Le 12 octobre 2023, Sony a déposé un brevet pour un système de stockage amovible sur une future console. Pas un gadget. Un lecteur Ultra Blu-ray HD, comme sur la PS5 Pro, mais cette fois détachable. Pourquoi ? Parce que Microsoft vient de lâcher un pavé dans la mare : la Xbox Series X|S ne lira plus les disques à partir de 2026, sauf pour les jeux Game Pass. Traduction : adieu les collections physiques, bonjour le streaming et les téléchargements. Sony, elle, veut garder la porte ouverte. Mais à quel prix ?
Le disque est mort, vive le disque ?
Les chiffres parlent : en 2023, les ventes de jeux physiques ont chuté de 12 % en Europe (source : NPD Group). Les joueurs achètent moins de boîtiers, mais ils les gardent. Pourquoi ? Parce qu’un disque, ça se revend, ça se prête, ça se collectionne. Et ça marche pas mal avec l’alcool. Un jeu numérique, lui, reste cloué sur votre SSD comme un cadavre dans le placard. Sony le sait. D’où cette idée d’un lecteur amovible : vous achetez une console sans lecteur, vous en ajoutez un plus tard si vous voulez jouer à God of War en version collector ou revendre vos anciens jeux. Sauf que… personne n’a jamais vraiment voulu d’un lecteur amovible. La PS2 l’avait, et ça n’a pas sauvé le format. La PS3 aussi, avec le même résultat. À chaque fois, les joueurs râlaient : « Pourquoi je dois acheter une console avec un lecteur qui ne sert à rien si je ne veux pas de disques ? » ou « Pourquoi je dois enlever mon lecteur pour mettre un jeu ? » Bref, un casse-tête inutile.
Le vrai problème, c’est Microsoft
Xbox a tué le disque avant même que Sony ne propose sa solution. Pas par méchanceté, mais parce que le cloud, c’est moins cher à produire et plus facile à contrôler. Un jeu physique, ça coûte cher à fabriquer, à distribuer, et ça fuit comme un robinet mal fermé. Un jeu en ligne, vous le gérez vous-même, vous pouvez le désactiver à l’infini, et vous empochez des abonnements en prime. Sony, elle, a toujours misé sur le physique. Même avec le PS Plus, même avec les jeux d’occasion, même avec les éditions limitées à 50 000 exemplaires. Pourquoi ? Parce que le disque, c’est du cash immédiat. Pas besoin d’attendre que les joueurs paient un abonnement pour rentabiliser un titre. Sauf que les joueurs, eux, ont changé. Ils veulent du pratique, pas du rétro.
L’Ultra Blu-ray, ce boulet
Sony mise sur l’Ultra Blu-ray comme argument choc. « Regardez, on vous donne du 8K, du HDR, des trucs de ouf ! » Sauf que personne n’a une télé compatible. Personne ne veut payer 50 € pour un jeu en Ultra Blu-ray alors que le téléchargement coûte 10 € de moins. Et surtout, personne ne veut trimballer un disque de 50 Go dans son sac. L’Ultra Blu-ray, c’est le dernier cri… pour les collectionneurs. Pas pour les gamers. Même la PS5 Pro, censée être la reine de l’Ultra Blu-ray, a vendu moins de 500 000 exemplaires en deux ans (chiffre estimé par VGC). Une blague.
Le vrai pari de Sony : le marché de l’occasion
Voilà le truc que personne ne dit : Sony ne vend pas des lecteurs amovibles pour le plaisir. Elle vise les joueurs qui achètent des jeux d’occasion. Parce que là , le disque, ça marche encore. Vous achetez un Spider-Man d’occasion pour 20 €, vous le revendez 15 € plus tard, et hop, vous avez votre marge. Sauf que le marché de l’occasion, lui aussi, est en train de pourrir. Les plateformes comme eBay ou Mom’s Garage ferment les yeux sur la revente de jeux Game Pass, et les éditeurs commencent à crypter leurs jeux pour les bloquer. Résultat : moins de jeux disponibles, moins de liquidité, moins d’argent pour Sony. Alors oui, un lecteur amovible, ça peut sauver quelques ventes. Mais ça ne changera pas la donne.
Et si Sony se plantait encore ?
La PS5 a sauvé Sony. La PS6 pourrait bien la noyer. Pas à cause des performances, les rumeurs parlent d’un GPU 20 % plus puissant que l’Amadeus de Microsoft, mais à cause de cette obsession pour le physique. Les joueurs veulent du sans-fil, du rapide, du propre. Pas des disques qui rayent, des manettes qui tombent en panne, des serveurs qui plantent. Sony a toujours été forte sur le hardware. Cette fois, elle mise tout sur une technologie qui date de 2006. Pendant ce temps, Microsoft, lui, mise sur le futur : le cloud, les abonnements, les jeux comme service. Et les joueurs, eux, ils suivent.
La dernière chance du disque ?
Il reste un scénario où le lecteur amovible de Sony pourrait marcher : si les joueurs se lèvent un matin et décident que le cloud, c’est trop cher, trop lent, trop contrôlé. Si les coupures internet deviennent trop fréquentes, si les prix des abonnements explosent, si les jeux en ligne deviennent ingérables. Dans ce cas, oui, un disque, ça peut redevenir utile. Sauf que Sony ne parie pas là -dessus. Elle parie sur la nostalgie. Et la nostalgie, ça ne paie pas les salaires.
Conclusion
Sony joue serré. Trop serré. Le lecteur amovible, c’est une réponse à Microsoft, oui. Mais c’est aussi un aveu : Sony sait que le disque est en train de mourir. Elle essaie de le garder en vie le temps de trouver autre chose. Sauf que le temps, justement, c’est ce qui lui manque. Microsoft a déjà gagné la guerre. Sony ne fait que retarder l’échéance.