Votre téléphone vibre. Un message : « Votre eSIM Simple est prête. Activez-la pour voyager sans frais. » Vous cliquez. L’appli vous guide. Vous validez. En trois taps, vous venez de lier votre compte bancaire à une puce électronique qui gère désormais vos appels, vos données, et accessoirement, votre budget. Bienvenue dans la néobanque 2.0, où la banque ne se contente plus de gérer votre argent : elle gère aussi votre vie mobile. Simple, la filiale d’Attijariwafa bank, vient d’ajouter des fonctionnalités qui frôlent l’hubris. Pas seulement des virements instantanés ou des cartes sans frais. Non. Ici, on parle d’eSIM intégrées, de programmes de parrainage qui transforment vos proches en clients captifs, et d’un écosystème où chaque clic vous rapproche un peu plus d’un compte où tout est connecté. Le problème ? Personne ne vous a demandé votre avis.
L’eSIM, ce cheval de Troie dans votre téléphone
Simple propose désormais d’acheter et d’activer des eSIM directement depuis son appli. Pourquoi ? Parce qu’avec votre historique de dépenses, vos habitudes de voyage, et votre solde en temps réel, la banque sait exactement quand vous partez en vacances. Et si elle vous vend aussi la forfait mobile correspondant ? C’est du cross-selling poussé à l’extrême.
Le vrai danger ? La banque devient votre opérateur télécoms par défaut. Vous voyagez souvent ? Simple vous propose des forfaits « nomades » avec des partenariats opaques. Vous oubliez de résilier ? Trop tard : votre ligne est déjà liée à votre RIB. Personne ne vous explique que vous venez de signer un contrat à durée indéterminée, avec des frais cachés.
Prenez Airalo, un acteur du secteur. Ils vendent des eSIM pour 5 dollars aux États-Unis. Simple, lui, vous facture via votre compte bancaire, avec des commissions qui s’ajoutent à celles de votre opérateur historique. Le tour est joué : vous payez deux fois pour la même connexion.
Le parrainage, ou l’art de transformer vos proches en otages
Simple mise aussi sur le parrainage. « Parrainez un ami, gagnez 80 euros. » Sauf que.
- Votre ami s’inscrit via votre lien. Son compte est lié au vôtre.
- Simple vous verse 80 euros… si votre ami reste client pendant trois mois.
- Si votre ami se plaint, résilie, ou simplement oublie de payer, vous perdez vos 80 euros.
C’est du marketing agressif déguisé en cadeau. Et le pire ? Vous devenez responsable des dettes de votre parrainé. Si son compte est à découvert, Simple peut bloquer le vôtre en attendant régularisation. Une forme de caution bancaire déguisée.
Pourtant, personne ne parle des risques. Personne ne mentionne que ces programmes transforment vos relations en leviers de pression commerciale. Parce que c’est plus simple de faire croire que c’est un jeu.
Attijariwafa bank joue les apprentis sorciers
Derrière Simple, il y a Attijariwafa bank, une institution marocaine présente en France depuis des années. Le problème ? Les banques traditionnelles n’ont pas la culture de l’innovation disruptive.
Regardez Revolut. Ils ont lancé les eSIM en 2020, mais avec une transparence brutale : « On vous vend une eSIM, vous savez que c’est un partenariat avec un opérateur tiers. » Simple, lui, fusionne tout dans un seul écosystème. Vous ne voyez pas la frontière entre votre compte bancaire et votre forfait mobile. C’est une stratégie de confusion calculée.
Et puis, il y a la régulation. La Banque de France n’a pas encore encadré ces pratiques. Les néobanques jouent en zone grise : ni tout à fait banques, ni tout à fait opérateurs télécoms. Elles profitent du vide juridique pour tout connecter.
Ce que ça signifie pour vous
Si vous utilisez Simple (ou une néobanque similaire), vous êtes un produit.
- Vos données de voyage → Simple vous propose des forfaits ciblés.
- Vos relations → Le parrainage vous transforme en recruteur non rémunéré.
- Vos oublis → Les frais de résiliation ou d’inactivité sont prélevés automatiquement.
Le pire ? Vous ne vous en rendez même pas compte. Parce que l’interface est lisse, les explications floues, et les alternatives compliquées.
La vraie question n’est pas « Est-ce que ça marche ? » mais « À quel prix ? »
Simple est une néobanque ambitieuse. Trop ambitieuse. Elle veut tout contrôler : votre argent, vos communications, vos déplacements.
Le jour où votre eSIM ne fonctionne plus parce que votre compte est en retard de paiement, ou où votre forfait mobile est résilié parce que vous avez changé de banque… vous comprendrez.
Pour l’instant, personne ne bronche. Mais les néobanques ne sont pas des startups. Ce sont des filiales de groupes bancaires. Et quand les choses iront mal, ce sera vous qui paierez.
Alors la prochaine fois que Simple vous propose une eSIM ou un parrainage, demandez-vous une chose : est-ce que je veux vraiment que ma banque gère aussi mon téléphone ?