Iliman Ndiaye, 22 ans, a marqué en 12 minutes. Pas en 12 minutes de jeu, non : 12 minutes chrono. Le ballon a atterri dans sa surface, il a regardé, a couru, a sauté plus haut que tout le monde, et paf. 1-0. Fin de l’histoire, en apparence. Sauf que ce n’était pas qu’un but. C’était un message. Un rappel à l’ordre, même en amical, même contre les Comores, même à Marseille, un stade où l’Olympique de Marseille a l’habitude de faire mieux que le Sénégal ces dernières années. Le Sénégal a dominé comme un rouleau compresseur. Et ça, ça veut dire quelque chose.
Pourquoi ce match ressemble à une leçon de foot, et pas qu’un match
Les statistiques, ça ment parfois. Mais là, elles ne mentent pas : 65% de possession, 3 tirs cadrés contre 0, 2 corners contre 0. Les Comores ont existé 15 minutes. Après, c’était du décor. Pas de la faute à eux, d’ailleurs. Leur équipe nationale, c’est comme leur économie : on en parle, mais ça ne pèse pas lourd. Leur sélectionneur, Abdourahmane Mariko, a aligné une équipe de joueurs qui jouent surtout en championnat local ou en deuxième division française. À ce niveau-là, le Sénégal, c’est l’US Open contre un club de district.
Pourtant, ce n’est pas qu’une question de niveau. C’est une question de méthode. Le Sénégal, depuis l’arrivée d’Aliou Cissé en 2021, a une recette : presser haut, récupérer vite, et faire jouer Sarr, Diédhiou et Kouyaté comme des machines à broyer. Ce dimanche, c’était la même chose. Sarr a volé un ballon à 20 mètres, a accéléré, a passé à Diédhiou qui a centré, et Ndiaye a tout écrasé. Pas de génie. Juste du travail.
Et puis il y a le détail qui tue : les Comores n’ont pas eu une seule occasion réelle. Leur gardien, Mohamed Ali, a fait deux arrêts faciles, mais le vrai problème, c’est qu’ils n’ont jamais été dangereux. Pas parce qu’ils sont mauvais, ils le sont, mais ce n’est pas une excuse. Parce que le Sénégal a tout contrôlé. Comme un patron qui écrase un employé qui ose lever les yeux.
Le vrai problème n’est pas les Comores, mais l’Afrique du Sud et après
On va vous dire que ce match ne compte pour rien. Que c’est un amical, que les Comores, c’est la lanterne rouge du football africain, que Blaise Matuidi était moins en forme, que le Vélodrome, c’est un piège à rêves. Tout ça, c’est vrai. Mais ce n’est pas le sujet.
Le sujet, c’est que le Sénégal, encore une fois, a montré qu’il était capable de dominer un adversaire sans même s’en rendre compte. Et ça, ça fait peur. Pas aux Comores. Aux autres. À l’Algérie, au Maroc, à la Côte d’Ivoire. Parce que quand le Sénégal joue comme ça, il n’y a plus de place pour les excuses.
Prenez la CAN 2023. Le Sénégal a gagné en écrasant la Guinée (2-0), puis en serrant les dents contre la RD Congo (1-0). Pas de spectacle, pas de jeu de jambes, juste de la rigueur. Et ça a marché. Résultat : ils sont champions d’Afrique. Pas parce qu’ils sont les plus talentueux, loin de là. Parce qu’ils sont les plus organisés. Les plus froids. Les plus méchants.
Et maintenant, ils ont les yeux tournés vers la Coupe du Monde. Leur vrai test, ce ne sera pas les Comores. Ce sera l’Afrique du Sud, puis l’Angleterre, puis peut-être l’Argentine.
Le problème, c’est que personne ne sait encore si cette recette marche aussi contre des équipes qui ont autre chose à faire que de subir.
Ce que Marseille nous rappelle sur le Sénégal
Il y a un détail qui cloche dans cette histoire. Le Vélodrome, c’est le stade de l’OM. Et l’OM, ces dernières années, a eu du mal avec le Sénégal. En 2019, ils ont perdu 2-1 contre eux en Ligue Europa. En 2021, ils ont encore perdu, 2-0, en amical. Pourtant, ce dimanche, le Sénégal a joué comme chez lui.
Pourquoi ? Parce que l’OM, aujourd’hui, c’est une équipe en reconstruction. Sans Gignac, sans Payet, avec un effectif qui tourne, qui doute, qui cherche ses marques. Le Sénégal, lui, il a son identité. Il sait ce qu’il veut. Et il l’obtient.
Ce n’est pas un hasard si Ndiaye, l’auteur du but, est un ancien de l’OM. Il connaît le stade. Il connaît la pression. Et il a su gérer.
Mais le vrai truc, c’est que le Sénégal, aujourd’hui, c’est une équipe qui n’a plus rien à prouver à personne. Ni à l’OM, ni à la FIFA, ni aux médias. Ils sont là. Et ils jouent comme ils veulent.
Ce que ce match dit de l’avenir du Sénégal
On va vous parler de la génération dorée. De Sarr, Diédhiou, Mané, Dembélé. Oui, ils sont là. Mais ce n’est pas eux qui ont gagné ce match.
C’est Ndiaye, 22 ans, inconnu du grand public. C’est Ibrahima Diallo, 23 ans, qui a tout contrôlé au milieu. C’est Fode Ballo-Touré, 20 ans, qui a tenu la défense comme un roc. Ce sont les jeunes. Pas les stars.
Et ça, c’est le vrai danger. Parce que le Sénégal, ce n’est plus une équipe qui compte sur deux ou trois joueurs pour tenir. C’est une équipe où tout le monde peut marquer. Tout le monde peut décider du match. Et ça, c’est terrifiant pour les autres.
Regardez l’Algérie. Ils ont Belkhir, Slimani, Bounedjah. Mais ils n’ont pas cette profondeur. Ils n’ont pas 10 joueurs capables de jouer les 90 minutes comme des machines. Le Sénégal, si.
Regardez la Côte d’Ivoire. Ils ont Gradel, Haller, Kessié. Mais ils n’ont pas cette mentalité. Ils n’ont pas cette capacité à écraser un adversaire sans même sourciller. Le Sénégal, si.
Alors oui, ce match contre les Comores, ce n’est rien. Mais ce n’est pas le sujet.
Le sujet, c’est que le Sénégal est en train de devenir une équipe impossible à battre. Pas parce qu’ils sont parfaits. Parce qu’ils sont implacables. Parce qu’ils n’ont pas peur. Parce qu’ils savent ce qu’ils veulent. Et que personne, aujourd’hui, n’a les outils pour les arrêter.
La vraie question n’est pas « Qui va gagner ? » mais « Qui va suivre ? »
Le Sénégal a gagné. 1-0. En 15 minutes. Et personne ne s’en étonne.
Le problème, ce n’est pas eux. C’est les autres.
Parce que si le Sénégal continue comme ça, la CAN 2025 sera la leur. Pas parce qu’ils seront les meilleurs. Parce que les autres n’auront pas le niveau pour les suivre.
Et ça, c’est une mauvaise nouvelle pour le football africain. Parce que quand une équipe domine comme ça, ça ne laisse plus de place à personne.
Alors oui, ce match contre les Comores, c’était rien. Mais c’était tout.
Parce que le Sénégal, aujourd’hui, ce n’est plus une équipe. C’est une machine. Et les machines, ça ne s’arrête pas.
La dernière idée : le vrai test, ce ne sera pas les Comores. Ce sera le reste du monde.