1,2 milliard de francs suisses pour étouffer la concurrence

Sika avale Azpects Group, un fabricant britannique de sables polymères. L’objectif ? Contrôler le marché européen sans que personne ne bronche. Mais cette acquisition cache un calcul plus large : la chimie suisse mise sur l’UK pour verrouiller des parts de marché avant que les régulateurs ne se réveillent.

Publié le 9 octobre 2026 à 20:06
1,2 milliard de francs suisses pour étouffer la concurrence

Pourquoi l’UK, et pas ailleurs ?

Sika joue serré. Le Royaume-Uni, c’est le dernier grand marché européen où les barrières à l’entrée restent faibles. Pas de contrôle strict des concentrations avant 2024, grâce au National Security and Investment Act qui a étendu les pouvoirs du gouvernement à certains secteurs stratégiques. Trop tard pour Azpects : l’acquisition a été validée en septembre 2023, soit six mois avant que les règles ne durcissent. Une fenêtre ouverte par le Brexit et la précipitation des autorités à réguler.

Et puis, il y a la question des coûts. Construire une usine de sables polymères en Suisse ou en Allemagne ? 3 à 5 ans d’études, des millions en taxes environnementales, et des riverains qui manifestent. À Manchester ou à Birmingham, Sika contourne tout ça. Les usines d’Azpects sont déjà là, avec leurs permis, leurs stocks, et une main-d’œuvre habituée à produire pour le marché européen. 1,2 milliard de francs, c’est le prix pour sauter les étapes.

Mais le vrai coup de poker, c’est la distribution. Azpects fournit 40 % des paysagistes britanniques, un réseau que Sika n’avait pas. Résultat : demain, quand un client commandera du sable polymère pour un parc à Londres ou à Paris, il aura 80 % de chances de recevoir un produit Sika, soit directement, soit via un distributeur qui n’aura pas le choix.

Ce que les régulateurs ne voient pas venir

Les commissaires européens à la concurrence ont d’autres chats à fouetter. Entre l’inflation, les tensions géopolitiques et les scandales liés aux subventions vertes, personne ne surveille de près les rachats dans la chimie de la construction. Pourtant, Sika n’est pas le seul à jouer ce jeu. BASF a racheté 17 entreprises en Europe depuis 2020, dont 12 dans des secteurs adjacents (adhesifs, revêtements). Arkema a absorbé 9 PME françaises en 2 ans, sans que Bruxelles ne cligne des yeux.

Le problème ? Ces acquisitions ne sont pas des fusions verticales (où une entreprise rachète sa chaîne d’approvisionnement). Non, c’est de la concentration horizontale déguisée : on achète des concurrents pour éliminer la concurrence sans créer de monopole apparent. Les régulateurs, habitués à traquer les géants qui écrasent les PME, passent à côté de la stratégie inverse : les géants qui achètent les géants pour devenir invisibles.

Prenez le cas de Sika France. En 2021, le groupe a racheté Weber Saint-Gobain dans le segment des mortiers décoratifs. Officiellement, pour

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R Galaxie Rédaction

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