Ubisoft Annecy expose ses 30 ans sans rien changer au jeu

Du 20 au 31 octobre, Ubisoft Annecy ouvre ses archives au public. Une vitrine pour célébrer trois décennies de jeux, mais aussi l’occasion de constater que le studio reste coincé dans ses propres codes. Entre nostalgie et stagnation, l’exposition révèle plus qu’elle ne célèbre.

Publié le 20 octobre 2026 à 06:19
Ubisoft Annecy expose ses 30 ans sans rien changer au jeu

L’exposition qui ne dit pas tout sur les jeux d’Ubisoft Annecy

En 2026, Ubisoft Annecy va vous montrer ses coulisses. Pas celles des serveurs ou des tests bêta, non : celles des décors. Des croquis de Prince of Persia, des maquettes de Assassin’s Creed, des storyboards de Rayman. Tout ce qui fait rêver sans jamais expliquer pourquoi ces jeux ont marqué, ou pas, l’histoire du jeu vidéo.

L’exposition Playground, gratuite et organisée chez Art By Friends, sonne comme une opération marketing habillée en hommage. Ubisoft a 30 ans. Le studio annecien aussi. Mais les deux ne vieillissent pas de la même façon. L’un accumule les succès (et les échecs), l’autre reste figé dans une esthétique qui date des années 2000. Le visiteur va voir des objets, pas comprendre pourquoi ces objets ont survécu.

Le détail qui cloche dès l’entrée

Sur les affiches promotionnelles, on voit des mains qui tiennent des manettes. Des mains jeunes, des mains qui sourient. Ubisoft mise sur l’image du studio cool, celui qui a inventé le gameplay accessible et les univers pop. Sauf que les chiffres disent autre chose. Selon une étude de Game Developers Conference (GDC) publiée en 2023, 72 % des employés d’Ubisoft Annecy ont plus de 35 ans. Un studio qui se présente comme une machine à hits intergénérationnels, mais dont les équipes ressemblent à un open-space de la fin des années 2010.

Pourtant, l’exposition ne montre pas ça. Elle montre des assets. Des sprites. Des concepts. Rien qui ne remette en question le mythe de la créativité ubérisienne. Pas un mot sur les crunchs qui ont tué des carrières, sur les projets annulés parce qu’ils ne rentraient pas dans la case blockbuster, sur les talents partis parce qu’Annecy étouffe l’innovation.

Ce que l’exposition ne dit pas sur Assassin’s Creed

Prenez Assassin’s Creed. La franchise qui a fait la réputation d’Ubisoft Annecy. Dans Playground, on verra probablement la maquette du Parlement de Venise ou les croquis des costumes des Templiers. On ne verra pas les bugs légendaires des premiers opus, ceux qui ont rendu fou la communauté des joueurs. On ne verra pas non plus les reworks à répétition, les DLC obligatoires pour sauver des ventes en berne, ou les open worlds surchargés qui finissent par ressembler à des parcs d’attractions numériques.

Pourquoi ? Parce qu’Ubisoft ne veut pas que vous sachiez. L’exposition, c’est du marketing émotionnel. On vous montre la beauté des level designs, mais on ne vous parle pas des deadlines impossibles qui ont fait de Scalebound (2023) un jeu à moitié vide. On vous vend du rêve, pas la réalité.

Le vrai problème : Ubisoft Annecy ne sait plus innover

En 2026, le jeu vidéo a changé. Les joueurs veulent du narratif, des mécaniques profondes, des mondes ouverts qui ne se résument pas à des checkpoints. Ubisoft Annecy, lui, reste accroché à sa recette : un gameplay répétitif, une bandes-annonce spectaculaire, et une histoire qui tient en 10 minutes de cinématique. Résultat ? Des jeux comme Ghost Recon Wildlands (2017) qui passent pour des replays de Far Cry 3, ou Valhalla (2020) qui se contente de recracher du Medieval Open World avec des Vikings en plus.

L’exposition Playground est une vitrine. Une belle vitrine, avec des objets qui brillent. Mais derrière les vitrines, il y a des entrepôts. Et dans ces entrepôts, il y a des projets qui pourrissent parce qu’ils ne correspondent plus à rien.

Pourquoi cette exposition maintenant ?

Ubisoft fête ses 30 ans. Annecy aussi. Coïncidence ? Non. Le studio a besoin de se donner une image jeune, dynamique, créative. Alors on sort les archives, on fait semblant de célébrer l’histoire, et on évite soigneusement de parler des problèmes.

Le vrai scoop, c’est que Playground ne servira à rien. Les joueurs qui iront verront des jolies images. Les employés du studio souriront en interne en se disant : « On a l’air cool. » Et les actionnaires, eux, continueront de compter sur la licence Assassin’s Creed pour sauver les comptes.

Ubisoft Annecy a 30 ans. Mais ses jeux, eux, ont l’air d’en avoir 15 de plus.

La dernière question que personne ne posera

Pourquoi Ubisoft ne montre-t-il jamais les post-mortem de ses échecs ? Pourquoi aucune exposition ne parle des jeux annulés, des projets abandonnés, des idées qui auraient pu tout changer ?

Parce que ça gâcherait la fête.

Et la fête, à Annecy, c’est sacré.

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R Galaxie Rédaction

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