Sherbrooke injecte 10 M$ dans la recherche sur Alzheimer

Un don de 10 millions de dollars va financer des pistes concrètes à l’Université de Sherbrooke. Mais est-ce suffisant pour percer le mystère ? Et pourquoi la recherche canadienne traîne-t-elle derrière l’Europe et les États-Unis ?

Publié le 2 octobre 2026 à 10:25
Sherbrooke injecte 10 M$ dans la recherche sur Alzheimer

Le don arrive à point nommé, mais il ne suffira pas à lui seul. En 2024, on estime que 750 000 Canadiens vivent avec un déclin cognitif lié à l’âge, selon l’Alzheimer Society. Parmi eux, 50 000 sont des Québécois. Les chiffres gonflent, les laboratoires peinent. Pourtant, ce matin-là, l’Université de Sherbrooke (UdeS) annonce un coup de pouce : 10 millions de dollars, offerts par un donateur anonyme, vont être plongés dans la recherche sur Alzheimer et le vieillissement du cerveau. Assez pour soulever un coin du voile ? Peut-être. Assez pour changer la donne ? Probablement pas encore. Mais c’est déjà ça. Et ça, c’est rare au Québec, où les fonds publics pour la recherche en neurosciences sont aussi rares que les percées médiatisées sur la maladie d’Alzheimer. Alors oui, c’est une bonne nouvelle. Mais pas une révolution. Pas encore.**

Pourquoi Sherbrooke, et pas ailleurs ?

L’UdeS n’est pas un hasard. Le Centre de recherche sur le vieillissement (CRV) de Sherbrooke, affilié à l’université, est l’un des rares au pays à combiner recherche fondamentale et approche clinique. Autrement dit : on étudie les mécanismes de la maladie et on teste des traitements sur des patients. Problème ? Les fonds publics pour ce genre de recherche au Québec sont en dents de scie. En 2022, le gouvernement Legault a annoncé un plan Alzheimer pour 200 millions sur 10 ans. Soit 20 millions par an. Pour tout le Québec. Pour comparer : la France a débloqué 2,5 milliards d’euros (soit 3,5 milliards $CAN) pour sa stratégie Alzheimer 2025-2028. Les États-Unis, eux, dépensent près de 3 milliards $CAN par an rien que pour la recherche via la National Institutes of Health (NIH). Le Québec mise sur des donateurs privés. Et ça marche… à moitié.

Le don de 10 M$ va financer trois axes : les marqueurs précoces de la maladie, les thérapies ciblées et les interventions non médicamenteuses (comme la stimulation cognitive). Concrètement ? Des IRM plus précises, des essais cliniques sur des molécules existantes détournées pour Alzheimer, et des programmes pour retarder la perte d’autonomie. Mais voici le hic : sans un financement stable, ces pistes risquent de s’essouffler.

L’Europe avance, le Québec recule

En 2023, une étude publiée dans Nature montrait que les essais cliniques sur Alzheimer avaient un taux d’échec de 99,6 %. 99,6 %. Presque tous les médicaments testés échouent. Pourtant, en Europe, des centres comme celui de l’Université de Lund (Suède) ou de l’EPFL (Suisse) ont réussi à identifier des biomarqueurs sanguins fiables pour détecter Alzheimer avant les symptômes. Résultat ? Des traitements pourraient être administrés plus tôt, quand ils sont encore efficaces. Au Québec, on en est encore à chercher ces marqueurs.

Pourquoi ce retard ? Deux raisons. D’abord, le manque de masse critique. Les essais cliniques nécessitent des milliers de participants. Or, au Canada, les centres spécialisés sont dispersés. Ensuite, le financement. Les subventions des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) sont insuffisantes. En 2022, seulement 12 % des demandes de subventions en neurosciences ont été acceptées, avec une moyenne de 250 000 $ par projet. 10 millions, c’est une bouffée d’oxygène. Mais ça ne comble pas le trou.

Le piège des promesses trop rapides

Les donateurs privés ont souvent une attente : des résultats maintenant. Or, la recherche sur Alzheimer, c’est comme creuser un puits avec une cuillère rouillée. On avance, mais lentement. Prenez le cas du don de 15 M$ reçu par l’Université McGill en 2020 pour la recherche sur les protéines tau (un marqueur clé d’Alzheimer). Deux ans plus tard, aucun traitement n’a émergé. Pourquoi ? Parce que la science, ça ne marche pas comme un projet de construction.

À Sherbrooke, les chercheurs misent sur une approche hybride : combiner l’imagerie cérébrale de pointe avec des analyses de sang et des tests cognitifs. L’idée ? Détecter Alzheimer avant que les symptômes n’apparaissent. Problème : même avec 10 M$, il faudra des années pour valider ces méthodes. Et d’ici là, des milliers de patients vont continuer à glisser dans l’oubli.

Ce que le don ne dit pas

Personne ne le dit ouvertement, mais voici la question qui tue : et si ces 10 millions servaient juste à éviter un effondrement ?

En 2019, le Centre de recherche de Sherbrooke a dû licencier 15 chercheurs faute de fonds. Aujourd’hui, avec ce don, on embauche. On achète du matériel. On lance des projets. Mais dans cinq ans, qu’adviendra-t-il ? Les donateurs privés ne sont pas des fonds publics. Ils peuvent disparaître du jour au lendemain. La recherche sur Alzheimer au Québec dépend d’un fil ténu : l’argent des riches et la patience des scientifiques.

La vraie bataille : faire bouger les lignes

Le don de Sherbrooke est une bonne nouvelle. Mais c’est un pansement sur une jambe de bois. La vraie question, c’est : pourquoi le Québec mise-t-il autant sur la philanthropie alors que d’autres pays ont des systèmes publics solides ?

En France, le plan Alzheimer est financé à 60 % par l’État. En Allemagne, les Länder investissent massivement dans les infrastructures de recherche. Au Québec ? On compte sur des donateurs anonymes et des subventions aléatoires. Résultat : on court après le temps perdu.

Alors oui, célébrez les 10 millions. Mais gardez un œil sur le reste. Parce que sans un changement de stratégie, Sherbrooke et ses chercheurs resteront à la traîne. Et les 750 000 Canadiens atteints d’Alzheimer continueront d’attendre.

La recherche avance. Mais pas assez vite.

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R Galaxie Rédaction

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