Les start-up nucléaires testent un pari fou

Des entrepreneurs américains veulent construire des réacteurs nucléaires en 5 ans. Les régulateurs râlent, les investisseurs se bousculent. Mais les risques ? Personne n’en parle vraiment.

Publié le 13 septembre 2026 à 06:10
Les start-up nucléaires testent un pari fou

Le rêve (ou le cauchemar) de 5 ans pour un réacteur nucléaire

En 2018, NuScale promettait un réacteur modulaire prêt en 2024. Cinq ans plus tard, ils en sont encore à convaincre l’Autorité de sûreté nucléaire américaine. Pourtant, leur site web affiche toujours : « Deployment by 2029 ». Traduction : ils mentent, ou ils se mentent. Les deux, peut-être.

Pourtant, l’idée fait son chemin. Aux États-Unis, une vingtaine de start-up nucléaire se lancent dans la course aux petits réacteurs (SMR, Small Modular Reactors). Objectif : des centrales compactes, moins chères, plus rapides à construire. Sauf que le nucléaire, ça ne se bricole pas comme une appli. Et que les régulateurs, eux, ne jouent pas.

Pourquoi les marchés ferment les yeux sur les délais

Le problème, c’est l’argent. Pas les milliards manquants, ils arrivent. En 2023, le Department of Energy américain a débloqué 3,2 milliards de dollars pour ces projets « breakthrough ». Sauf que les promesses de livraison ? Elles glissent. Toujours plus loin.

Prenez TerraPower, la pépite de Bill Gates. Leur réacteur Natrium devait être opérationnel en 2028. En 2024, ils repoussaient à « pas avant 2030 ». Personne ne leur a coupé les vivres. Pourquoi ? Parce que les investisseurs parient sur le timing : « Le marché du nucléaire va exploser dans les années 2030 ». Traduction : « On verra bien plus tard si ça marche. »

Et puis, il y a l’argument Trump. Sous sa présidence, la Nuclear Regulatory Commission (NRC) a accéléré les procédures pour les SMR. Résultat : des dossiers qui traînaient depuis des années ont été validés en quelques mois. Sous Biden, la machine a ralenti, mais les start-up ont déjà pris de l’avance. Leur stratégie ? « On construit d’abord, on régule après ».

Ce que les régulateurs ne veulent pas admettre

La NRC a un problème : elle n’a jamais évalué un réacteur de ce type. Pas même sur papier. Leurs outils ? Conçus pour des centrales géantes, pas pour des modules de 50 mégawatts. Alors ils improvisent.

En 2023, un rapport interne (fuité) révélait que la NRC manquait de « ressources et d’expertise » pour superviser ces projets. Traduction : « On est à la ramasse ». Pourtant, ils signent des accords avec NuScale et TerraPower comme si de rien n’était.

Le pire ? Les start-up savent très bien que les délais sont irréalistes. Mais elles misent sur un truc simple : « Les gens vont avoir besoin d’électricité. Et si on est les premiers à livrer, même en retard, on aura gagné ».

Le vrai risque : quand la précipitation devient un danger

Il y a un détail qui cloche. Aucun de ces réacteurs n’a jamais fonctionné à pleine puissance. Aucun. Même les prototypes sont des maquettes. Et pourtant, les contrats se signent.

En Idaho, NuScale a obtenu un permis pour construire son premier réacteur… sur un site universitaire. Pourquoi là ? Parce que c’est le seul endroit où la NRC a accepté de faire une exception. « Un environnement contrôlé », disent-ils. Traduction : « On ne sait pas gérer un vrai chantier, alors on commence petit ».

Sauf que les vrais clients, eux, veulent des centrales maintenant. Le problème ? Personne ne sait ce qui se passera quand on passera de 1 module à 10, puis à 100. Et si un bug informatique (oui, même dans le nucléaire, il y a des bugs) fait planter tout le système ?

Ce que les investisseurs ignorent encore

Les start-up nucléaires ont un argument massue : « Le nucléaire, c’est propre et ça ne dépend pas du pétrole ». Sauf que personne ne parle des déchets. Ces petits réacteurs, censés être « sûrs », produisent quand même des barres de combustible usagé. Et personne n’a encore décidé où les stocker.

En 2022, une étude de l’Union of Concerned Scientists montrait que les SMR pourraient générer « jusqu’à 20 % de déchets de plus » que les centrales classiques. Parce que leur conception les rend plus difficiles à recycler. Résultat : on va encore avoir des déchets radioactifs pendant des siècles. Sans solution.

La vraie question n’est pas « Est-ce que ça va marcher ? »

C’est « Est-ce que quelqu’un va payer le prix ? ».

Parce que si ces réacteurs explosent (au sens propre ou figuré), ce ne seront pas les actionnaires qui trinqueront. Ce sera vous. Sous forme de taxes supplémentaires, de retards dans les réseaux électriques, ou pire : un nouveau Tchernobyl… mais en version start-up.

Et le plus drôle ? Personne n’en parle. Pas les médias, pas les régulateurs, pas même les entrepreneurs. Parce que tout le monde a intérêt à faire semblant d’y croire.

Le nucléaire 2.0 n’est pas une révolution. C’est une arnaque en costume-cravate.

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R Galaxie Rédaction

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