueurs sur Xbox ou PlayStation sont prêts à payer pour des expériences « exclusives ». Sauf que là, Steam casse les codes en le rendant gratuit. Pourquoi maintenant ?
Plusieurs hypothèses. La première : Gas Station Simulator est un jeu ultra-niche. Il ne se vend pas en masse, mais il a une communauté fidèle. En le rendant gratuit, Steam attire des curieux qui, peut-être, achèteront d’autres jeux sur la plateforme. La seconde : c’est un test. Steam joue avec les attentes des joueurs. Si Gas Station Simulator fait un carton pendant ces quatre jours, d’autres jeux bizarres pourraient suivre. Si ça floppe ? Personne n’en parlera.
Mais le vrai problème, c’est que Gas Station Simulator n’est pas fait pour tout le monde. Si vous cherchez de l’action, des graphismes de ouf, ou une histoire captivante, vous allez être déçu. C’est un jeu lent, répétitif, où le plaisir vient de son absurdité même. Certains adoreront. D’autres le détesteront. Et c’est ça, le piège : Steam vous donne l’impression de faire une bonne affaire, alors qu’en réalité, vous risquez de perdre votre temps, ou pire, votre argent.
Pourquoi Steam fait ça ? La réponse est simple : l’algorithme
Steam n’est pas une association caritative. C’est une machine à vendre des jeux. Ces gratuits de quatre jours ? C’est du data mining. Pendant ces jours, Steam va collecter des montagnes d’informations : qui télécharge, qui joue, qui achète d’autres jeux après. Tout ça sert à affiner ses recommandations. « Voici ce que vous pourriez aimer », dit l’algorithme. « Et si vous essayiez ce jeu à 60 euros ? »
Le problème, c’est que ces recommandations sont souvent biaisées. Steam pousse les jeux qui rapportent, pas ceux qui vous plaisent. Résultat ? Vous finissez par acheter des trucs que vous ne jouerez jamais. Et ça, c’est le vrai business model de Valve.
Alors, lequel des deux jeux faut-il essayer ?
Si vous êtes un fan de FPS tactiques et que vous avez deux heures à tuer, Squad peut valoir le coup. Mais préparez-vous à un jeu difficile, cher, et souvent vide. Si vous tombez amoureux du concept, vous paierez 50 euros pour rien.
Si vous cherchez quelque chose de dépaysant, absurde, et sans prise de tête, Gas Station Simulator est fait pour vous. Mais attention : si vous détestez les jeux lents et répétitifs, vous allez regretter ces quatre jours.
Dans les deux cas, Steam gagne. Soit vous achetez Squad après l’essai gratuit. Soit vous passez votre temps sur Gas Station Simulator sans rien dépenser, et Steam aura quand même récupéré vos données pour vous pousser vers d’autres achats.
Le vrai jeu, c’est celui que Steam ne vous montre pas
Derrière ces gratuits, il y a une stratégie bien huilée : faire croire que tout est accessible, alors que rien ne l’est vraiment. Les jeux gratuits sont des leurres. Les recommandations sont des pièges. Et les algorithmes ? Ils savent exactement ce que vous voulez, avant même que vous ne le sachiez.
Alors oui, profitez-en. Essayez Squad. Jouez à Gas Station Simulator. Mais gardez un œil ouvert : ces quatre jours de gratuité ne sont qu’un leurre. Le vrai jeu, c’est celui que Steam ne vous montre pas.