En 2024, les enfants préfèrent les frites au potimarron

La semaine du goût veut faire aimer les légumes aux enfants. Problème : les recettes des chefs, les ateliers en classe et les discours sur la santé tombent à plat. Pourquoi ? Parce que personne ne parle de la vraie bataille, celle des goûts, des habitudes et des parents épuisés. Voici ce qui cloche, et comment inverser la tendance sans mentir.

Publié le 15 octobre 2026 à 22:11
En 2024, les enfants préfèrent les frites au potimarron

Le potimarron, c’est trop vert, trop bizarre, trop… quoi ?

Les enfants n’aiment pas le potimarron. Point. Pas parce qu’il est amer, pas parce qu’il est dur, mais parce qu’il ne ressemble à rien de ce qu’ils connaissent. Une étude de l’INRAE (2021) le confirme : les enfants associent spontanément les légumes à des formes familières, carottes (longues, orange), pommes de terre (rondes, beiges), haricots verts (verts, fins). Le potimarron ? Une boule orange et bosselée, qui ressemble à une citrouille ratée. Ça, c’est pour Halloween, pas pour l’assiette. Et puis il y a le texte. Bof. Pas assez croustillant, pas assez juteux, pas assez fun. Les enfants veulent du croquant. Ils veulent du sucré. Ils veulent du wouah. Or, le potimarron cuit, c’est mou. C’est doux. C’est… normal. Et le normal, à 8 ans, c’est l’ennui.

Pourtant, les ateliers de la semaine du goût misent tout sur le faire soi-même. Si tu le prépares, tu l’aimes, disent les animateurs. Faux. Les enfants ne cuisinent pas pour aimer. Ils cuisinent parce qu’on leur dit que c’est cool. Comme quand on leur force à dessiner en classe : ils le font, mais ils n’aiment pas. Sauf exception. Sauf si c’est vrai. Sauf si c’est eux qui décident. Or, dans 90 % des cas, ce n’est pas eux. C’est l’enseignant. C’est la cheffe. C’est le parent qui a une bonne idée.

Le vrai problème, c’est que personne ne leur demande leur avis.

Et puis il y a les parents. Ceux qui disent oui en théorie, mais non en pratique. Ceux qui achètent du potimarron au marché parce que c’est bon pour la santé, mais qui le coupent en petits morceaux dans une sauce tomate pour leur enfant, en espérant qu’il ne verra pas la couleur. Ceux qui mentent. Mange, c’est bon ! Alors que non. Alors que c’est fade. Alors que c’est vert.

La semaine du goût, c’est un peu comme un stage de survie en entreprise. On vous apprend à faire un feu, à reconnaître les plantes comestibles, à ne pas paniquer. Sauf que les enfants, eux, ils ne veulent pas survivre. Ils veulent manger. Et ce qu’ils veulent, c’est du ketchup sur des frites. Pas de la purée de potimarron, même sucrée.

Pourquoi les chefs et les animateurs se plantent Ă  tous les coups

Justine Piluso, elle, elle a une stratégie. Elle ne parle pas de santé. Elle ne dit pas c’est bon pour toi. Elle montre. Elle fait craquer la peau du potimarron avec un couteau. Elle fait suer la chair à la poêle. Elle ajoute du sel, du poivre, une touche de miel. Et elle regarde les enfants. Pas leurs assiettes. Leurs yeux.

Le problème, c’est que 99 % des animateurs de la semaine du goût ne font pas ça.

Ils expliquent. Ils énumèrent les vitamines. Ils comparent avec les chips. Ils sortent des graphiques. Un légume par jour, et vous serez en forme ! Sauf que les enfants s’en foutent. Ils veulent du goût. Pas des bénéfices. Et les chefs, souvent, ils ne savent pas vendre le goût. Ils savent cuisiner. Pas parler aux gamins.

Prenez l’exemple de Pierre Gagnaire, qui a un atelier dans une école parisienne. Il leur fait des sphérifications de betterave. Des bulles qui pètent dans la bouche. Wow, disent les enfants. C’est magique ! Sauf que la magie, ça ne se mange pas tous les jours. Et le lendemain, c’est retour aux pâtes au beurre. Parce que la magie, c’est comme le potimarron : ça ne se force pas.

La semaine du goût, c’est un peu comme un concert de jazz en milieu scolaire. Tout le monde applaudit. Tout le monde trouve ça génial. Mais au fond, personne n’y croit vraiment.

La vraie solution ? ArrĂŞter de mentir aux enfants

Alors, comment faire ?

  1. Ne pas faire semblant. Si le potimarron, c’est bof, dites-le. Oui, c’est pas top. Mais essaye quand même. Pas de c’est délicieux, pas de tu vas adorer. Juste : Goûte. Et après, on en reparle.

  2. Les laisser choisir. Tu veux de la purée de patate douce ? Très bien. Mais d’abord, tu goûtes celle de potimarron. Pas de chantage. Pas de si tu manges ça, tu auras du dessert. Juste : Voilà. À toi de voir.

  3. Rendre ça fun. Pas en faisant des découpes en forme d’étoiles. En faisant en sorte que ça change de leurs habitudes. Un potimarron grillé comme une patate douce, avec du paprika et du fromage fondu dessus. Un potimarron en soupe froide, avec des dés de concombre et un filet de citron. Quelque chose qui ressemble à ce qu’ils aiment, mais qui n’est pas ce qu’ils aiment.

  4. Impliquer les parents. Parce que c’est eux qui achètent, qui cuisinent, qui servent. Et c’est eux qui mentent le plus. Mange, c’est bon ! Non. Ce n’est pas bon. Mais c’est nutritif. Et c’est normal. Alors assumez. Oui, c’est pas hyper bon. Mais c’est pas dégueu non plus. Et si tu manges trois bouchées, tu auras droit à un yaourt.

Le potimarron, ce n’est pas un légume à aimer. C’est un légume à tolérer.

Et la tolérance, ça se gagne. Pas avec des sourires. Pas avec des ateliers. Avec de la répétition. Avec de la curiosité. Avec le fait de leur dire : Essaie. Et si tu détestes, on en reparle plus.

Ce que la semaine du goût ne dit jamais

Il y a un chiffre qui tue. En France, 1 enfant sur 3 est en surpoids ou obèse (source : Santé Publique France, 2023). Et devinez quoi ? La plupart de ces enfants mangent trop de sucré. Trop de pâtes. Trop de pain. Trop de facile.

La semaine du goût, elle parle de légumes. Mais elle ne parle pas de l’obésité.

Pourquoi ? Parce que c’est compliqué. Parce que c’est politique. Parce que ça fait peur. Alors on préfère parler de potimarron. De betterave. De carotte. Des légumes rigolos. Comme si le vrai problème, c’était le goût, et pas l’éducation.

Le vrai problème, c’est que personne ne veut affronter les parents.

Parce que les parents, eux, ils sont fatigués. Ils travaillent. Ils courent. Ils veulent que leurs enfants mangent n’importe quoi, du moment qu’ils mangent. Alors ils achètent des nuggets. Ils achètent des céréales. Ils achètent du prêt-à-manger. Parce que c’est simple. Parce que c’est rapide. Parce que personne ne leur dit comment faire autrement.

La semaine du goût, c’est un peu comme un stage de parentalité express. On leur donne des tips. On leur montre des recettes. On leur dit essayez !. Sauf que personne ne leur dit : Arrêtez de courir. Asseyez-vous. Cuisinez avec eux. Montrez-leur que manger, ça peut être un plaisir. Pas une corvée.

La dernière idée qui dérange

Alors, comment faire ?

ArrĂŞtez de faire semblant.

  • Aux enfants : ne leur mentez pas. Dites-leur que le potimarron, c’est pas leur truc. Mais proposez-le quand mĂŞme. Une fois par semaine. Sans pression.
  • Aux parents : ne leur donnez pas de recettes miracles. Dites-leur que la clĂ©, c’est la rĂ©pĂ©tition. Pas une fois. Pas deux. Dix fois. Jusqu’à ce qu’ils acceptent. Ou jusqu’à ce qu’ils rejetent. Mais sans culpabiliser.
  • Aux chefs et aux animateurs : arrĂŞtez de faire des ateliers trop cool. Faites des ateliers trop normaux. Montrez-leur comment on Ă©pluche une carotte. Comment on coupe un oignon. Comment on fait revenir une poĂŞlĂ©e de lĂ©gumes. Sans magie. Sans graphiques. Sans discours sur la santĂ©. Juste : VoilĂ  comment on fait. Ă€ vous de voir.

Le potimarron, ce n’est pas un légume révolutionnaire. C’est un légume normal. Et les enfants, ils n’aiment pas la normalité. Ils aiment l’extraordinaire. Alors soit on leur ment. Soit on leur apprend à aimer l’ordinaire. Mais dans les deux cas, il faut arrêter de faire semblant que c’est facile.

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R Galaxie Rédaction

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