En 2023, l’Allemagne a annoncé un plan pour devenir leader européen de l’IA. Trois ans plus tard, aucun des 12 projets phares n’a abouti. Pas faute d’argent. Faute de volonté politique. Les budgets sont votés, les appels d’offres lancés, mais les résultats ? Des startups fantômes, des chaises musicales entre ministères, et des contrats qui finissent dans les poches de sous-traitants étrangers. Pendant ce temps, l’Union européenne vote des réglementations sur l’IA comme on signe des pétitions : avec le sourire et sans conséquences. Le AI Act, censé encadrer les géants du numérique, a mis trois ans à se négocier. Trois ans. Pendant lesquels les États-Unis ont déjà enterré leurs concurrents avec des investissements massifs et une stratégie claire : l’IA n’est pas un jouet, c’est une arme économique. Et l’Europe ? Elle tergiverse entre le protectionnisme de principe et la réalité des marchés ouverts. Résultat : en 2024, seulement 12 % des serveurs cloud européens sont contrôlés par des acteurs locaux (étude Cloud Infrastructure Services Europe, IDG Research). Le reste ? Amazon, Microsoft, Google. Et personne ne bronche vraiment. Pourtant, quand un État perd le contrôle de ses données, ce n’est pas qu’une question de privacy. C’est une question de survie stratégique. En 2018, la Chine a utilisé ses données de santé pour former des algorithmes de prédiction médicale. Aujourd’hui, elle vend ces modèles au monde entier. L’Europe, elle, n’a même pas de données centralisées. On nous parle de data sovereignty, mais dans les faits, les hôpitaux français utilisent encore des outils américains pour stocker les dossiers médicaux des patients. Et quand on demande pourquoi, on obtient des réponses toutes faites : « C’est plus rapide. » « C’est moins cher. » « Personne ne sait faire mieux. » Bref, l’excuse du realpolitik technologique. Mais le realpolitik, ça se joue à long terme. Et là, on est en train de perdre. Pas parce que l’Europe n’a pas les compétences. Mais parce qu’elle n’a pas les couilles pour trancher. L’IA n’est pas un sujet technique, c’est un sujet géopolitique. Et si l’Europe veut éviter de finir en colonie numérique, il faut arrêter de faire semblant. Le vrai problème, ce n’est pas le manque de talents. C’est le manque de décision. En 2022, la Commission européenne a lancé DestinE, un programme pour développer des supercalculateurs européens. Objectif : rivaliser avec les États-Unis et la Chine. Problème : les serveurs ont été commandés… chez Dell. Dell, entreprise américaine. Quand on vous dit que l’Europe veut être souveraine, mais qu’elle achète ses outils à ses ennemis, vous croyez quoi ? Ce n’est pas une question d’argent. C’est une question de priorités. Les États-Unis ont compris une chose simple : si vous contrôlez les données, vous contrôlez l’avenir. L’Europe, elle, est encore en train de se demander si elle doit réguler les deepfakes ou si elle doit laisser Facebook faire ce qu’il veut. Pendant ce temps, la Chine a déjà intégré l’IA dans son armée. Les États-Unis ont déjà utilisé des algorithmes pour prédire les émeutes. Et l’Europe ? Elle est en train de se faire doubler sur tous les fronts. La souveraineté technologique, ce n’est pas une option. C’est une question de survie. Mais pour y arriver, il faut arrêter de jouer les hypocrites. Si vous voulez vraiment être indépendants, il faut : - Arrêter de subventionner les géants américains sous prétexte de « compétition ». La compétition, ça se fait à armes égales. Aujourd’hui, c’est une mascarade. - Centraliser les données stratégiques (santé, énergie, défense) dans des infrastructures européennes. Pas des serveurs loués chez OVH, mais des data centers sous contrôle public, avec des algorithmes open-source. - Interdire les dépendances critiques. Si un hôpital français utilise un cloud américain pour gérer les urgences, c’est un problème de sécurité nationale. Pas une question de « flexibilité ». - Former des ingénieurs, oui, mais avec un objectif clair : pas pour faire joli, pas pour *« l’innovation », mais pour remplacer les outils américains et chinois dans les administrations, les hôpitaux, les armées. Le vrai scandale, ce n’est pas que l’Europe ne soit pas assez forte. C’est qu’elle ne veut pas l’être. Parce que ça implique de choisir. De dire non. De refuser les compromis. Et ça, personne n’en a envie. Pourtant, c’est la seule façon de ne pas finir en vassal. En 2024, l’Union européenne a importé 98 % de ses puces électroniques (source : European Semiconductor Industry Association). 98 %. Vous vous rendez compte ? On est en train de déléguer notre indépendance technologique à des pays qui ne partagent pas nos valeurs. Et après, on s’étonne que la Chine espionne nos réseaux 5G. La souveraineté, ça ne se décrète pas. Ça se construit. Mais pour construire, il faut d’abord vouloir. Et là, on a l’impression que l’Europe préfère rêver qu’agir. Le pire, c’est que ce n’est même pas une question de moyens. Les budgets existent. Les compétences aussi. Le problème, c’est l’absence de ligne rouge. Quand est-ce qu’on en aura assez de jouer les figurants dans la guerre technologique ? Quand est-ce qu’on va comprendre que la vraie dépendance, ce n’est pas financière ? C’est morale ? Parce qu’au final, si vous laissez des entreprises américaines ou chinoises contrôler vos données, vos hôpitaux, vos armées, vous n’êtes plus un État souverain. Vous êtes un client. Et les clients, on les manipule. On les surveille. On les ignore quand ça arrange. Alors oui, l’Europe peut rêver d’une IA européenne. Mais tant qu’elle ne sera pas prête à payer le prix, celui de la rupture, celui du conflit d’intérêts, celui de l’inconfort, elle restera un joli décor pour les discours. Le choix est simple : soit vous voulez vraiment être maîtres chez vous, soit vous préférez continuer à jouer les figurants dans le théâtre des autres. Et ce n’est pas une question de technologie. C’est une question de volonté. Alors, vous choisissez quoi ?