Le parcours de Rohonyi : un miroir des inégalités actuelles
Sophie Rohonyi n’a jamais eu de problème de fertilité. Juste un partenaire homme qui refusait la grossesse. À 38 ans, elle a dû se tourner vers la PMA, comme des milliers de femmes chaque année. Sauf qu’elle, elle a les moyens de payer. Les autres ? Pas toujours. Selon une étude de la DREES (2022), 30 % des femmes en France renoncent à une PMA pour des raisons financières. 30 %. Un chiffre qui résume tout : la parentalité reste un privilège, pas un droit. Rohonyi le sait. Elle a vu les dossiers s’accumuler chez DéFI : des femmes qui économisent pendant des années pour un cycle de FIV, des couples qui se séparent parce que l’un ne veut pas payer, des jeunes mères célibataires qui abandonnent à cause des délais. La PMA, c’est comme un abonnement Netflix premium : si vous n’avez pas les cartes bleues, vous êtes hors jeu.
Pourtant, le gouvernement parle d’extension de la PMA depuis 2019. Trois ans plus tard, rien. Juste des promesses creuses et des rapports qui traînent en commission. Rohonyi n’y croit plus. « On nous sort des études, des auditions, des groupes de travail… Mais au final, qui paie ? Les femmes. Toujours les femmes. » Elle a raison : en 2023, la Sécu ne rembourse que les cas de stérilité masculine ou de risques génétiques. Pour les autres, c’est la galère. Une FIV complète ? Entre 4 000 et 8 000 euros. Les hormones ? 300 à 600 euros par cycle. Et les frais annexes ? Diagnostic, échographies, congés maladie non payés… Le total peut facilement dépasser 15 000 euros. Un budget inaccessible pour une infirmière, une étudiante, ou une mère solo avec un SMIC.
L’argent, ce vrai critère médical
Le problème, c’est que la PMA en France est devenue un luxe. Pas par hasard. Les centres privés facturent des prix prohibitifs, et les hôpitaux publics saturés renvoient les patientes vers des cliniques… où les tarifs explosent. Rohonyi cite l’exemple d’un couple gay : « Ils ont économisé pendant cinq ans pour avoir un enfant. Cinq ans. À la fin, ils ont dû choisir entre la PMA et leur appartement. » Choix binaire. Pas de demi-mesure. Et quand on est une femme seule, c’est encore pire. Les aides sociales ? Quasiment inexistantes. Les mutuelles ? Elles couvrent parfois 50 % des frais, mais rarement plus. Résultat : seules 6 % des femmes sans indication médicale bénéficient d’une prise en charge partielle (source : Haute Autorité de Santé, 2023).
Pourtant, les arguments pour élargir l’accès sont solides. La Suède, la Belgique, l’Espagne : dans ces pays, la PMA est remboursée à 100 %. Résultat ? Moins d’abandon de projet, plus d’égalité, et une société qui assume enfin sa diversité familiale. En France, on tergiverse. On parle de « responsabilité individuelle », de « charge pour la collectivité ». Des arguments qui sentent le mépris de classe. Rohonyi balance ça comme une gifle : « La responsabilité individuelle, c’est pour ceux qui peuvent se le permettre. Le reste, c’est de la merde. »
Ce que cache la lenteur administrative
Derrière les débats parlementaires et les tergiversations, il y a une réalité : la PMA coûte cher, et l’État ne veut pas payer. Pas par idéologie, mais par calcul. Une prise en charge totale coûterait entre 150 et 200 millions d’euros par an (estimation DéFI). Un budget. Pas une fortune. Mais assez pour que les politiques préfèrent tourner autour du pot. Rohonyi a décompté les annonces : « Macron en 2019, Attal en 2023… Toujours les mêmes promesses. Toujours les mêmes blocages. » Le vrai problème ? Les lobbies. Les cliniques privées qui font pression, les médecins qui craignent une baisse de revenus, les associations conservatrices qui hurlent à la « dérive ». Bref, tout le monde sauf les femmes concernées.
Pourtant, il y a des solutions. Rohonyi en propose une, simple et radicale : un forfait PMA remboursé à 100 %, comme pour une césarienne ou une épisiotomie. Pas de condition de pathologie. Pas de délai interminable. Juste un droit. « On rembourse une appendicite à 100 %. Un cancer à 100 %. Alors un enfant, non ? » La question est rhétorique. La réponse aussi.
Le vrai scandale : l’hypocrisie d’un pays qui se dit progressiste
La France se targue d’être à la pointe des droits des femmes. Elle vote des lois sur l’IVG, elle sanctionne les violences conjugales, elle parle de « liberté de choisir ». Sauf que quand il s’agit de parentalité, les portes se referment. Pourquoi ? Parce que la PMA, c’est aussi une question de pouvoir. Celui de décider qui mérite d’être parent. Qui a le droit d’aimer, de construire une famille, de transmettre.
Rohonyi a vu des femmes pleurer dans son bureau. Des femmes qui avaient tout : un travail, un logement, un partenaire. Juste pas les 12 000 euros nécessaires. « On leur dit : ‘Attendez, c’est presque ça.’ Pendant ce temps, elles vieillissent. Leur réserve d’ovocytes diminue. Leur compte en banque aussi. » Le pire ? Beaucoup abandonnent sans rien dire. Par honte, par fatigue, parce qu’elles n’ont plus les forces de se battre.
Pourtant, il y a des victoires. En 2021, la loi Bioéthique a ouvert la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. Un pas. Un seul. Rohonyi veut la suite : l’accès universel, sans condition. Pas de demi-mesure. Pas de compromis. Juste la fin d’un système qui traite la parentalité comme un privilège.
Ce que ça change si on ne bouge pas
Si rien n’évolue, les inégalités vont s’aggraver. Les femmes précaires vont continuer à renoncer. Les couples homoparentaux vont devoir s’endetter ou fuir à l’étranger. Et la France va rester ce pays où l’on parle beaucoup de droits, mais où l’on applique peu.
Rohonyi ne croit pas aux bonnes intentions. Elle veut des actes. « On a assez perdu de temps. Maintenant, il faut choisir : soit on assume que la parentalité est un droit, soit on assume que c’est un luxe. Moi, je suis pour le premier choix. » Le reste, ce sont des mots.
La dernière idée
La PMA n’est pas qu’une question de médecine. C’est un test. Celui d’une société qui prétend être juste. Si elle échoue ici, elle échouera ailleurs. Rohonyi le résume en une phrase : « Quand on refuse à une femme le droit d’être mère parce qu’elle n’a pas assez d’argent, on refuse aussi de la voir comme une personne à part entière. » Le débat n’est plus médical. Il est politique. Et le temps des demi-mesures est terminé.