L’azithromycine divise toujours les pneumologues

Depuis des années, les médecins prescrivent de l’azithromycine en long cours pour les maladies obstructives. Pourtant, personne ne sait combien de temps. Les études s’opposent, les recommandations aussi. Résultat : un flou médical qui coûte cher et expose les patients à des risques inutiles.

Publié le 15 octobre 2026 à 22:11
L’azithromycine divise toujours les pneumologues

L’azithromycine, ce antibiotique qui ne veut pas choisir sa durée

En 2011, une étude publiée dans le New England Journal of Medicine avait tout changé. Ou presque. Les chercheurs montraient que l’azithromycine, un vieux médicament contre les infections, pouvait réduire les exacerbations chez les patients atteints de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). Une révolution ? Pas tout à fait. Parce que depuis, les médecins prescrivent ce traitement comme une évidence… sans savoir combien de temps.

Aujourd’hui, certains recommandent trois mois. D’autres, six. D’autres encore, une année entière. Et personne ne peut prouver que l’un a raison. Juste des avis, des habitudes, et des patients qui avalent des comprimés sans comprendre pourquoi.

Pourquoi personne ne tranche ?

Le problème, c’est que les études manquent. Ou qu’elles se contredisent. En 2015, une méta-analyse dans The Lancet Respiratory Medicine concluait que l’azithromycine réduisait les risques d’hospitalisation, mais sans préciser la durée idéale. Trois ans plus tard, une autre étude, cette fois dans JAMA, suggérait que plus de six mois d’antibiothérapie augmentait les risques de résistance bactérienne. Bref, on tourne en rond.

Et puis, il y a le lobby. Sanofi, qui détient les droits sur l’azithromycine en France, ne pousse pas vraiment à clarifier les choses. Les pneumologues, eux, prescrivent. Les patients, eux, prennent. Parce que ça marche… ou ça ne marche pas. Personne ne sait.

Les patients en prennent pour leur grade

Prenez le cas de Jean-Marc, 68 ans, ancien fumeur, suivi pour une BPCO sévère. Depuis deux ans, il prend de l’azithromycine en continu. « Mon pneumologue me dit que ça stabilise ma respiration, explique-t-il. Mais je me demande : est-ce que je vais finir par développer une résistance ? Est-ce que je vais avoir des effets secondaires à long terme ? Personne ne me le dit. »

Les effets secondaires, justement. Diarrhées, surinfections, troubles auditifs… Les risques existent. Mais comme personne ne fixe de durée officielle, les médecins jouent à la roulette russe. Certains arrondissent à six mois pour être prudents. D’autres prolongent indéfiniment parce que « ça semble fonctionner ».

Ce que les recommandations officielles ne disent pas

La Haute Autorité de Santé (HAS) reste floue. Dans ses dernières directives, elle évoque « une durée limitée » sans préciser laquelle. Les sociétés savantes, comme la Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF), ne font pas mieux. Leurs recommandations parlent de « cas par cas », comme si c’était une solution.

Pourtant, une chose est sûre : plus on prescrit longtemps, plus le risque de résistance bactérienne augmente. Et plus les patients paient. En France, une boîte d’azithromycine coûte entre 3 et 5 euros. Sur un an, à dose standard, ça fait entre 100 et 200 euros par patient. Multipliez par les milliers de BPCO en France, et vous avez un coût faramineux… pour un bénéfice clinique encore discuté.

Le vrai problème : on prescrit sans savoir

Le pire, c’est que personne ne semble vouloir trancher. Les pneumologues attendent des études plus solides. Les laboratoires attendent des recommandations claires. Les patients, eux, attendent… qu’on leur dise quoi faire.

En 2023, une étude observationnelle publiée dans Respiratory Medicine a enfin tenté de répondre à la question. Sur 1 200 patients suivis pendant deux ans, ceux qui avaient pris de l’azithromycine plus de six mois n’avaient pas moins d’exacerbations que les autres. Pire : leur qualité de vie avait baissé. Preuve que la durée, peut-être, n’a pas d’importance. Ou que le vrai problème, c’est qu’on ne sait pas prescrire.

Alors, que faire ?

Si vous êtes un patient sous azithromycine en long cours, posez la question à votre médecin : « Pourquoi cette durée ? Quels sont les risques ? Y a-t-il une alternative ? » Si vous êtes un pneumologue, assumez : dites à vos patients que personne ne sait vraiment. Et si vous êtes un décideur de santé publique, arrêtez de laisser traîner ce flou médical. Parce que prescrire sans savoir, ça s’appelle de la négligence.

La vraie question, personne ne la pose

Pourquoi personne ne se demande si l’azithromycine n’est pas juste un pansement sur une jambe de bois ? Pourquoi on ne parle jamais des alternatives, la rééducation respiratoire, les corticoïdes inhalés, ou même… ne rien faire ?

Parce que c’est plus simple de prescrire un antibiotique. Même sans savoir combien de temps.

Et les patients, eux, continuent d’avaler leurs comprimés. Dans le noir.

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R Galaxie Rédaction

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