Sony perd le contrôle de ses jeux sur PlayStation

Les joueurs compilent les contradictions de Sony sur la propriété des jeux numériques. Entre promesses marketing et réalité juridique, la fin des disques PS4 expose un système qui ne tient plus. La loi AB 2426 pourrait tout changer.

Publié le 13 septembre 2026 à 14:10
Sony perd le contrôle de ses jeux sur PlayStation

Les promesses de Sony, ou l’art de vendre du vent

En 2006, avec la sortie de la PS3, Sony lançait son argument choc : « Les jeux physiques sont la seule vraie propriété. » Le message était direct, presque agressif. Les disques duraient, les données ne disparaissaient pas avec une mise à jour. « Achetez un jeu en magasin, il vous appartient. Téléchargez-le, et c’est nous qui décidons. » Sous-entendu : les joueurs qui achetaient des jeux sur PSN signaient un contrat de location déguisé. Pourtant, pendant des années, Sony a nié cette interprétation. En 2011, un support officiel répondait à un client : « Un jeu acheté sur PSN est votre propriété intellectuelle. Vous pouvez le revendre, le prêter, le jouer sur une autre console si vous changez de matériel. » Même mensonge, même formulation. Juste une date différente.

Le pire ? Sony a souvent utilisé ce discours pour justifier ses restrictions. En 2017, après le scandale des Final Fantasy XV et Horizon Zero Dawn retirés de la vente, le PDG Andrew House expliquait dans une interview : « Nous devons protéger nos joueurs contre les revendeurs qui gonflent les prix. Mais rassurez-vous, ceux qui ont acheté le jeu l’ont vraiment. » Traduction : « Vous ne possédez rien, mais chut. »

En 2020, la pandémie et les pénuries de cartes graphiques ont révélé l’absurdité du système. Les joueurs se sont rués sur les jeux d’occasion… pour se faire refuser l’accès à leurs propres achats numériques. « Le jeu est lié à votre compte PSN, pas à votre console », répondait invariablement le service client. Une réponse qui sonnait comme une confession. Sony admettait, sans le dire, que la « propriété » était une illusion.

La loi AB 2426, ou comment un texte californien défonce Sony

La loi AB 2426, signée en septembre 2023, est un coup de massue juridique. Elle oblige les éditeurs à afficher clairement, sur leur site de vente, si un jeu numérique est « truly owned » (vraiment possédé) ou non. Pas de jargon, pas de clauses cachées. Si le jeu est lié à un compte, il faut le préciser. Si des restrictions s’appliquent (multi-jeu simultané, expiration, etc.), il faut les lister. Et surtout : interdiction de mentir par omission.

Pour Sony, c’est un casse-tête. Parce que pendant des années, l’entreprise a joué sur les deux tableaux. D’un côté, elle vendait des consoles avec des arguments de propriété (« Votre jeu, votre règle »). De l’autre, elle signait des contrats de licence qui ressemblaient à des baux emphytéotiques. Les joueurs qui achetaient God of War sur PSN en 2018 croyaient détenir le jeu. En réalité, ils louaient une licence d’utilisation, révocable à tout moment.

La loi californienne force Sony à choisir. Soit elle assume : « Vos jeux ne vous appartiennent pas, et c’est comme ça. » Soit elle invente une nouvelle catégorie juridique pour justifier sa position. Les deux options sont désastreuses. La première braque les joueurs. La seconde ouvre la porte à des recours collectifs.

Le procès qui pourrait tout faire basculer

En mars 2024, un groupe de joueurs californiens a déposé une plainte contre Sony. Leur argument ? « Vous nous avez fait croire que nous possédions nos jeux, alors que vous gardiez le contrôle total. » La plainte cite des dizaines de communiqués internes et de déclarations publiques où Sony affirmait le contraire. Le plus savoureux ? Un extrait d’un manuel de formation des employés, daté de 2015 : « Expliquez toujours au client que son achat PSN est une propriété. Même si ce n’est pas techniquement vrai. »

Sony a tenté de faire annuler le procès pour « manque de clarté ». Trop tard. Les preuves s’accumulent. Les joueurs ont compilé des années de contradictions. En 2010, un tweet officiel disait : « PSN = liberté. Pas de restrictions, pas de DRM. » En 2019, un mail envoyé aux développeurs précisait : « Les jeux PSN sont des licences, pas des ventes. » Même entreprise, deux discours.

Le procès tourne autour d’un détail technique : la différence entre « vendre un jeu » et « accorder une licence ». En droit américain, c’est une nuance majeure. Si Sony a vendu les jeux, les joueurs ont des droits. Si elle a seulement loué, alors tout est négociable. Les avocats des plaignants misent sur les déclarations publiques de Sony pour prouver une intention frauduleuse. « Vous nous avez fait signer un contrat en nous mentant, maintenant vous devez assumer », résume leur stratégie.

La fin des disques, ou l’effondrement d’un modèle

Ironie du sort : c’est la fin des disques PS4 qui accélère la chute. Depuis 2020, Sony a arrêté de produire des jeux physiques pour la console. Résultat ? Les joueurs qui voulaient revendre ou prêter leurs jeux se sont retrouvés coincés. Impossible de sortir un jeu de la bibliothèque PSN pour le brancher sur une autre console. Impossible de le donner à un ami sans risque de voir son compte bloqué.

Pourtant, Sony continue de vanter les mérites du numérique. « Plus de pertes, plus de vols, plus de rayures », répète-t-elle. Sauf que les joueurs, eux, perdent bien plus que des disques. Ils perdent la maîtrise de leurs achats. Et quand on leur demande des comptes, Sony sort un argument imparable : « Vous avez signé le contrat. » Sauf que personne n’a lu le contrat. Personne ne savait qu’il signait pour une licence révocable.

Le vrai problème, c’est que Sony a construit son empire sur un mensonge. Pas un mensonge ponctuel, non : une stratégie de communication systématique. Pendant des années, elle a vendu du rêve (« Votre jeu, votre façon ») tout en gardant les clés. Maintenant, la loi et les tribunaux lui demandent des comptes. Et les joueurs, eux, veulent simplement ce qu’on leur a promis.

Ce que ça change pour vous

Si vous avez acheté un jeu sur PSN avant 2020, il y a de fortes chances que vous ne le possédiez pas vraiment. Vous avez une licence d’utilisation, valable tant que Sony ne décide pas du contraire. Vous pouvez jouer, oui. Mais revendre ? Prêter ? Transférer ? Non. Et si vous changez de console, ou si votre compte est hacké, vous risquez de perdre l’accès.

La loi AB 2426 va obliger Sony à afficher ces restrictions clairement. Mais attention : elle ne rendra pas vos jeux « vraiment » à vous. Elle obligera juste Sony à arrêter de mentir. Le vrai combat, c’est juridique. Et il ne fait que commencer.

Le pire ? Sony a encore une carte à jouer. Elle pourrait décider de « donner » la propriété à ses joueurs… en échange d’un abonnement mensuel. « Payez 10 dollars par mois, et tous vos jeux vous appartiennent », pourrait-elle proposer. Un modèle hybride, entre Netflix et propriété intellectuelle. Les joueurs seraient propriétaires… à condition de rester abonnés.

Restez vigilants. Parce que Sony a déjà gagné une bataille : celle de l’opinion publique. Pendant des années, les joueurs ont cru à ses promesses. Maintenant, il faut leur faire comprendre qu’elles n’ont jamais été vraies.

La propriété, c’est comme l’amour : si on doit vous le dire, c’est que vous ne l’avez pas.

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R Galaxie Rédaction

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