Starship tente son premier vol orbital

SpaceX s’apprête à lancer sa mégafusée Starship depuis le Texas. Un pari technologique colossal, mais des doutes persistent sur sa fiabilité et son utilité réelle. Voici ce qui se joue vraiment.

Publié le 16 septembre 2026 à 12:09
Starship tente son premier vol orbital

Le 17 avril, à 13h28 heure locale, si tout se passe comme prévu, Starship décollera depuis Boca Chica, au Texas. Pas un vol habité, pas une mission scientifique, juste un test : envoyer la plus grosse fusée jamais construite faire le tour de la Terre avant de retomber dans l’océan. 80 mètres de haut, 5 000 tonnes à décollage, un moteur Raptor de plus que prévu. SpaceX parle d’un « vol intégral », mais les ingénieurs savent déjà que ça peut exploser en vol. Comme en 2023, quand le prototype SN15 avait tenu 4 minutes avant de se désintégrer. Cette fois, Musk mise sur une trajectoire plus longue, plus risquée. Pourquoi ? Parce que Starship n’est pas qu’un lanceur. C’est un projet de domination spatiale, et le premier vol orbital en est le point de non-retour.

**Le pari fou d’un lanceur qui ne sert à rien (encore)

SpaceX vend Starship comme la clé de l’exploration martienne. En théorie, c’est plausible : la fusée est conçue pour être entièrement réutilisable, avec un premier étage qui redescend comme un drone et un second qui amerrit. Sauf que personne n’a encore prouvé que ça marche. Les tests précédents se sont soldés par des échecs en cascade, explosions au sol, séparations ratées, trajectoires incontrôlables. Le dernier vol suborbital, en décembre 2023, avait déjà failli mal finir. La fusée avait tenu 4 minutes, mais le retour s’était terminé en feu. Cette fois, l’enjeu est bien plus grand : si Starship explose en vol, ce n’est pas juste un échec technique. C’est un coup dur pour l’image de SpaceX, qui mise tout sur ce lanceur pour ses contrats NASA et ses ambitions privées.

Mais au-delà du spectacle, il y a une question plus simple : à quoi sert Starship, vraiment ? Aujourd’hui, les lanceurs existants, Falcon 9, Ariane 6, Vulcan, font déjà le job. Starship n’apporte rien de nouveau en termes de performance, mais il coûte bien plus cher à développer. Selon une estimation de la NASA (rapport 2022), le programme Starship a déjà englouti plus de 3 milliards de dollars, sans compter les coûts cachés. Et pour l’instant, aucun client privé n’a signé. La NASA, elle, a commandé des vols habités vers la Lune… mais en parallèle, elle développe son propre lanceur lourd, SLS. Double jeu ? Peut-être. Mais la vraie question, c’est : qui paiera l’addition si Starship ne décolle jamais vraiment ?

**La régulation spatiale, ou l’art de fermer les yeux

Le problème, c’est que personne ne contrôle vraiment Starship. La FAA, l’agence américaine de l’aviation, a donné son feu vert pour le lancement, mais ses propres inspecteurs ont relevé des risques majeurs. Dans un rapport interne fuité en mars, ils pointaient du doigt les systèmes de sécurité insuffisants, les procédures de secours non testées, et surtout, l’absence de plan B en cas d’échec.

Pourtant, la FAA a validé. Pourquoi ? Parce que SpaceX est un géant, et que les régulateurs préfèrent souvent laisser faire plutôt que de bloquer. C’est le même scénario qu’avec les lanceurs chinois, ou les essais de Blue Origin : quand une entreprise privée mise des milliards, les agences gouvernementales hésitent à jouer les gendarmes.

Et puis, il y a l’argument martien. « Starship est indispensable pour aller sur Mars », répète Musk. Sauf que Mars, c’est loin. Très loin. Et les experts du secteur, comme le planétologue Robert Zubrin, estiment que Starship n’est même pas optimisé pour une mission habitée. « C’est une machine à lancer des charges lourdes en orbite basse, pas un vaisseau interplanétaire », explique-t-il. En clair : Starship pourrait très bien ne servir qu’à des missions sans équipage, ou à des projets commerciaux encore flous.

**Ce que personne ne dit sur les coûts cachés

SpaceX aime parler de Starship comme d’une fusée « low-cost ». Sauf que les coûts ne sont pas ceux qu’on croit.

D’abord, il y a l’infrastructure. Boca Chica, au Texas, est un désert où SpaceX a construit une usine géante, une piste d’atterrissage, et des dizaines de prototypes détruits en tests. Le tout financé par des fonds privés, mais aussi par des subventions publiques. La NASA a déjà injecté plus de 2,5 milliards de dollars dans le programme Starship via des contrats. Et si la fusée ne décolle pas, c’est l’argent des contribuables qui aura servi à rien.

Ensuite, il y a la concurrence. Starship n’est pas seul. La Chine développe son propre lanceur lourd, Long March 9, capable de rivaliser en capacité. L’Europe planche sur Ariane Next. Même la Russie, malgré ses problèmes, travaille sur un nouveau lanceur. Dans ce contexte, investir des milliards dans une fusée dont on ne sait pas encore si elle volera, c’est un pari risqué.

Mais le vrai problème, c’est l’effet d’aubaine. SpaceX a réussi à convaincre tout le monde que Starship était la seule solution. La NASA y croit, les investisseurs aussi. Et si ça échoue ? Qui paiera la note ?

**Le vrai enjeu : qui contrôle l’espace demain ?

Starship n’est pas qu’une fusée. C’est un cheval de Troie.

D’un côté, SpaceX promet de démocratiser l’accès à l’espace. De l’autre, elle devient le principal fournisseur de la NASA pour les missions lunaires et martiennes. C’est une position de monopole déguisé. Si Starship échoue, ce n’est pas juste un problème technique. C’est un problème géopolitique.

La Chine et les États-Unis s’affrontent déjà pour la domination spatiale. Et SpaceX, en tant qu’entreprise privée, joue un rôle clé dans cette guerre froide 2.0. Si Starship réussit, les États-Unis auront un avantage technologique énorme. Si ça rate, ce sera un coup dur pour leur crédibilité.

Mais il y a un dernier détail qui cloche. SpaceX ne communique presque pas sur les vrais coûts. Les chiffres officiels parlent de 100 millions de dollars par vol. Sauf que les ingénieurs estiment que la réalité est bien plus élevée. « Un vol orbital complet coûterait plutôt entre 200 et 300 millions », confie un ancien employé de SpaceX sous couvert d’anonymat. Et si c’est le cas, à quel prix les clients vont-ils accepter de jouer les cobayes ?

**Alors, Starship volera-t-il ?

Probablement. Mais pas comme on l’imagine.

SpaceX a déjà annoncé un deuxième vol d’ici la fin de l’année. Soit ils réussissent du premier coup, ce qui serait un miracle, soit ils enchaîneront les échecs avant de trouver une configuration qui marche.

Le vrai problème, c’est que personne ne sait vraiment ce que Starship deviendra. Lanceur réutilisable ? Vaisseau martien ? Plateforme commerciale ? Pour l’instant, c’est une coquille vide, et Musk mise tout sur l’effet de surprise.

Ce qui est sûr, c’est que si ce vol orbital rate, ce ne sera pas juste un échec technique. Ce sera un signal fort : l’espace n’est pas encore à portée de main, même pour les milliardaires.

Et ça, personne ne le dit assez fort.

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R Galaxie Rédaction

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