L’Europe paie en dollars pour des puces qu’elle ne maîtrise pas
En 2023, l’UE a importé pour 127 milliards d’euros de semi-conducteurs, dont 60 % viennent des États-Unis ou de Taïwan (source : rapport de la Commission européenne sur les chaînes d’approvisionnement). Qualcomm, Nvidia, TSMC, ces noms résonnent comme des évidences. Pourtant, personne ne pose la question : pourquoi l’Europe, qui se targue de vouloir une souveraineté technologique, achète-t-elle ses outils stratégiques à ses rivaux ?
Pas seulement par commodité. Parce que ses propres acteurs n’ont pas les moyens de rivaliser. ASML, le géant néerlandais des machines de lithographie, a mis 10 ans à développer son outil extrême ultraviolet (EUV). Résultat ? Les puces européennes restent en retard d’une génération. Pendant ce temps, TSMC livre des gravures en 3 nm, et l’Europe trime encore sur du 7 nm. C’est comme si Airbus commandait ses moteurs à Rolls-Royce au lieu de les fabriquer soi-même.
Le vrai problème, c’est l’argent.
Les États-Unis injectent 280 milliards de dollars dans leur loi CHIPS (Chips and Science Act), soit l’équivalent de 2,5 fois le budget de recherche de l’UE. La France, avec son plan France 2030, mise sur 50 milliards d’euros pour la souveraineté industrielle. Problème : 30 milliards sont déjà engloutis dans des subventions aux géants du CAC 40. STMicroelectronics, un fleuron, a vu ses parts de marché fondre face à Samsung et Intel. Pendant ce temps, les startups européennes en puces, celles qui pourraient innover, ferment ou partent. DeepMind ? Siège à Londres. Mistral AI ? Déjà en train de s’installer en Californie. Vos talents ne vous attendent pas.
L’IA, ce leurre souverainiste
Bruxelles parle d’IA européenne comme d’un Graal. Mais qui finance vraiment les modèles de langage ? Les données ? 80 % des données d’entraînement des IA viennent des États-Unis (étude du MIT en 2023). Les calculs ? Les serveurs les plus puissants tournent chez Google ou Microsoft. Et les talents ? Un ingénieur français en deep learning gagne 30 % de moins qu’un collègue de San Francisco.
Pourtant, l’Europe se rassure avec des projets comme Galileo pour le GPS ou le supercalculateur LUMI. Des coquilles vides. Galileo dépend des puces américaines. LUMI ? Un jouet pour les chercheurs, pas une industrie. La vraie souveraineté, ce n’est pas un centre de calcul à Barcelone, c’est une usine à Toulouse qui tourne à flux tendu.
Le piège des demi-mesures
L’UE a interdit les puces chinoises dans ses infrastructures critiques. Bravo. Elle a lancé des fonds pour les puces européennes. Trop peu, trop tard. Elle parle de réguler l’IA. Sans moyens.
Prenez le cas de STMicroelectronics. En 2020, l’État français lui a promis 1,5 milliard d’euros pour moderniser sa usine de Crolles. Résultat ? Les investissements privés n’ont pas suivi. Pourquoi ? Parce que le marché est capté par les géants américains. Vous voulez une souveraineté technologique ? Il faut choisir : soit vous subventionnez des champions nationaux qui étouffent l’innovation, soit vous laissez les startups mourir dans l’œuf.
La troisième voie existe, mais elle passe par des choix brutaux
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Arrêtez de financer les géants. Les 30 milliards de France 2030 devraient irriter les startups, pas les actionnaires de Total ou Airbus. Une puce, ça ne se décide pas dans un conseil d’administration, ça se bricole dans un garage.
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Taxez les GAFAM. Pas pour remplir les caisses, mais pour forcer leurs données à rester en Europe. Google et Meta stockent vos données en Irlande ? Faites-les payer une taxe souveraineté. Ces milliards pourraient financer des données ouvertes, le vrai carburant de l’IA.
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Lâchez prise sur le court terme. Une puce européenne, ça se construit en 15 ans. Pas en mandats politiques. Le programme américain CHIPS a été préparé sous Obama, lancé sous Trump, et financé sous Biden. L’Europe, elle, change de stratégie tous les 6 mois.
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Arrêtez de rêver en solo. La souveraineté technologique, c’est comme une armée : ça ne marche qu’à plusieurs. L’Allemagne et la France se tirent dans les pattes sur les semi-conducteurs ? C’est fini. Il faut une agence européenne des puces, avec un budget contraignant, des objectifs clairs, et le droit d’interdire les importations si les quotas ne sont pas respectés.
Le vrai risque, ce n’est pas la Chine. C’est vous.
Vous croyez que Pékin va vous laisser tranquille si vous restez dépendants des États-Unis ? Non. La Chine a déjà racheté des puces européennes via des filiales suisses. Vos régulateurs ferment les yeux. Pourquoi ? Parce que les lobbies américains paient mieux que les idéaux européens.
Alors voici le choix :
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Option 1 : Continuer comme ça. Acheter des puces à 10 000 km, laisser filer vos ingénieurs, et prier pour que personne ne vous coupe les vivres. C’est l’option résignation.
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Option 2 : Inventer une souveraineté sélective et agressive. Pas pour tout contrôler, mais pour ce qui compte vraiment : les puces, les données, les talents. Avec des moyens, pas des vœux pieux.
L’Europe a les ressources. Elle manque de courage.
Pas de conclusion pompeuse. Juste un fait : en 1985, l’Europe dominait 40 % du marché des semi-conducteurs. Aujourd’hui, c’est 10 %. En 2035, ce sera 5 %, si vous ne changez rien.
Le compte à rebours a commencé.