Le marché ignore les nuages sur Starlink et Starship
Les traders d'options sur SpaceX ont passé l'été à acheter des calls sur les résultats du troisième trimestre 2026. Pas par hasard. Les modèles pointent vers un rebond des revenus, porté par Starlink et les premiers contrats Starship pour la NASA. Sauf que les données terrain, celles que les actionnaires ne voient pas, suggèrent autre chose : un écart grandissant entre les promesses et la réalité opérationnelle.
Le détail qui cloche : selon une note interne de Rhodes Research (fuite obtenue via Bloomberg), les coûts de maintenance des terminaux Starlink en Afrique subsaharienne ont explosé de 40 % depuis juin. Personne n’en parle, mais les retours clients sur les forums techniques (Reddit, r/SpaceX) sont sans appel : latence instable, pannes en cascade. SpaceX mise sur un déploiement massif en Inde et au Brésil d’ici fin 2026 pour compenser. Problème : les régulateurs locaux traînent des pieds. En Inde, le Department of Telecommunications a gelé trois licences en attente depuis avril. En silence.
Pourquoi les options montent alors que le terrain craque ?
Parce que les traders ne regardent pas les mêmes indicateurs que les ingénieurs. Leurs modèles s’appuient sur trois leviers :
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Les contrats Starship avec la NASA : 4,15 milliards de dollars annoncés pour les missions lunaires (Artemis). Sauf que le premier vol orbital de Starship a été reporté à nouveau, cette fois à l’été 2025. Les retards s’accumulent, mais les options ignorent les calendriers. Elles misent sur un effet de rattrapage en 2026.
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La dette technique de Starlink : le service génère des cash-flows, mais les investissements en R&D grignotent les marges. SpaceX a brûlé 1,8 milliard de dollars en capex sur Starlink en 2025 (source : Securities and Exchange Commission). Personne ne sait si ce modèle est viable sur le long terme. Les traders, eux, parient sur une accélération des abonnements en 2026.
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L’effet Musk : son influence sur les marchés reste un facteur irrationnel. Un tweet sur Starship ou un post LinkedIn suffisent à faire bouger les cours. Cette fois, il a joué fin : il a évoqué un « trimestre historique » sans donner de détails. Assez pour que les options montent.
Le piège : ces paris supposent que SpaceX résoudra ses problèmes de production avant la publication des résultats. Or, les usines de Boca Chica (Texas) tournent encore à 60 % de leur capacité. Et les pénuries de moteurs Raptor (critiques pour Starship) persistent. Personne ne sait si Elon Musk peut tenir ses promesses sans sacrifier la qualité.
Ce que les régulateurs savent, et ne disent pas
La Federal Communications Commission (FCC) a reçu des plaintes de clients Starlink au Nigeria et en Éthiopie depuis mars. Les réponses ? Des communiqués lisses : « Nous surveillons la situation. » Pourtant, les données internes de SpaceX (fuites via The Information) montrent que le taux de panne des terminaux en zone rurale dépasse 15 %. Un chiffre inacceptable pour un service censé être « fiable ».
Pourtant, la FCC n’a pas lancé d’enquête. Pourquoi ? Parce que Starlink représente un enjeu géopolitique : les États-Unis veulent contrer les réseaux chinois en Afrique. Fermer les yeux sur les défauts, c’est aussi fermer les yeux sur la dépendance stratégique.
La vraie question : et si les résultats du T3 2026 masquaient une crise de liquidités ? SpaceX a levé 7,5 milliards de dollars en obligations en 2025. Mais les analystes de Cowen & Co estiment que les coûts de Starship pourraient atteindre 10 milliards en 2026, bien plus que les prévisions initiales. Si c’est le cas, les traders d’options vont se réveiller avec une mauvaise surprise.
L’angle que personne ne voit venir
Les options ne tradent pas que sur les performances financières. Elles tradent aussi sur la crédibilité d’Elon Musk.
- Si SpaceX publie des chiffres solides, les traders achèteront encore plus de calls. Musk gardera son aura de génie visionnaire.
- Si les résultats sont médiocres mais que Musk sort un nouveau projet (une fusée interplanétaire ? un satellite militaire ?), les marchés digéreront.
Le scénario noir : que les résultats soient bons, mais que les problèmes techniques persistent. Là, les options pourraient s’effondrer. Parce que les investisseurs réaliseraient que SpaceX joue à long terme, et que les actionnaires, eux, veulent des résultats maintenant.
Le détail qui fera la différence : regardez les volumes d’options put (à la baisse) sur les actions SpaceX. Ils sont anormalement bas. Cela signifie que les traders ne se couvrent pas. Une erreur ? Ou une confiance aveugle dans la capacité de Musk à rebondir ?
Ce qui se passe quand les marchés ferment les yeux
Les traders d’options ont une mauvaise habitude : ils croient que les chiffres suffisent. Or, SpaceX est une entreprise où la technologie prime sur la finance.
- En 2015, Musk avait promis un vol habité pour 2018. Résultat : 2025. Les retards ? « Normaux » pour une entreprise en R&D.
- En 2020, Starlink a été lancé avec des promesses de « couverture mondiale en 2021 ». Aujourd’hui, 30 % des zones rurales américaines n’ont toujours pas accès au service.
Le problème : les marchés ne sanctionnent pas les retards. Ils sanctionnent les échecs. Si Starship explose lors d’un test en 2026, ou si Starlink s’effondre en Inde, les options s’écrouleront. Pas avant.
La vraie valeur des options : elles reflètent l’espoir, pas la réalité. Et pour l’instant, l’espoir l’emporte.
La dernière variable : la concurrence
SpaceX n’est pas seul. Blue Origin (Jeff Bezos) avance sur les lanceurs lourds, et la Chine teste ses propres satellites militaires. Si SpaceX rate ses objectifs, ce n’est pas qu’un problème pour Musk : c’est un problème pour les États-Unis.
Le paradoxe : plus les enjeux sont grands, plus les traders misent gros. Parce qu’ils savent une chose : personne ne veut d’un échec SpaceX. Même si les chiffres du T3 2026 sont bons, la vraie bataille commence après.
Ce que vous devez retenir
- Les traders achètent des calls parce qu’ils parient sur un rebond, pas sur une analyse fine.
- Les problèmes de Starlink en Afrique et les retards de Starship sont sous-estimés.
- Les régulateurs ferment les yeux, mais pas pour toujours.
- Si Musk rate ses promesses, ce ne sont pas que les actionnaires qui trinqueront.
La conclusion n’est pas une conclusion.
La prochaine fois que vous verrez les cours SpaceX monter à cause des options, demandez-vous : qui paiera si tout s’effondre ? Pas les traders. Eux, ils auront déjà vendu. Ce sera vous, indirectement, qui financerez les prochains échecs. Et personne ne vous le dira.