Le Sénégal rate son rendez-vous contre le cancer du col

Vaccination en hausse, dépistage en panne. Le Sénégal a les outils pour éliminer le cancer du col d’ici 2030, mais les chiffres mentent. Pourquoi les femmes paient encore le prix de la lenteur administrative ?

Publié le 2 octobre 2026 à 12:11
Le Sénégal rate son rendez-vous contre le cancer du col

Le Sénégal vaccine, mais ne soigne pas assez vite

À Dakar, dans le service de gynécologie de l’hôpital Aristide Le Dantec, les dossiers s’accumulent. Un rapport de l’OMS de 2022 le confirme : sur 100 femmes dépistées, seulement 30 bénéficient d’un suivi complet. Le reste ? Des examens oubliés, des rendez-vous jamais donnés, des tumeurs détectées trop tard. Pourtant, le virus HPV, responsable de 90 % des cas, se laisse attraper. Le vaccin existe. Le dépistage aussi. Alors pourquoi le Sénégal, malgré ses progrès, reste-t-il à la traîne ?

La vaccination progresse, mais pas assez vite

Les chiffres du ministère de la Santé sont là : depuis 2018, la couverture vaccinale contre le HPV a grimpé à 78 % chez les filles de 10 ans. Un score honorable, mais insuffisant. L’OMS exige 90 % pour espérer éliminer le cancer du col d’ici 2030. Problème : les garçons sont largement oubliés. Pourtant, eux aussi transmettent le virus. « On vaccine les filles comme si c’était un problème de genre, pas de santé publique », lance le Pr Omar Gassama, gynécologue et président de la Société sénégalaise de gynécologie. Résultat ? Les garçons restent des réservoirs à virus, et les filles vaccinées ne sont pas à l’abri.

Et puis, il y a le temps. Le vaccin coûte cher : environ 100 000 FCFA par dose. Le Sénégal dépend des dons (Gavi, UNICEF) et des campagnes ponctuelles. Sans budget stable, les stocks s’épuisent. À Thiès, en 2023, une clinique privée a dû annuler 40 rendez-vous faute de doses. « Les femmes viennent, on leur dit de revenir plus tard. Certaines reviennent. D’autres non », raconte une infirmière sous couvert d’anonymat.

Le dépistage, ce parent pauvre de la stratégie

Le vrai goulet d’étranglement, c’est le dépistage. Le Sénégal mise sur le test HPV, plus fiable que le frottis classique. Sauf que les centres agréés sont rares. À Dakar, une femme sur deux doit se déplacer dans un autre quartier pour en trouver un. Et encore faut-il avoir les moyens de s’y rendre. Le test coûte entre 20 000 et 50 000 FCFA, soit le salaire journalier d’un agent de nettoyage.

Pire : le système de suivi est un champ de ruines. Une femme testée positive attend en moyenne six mois pour une colposcopie. Six mois. En six mois, une tumeur pré-cancéreuse peut devenir invasive. « On nous parle d’élimination du cancer en 2030, mais avec ces délais, on est en train de creuser un fossé », dénonce Aissatou Diop, militante associative.

L’administration sénégalaise joue avec le feu

Le problème n’est pas technique. C’est politique. Le plan national de lutte contre le cancer du col, adopté en 2017, manque cruellement de moyens. Les fonds alloués ? 5 milliards de FCFA sur cinq ans. Une somme dérisoire face aux besoins. « On a des hôpitaux saturés, des laboratoires sous-équipés, et des médecins qui brûlent », résume le Pr Gassama. Pourtant, le gouvernement pourrait puiser dans les budgets existants : la lutte contre le VIH/HIV, elle, bénéficie de 20 milliards par an.

Et puis, il y a la question de la formation. Les sages-femmes, premières à dépister, sont mal outillées. Beaucoup ignorent encore comment interpréter un test HPV positif. À Kaolack, une étude de 2023 a révélé que 40 % des cas suspects n’étaient pas suivis d’un examen complémentaire.

Ce que cache le silence des autorités

Personne ne veut assumer les retards. Le ministère de la Santé évoque des « difficultés logistiques ». Les ONG parlent de « manque de coordination ». Les médecins, eux, serrent les dents. Pourtant, les solutions existent. Le Kenya, pays comparable au Sénégal, a réduit les décès de 30 % en trois ans en centralisant les dépistages et en formant massivement les agents de santé.

Alors pourquoi le Sénégal traîne-t-il ? Peut-être parce que le cancer du col touche surtout les femmes pauvres, celles qui n’ont pas voix au chapitre. Peut-être parce que les décideurs préfèrent afficher des chiffres de vaccination plutôt que d’avouer l’échec du dépistage. Une chose est sûre : en 2030, si rien ne change, les femmes sénégalaises paieront encore le prix de cette négligence.

Le vrai coût de l’attentisme

Chaque année, 1 500 femmes meurent du cancer du col au Sénégal. Un chiffre qui pourrait chuter de 80 % avec une stratégie efficace. Mais pour ça, il faudrait vouloir. Vraiment vouloir. Pas se contenter de vacciner quelques filles, ni de dépister celles qui peuvent se le permettre. Il faudrait une mobilisation nationale, des moyens à la hauteur, et une volonté politique qui dépasse les discours.

Le temps presse. Et les femmes, elles, attendent.

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R Galaxie Rédaction

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