Schneider Electric paie 20 milliards pour un géant américain en crise

Un accord secret, des actionnaires sous pression, et un marché de l’industrie qui tremble. Pourquoi Schneider Electric mise tout sur PTC, alors que l’usine du futur n’est plus une promesse, mais une urgence.

Publié le 5 octobre 2026 à 16:06
Schneider Electric paie 20 milliards pour un géant américain en crise

Un rachat qui sent le désespoir… et l’opportunité

PTC, c’est le genre de société que les fonds d’investissement adorent : un nom connu, une technologie qui sonne bien (ThingWorx, IoT, jumeaux numériques), mais des résultats en berne. En 2023, le groupe américain a enregistré un chiffre d’affaires de 1,4 milliard de dollars, soit une baisse de 12 % sur un an. Ses actions, elles, ont chuté de 80 % depuis leur pic en 2015. Pourtant, Schneider Electric, lui, a les moyens. Et visiblement, l’appétit.

Mais pourquoi payer 20 milliards pour une coquille vide ? Parce que PTC, c’est avant tout une bibliothèque de brevets, une armée d’ingénieurs spécialisés dans l’Industrie 4.0, et surtout, un accès direct à un marché américain que Schneider a toujours du mal à cracker. Le groupe français domine l’Europe et l’Asie avec ses automates industriels et ses solutions énergétiques. Aux États-Unis ? Il trébuche. PTC, lui, y est installé depuis des décennies, avec des clients comme Boeing ou Caterpillar. C’est un tremplin. Un mauvais, peut-être, mais un tremplin quand même.

Sauf que voilà : l’Industrie 4.0, ce n’était censé être l’avenir. Aujourd’hui, c’est un marché saturé, où les géants comme Siemens, GE et Microsoft ont déjà tout raflé. PTC, c’est le dernier grand morceau qui traînait. Schneider le prend, mais à quel prix ?

L’argument qui tue (et celui qui ment)

Schneider justifie ce rachat par un discours simple : « Nous combinons notre expertise en automatisation industrielle avec les capacités logicielles de PTC pour créer une offre intégrée, de la machine à l’usine intelligente. » Traduction : on devient le numéro un de l’usine du futur. Sauf que personne ne sait vraiment ce que ça veut dire, « l’usine du futur ».

En 2024, selon une étude du cabinet Gartner, seulement 15 % des usines dans le monde sont vraiment « intelligentes ». Le reste trimballe encore des machines des années 1990, avec des logiciels qui datent des années 2000. PTC vend des outils pour moderniser ça. Sauf que ses clients n’ont pas les moyens, ou pas envie. Résultat : ses revenus logiciels stagnent depuis cinq ans.

Alors pourquoi Schneider mise tout sur ce cheval mort ? Parce que l’alternative, c’est de rester un fournisseur de boîtiers électriques pendant que les autres bouffent le marché du logiciel industriel. Siemens l’a fait. GE l’a fait. Schneider, lui, a toujours été à la traîne sur le software. Ce rachat, c’est sa dernière chance de ne pas finir comme un sous-traitant de second rang.

Mais attention : PTC, c’est aussi 12 000 employés, des usines en Californie, et une dette qui pèse lourd. Si l’intégration foire, Schneider se retrouve avec un trou de plusieurs milliards sur les bras. Et personne ne sait comment ils vont faire pour marier la culture française de Schneider avec le chaos organisationnel de PTC, où les licenciements se sont enchaînés depuis 2020.

Ce que les marchés ignorent (et qui pourrait tout faire basculer)

Les actionnaires de Schneider ont déjà grogné. Le cours de l’action a chuté de 3 % à l’annonce de la rumeur. Pas parce qu’ils sont contre, mais parce que 20 milliards, c’est une somme astronomique pour un groupe qui peine déjà à digérer son rachat de Square D en 2014 (10 milliards à l’époque).

Pourtant, personne ne parle du vrai problème : l’Europe va-t-elle laisser faire ?

Schneider est un joyau français, protégé par l’État, subventionné, courtisé. PTC, lui, est américain, avec des technologies qui pourraient intéresser la Défense. Les régulateurs européens vont-ils laisser filer un tel actif sans poser de questions ? En 2022, la Commission européenne a bloqué le rachat d’Alstom par General Electric pour des raisons de sécurité énergétique. Aujourd’hui, PTC travaille avec l’armée américaine sur des projets de maintenance prédictive pour les chars et les avions. Est-ce que Bruxelles va laisser Schneider récupérer ça sans rien dire ?

Personne n’en parle. Parce que personne ne veut gâcher la fête.

La vraie raison ? La peur de rater le train

Il y a une autre explication, moins avouable : Schneider a peur. Peur de se faire distancer par Siemens sur le logiciel industriel. Peur de voir Microsoft et Google s’emparer du marché avec leurs outils cloud. Peur, surtout, de finir comme un fournisseur de commutateurs électriques dans un monde où tout se décide dans le numérique.

En rachetant PTC, Jean-Pascal Tricoire, le PDG de Schneider, mise sur un coup de dés. Un coup qui peut tout gagner… ou tout perdre. Parce que PTC n’est pas une pépite. C’est un cadavre qu’on habille de promesses.

Mais dans l’industrie, quand on n’a plus rien à perdre, on se jette à l’eau. Même si l’eau est glacée.

Et après ? Personne ne sait.

Les analystes parlent d’ « intégration complexe ». Les employés de PTC commencent déjà à regarder les offres d’emploi ailleurs. Les clients, eux, attendent de voir ce que ça va changer pour eux. Rien. Ou pire : des hausses de prix, des logiciels qui ne marchent plus, et un service client qui s’effondre.

Schneider a l’habitude de digérer des rachats. Mais PTC, c’est différent. Ce n’est pas une usine en Allemagne ou un distributeur en Chine. C’est un géant américain, avec ses usines, ses brevets, et surtout, ses doutes.

Le vrai test, ce ne sera pas la signature de l’accord. Ce sera dans trois ans, quand les actionnaires demanderont des comptes. Et là, soit Schneider aura réussi l’impossible : soit elle aura enterré 20 milliards dans un trou sans fond.

Une chose est sûre : personne ne parie sur le deuxième scénario.

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R Galaxie Rédaction

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