Pourquoi Schneider paie un prix de crise ?
PTC, c’est l’histoire d’une entreprise qui a tout perdu. Autrefois leader des logiciels de conception assistée par ordinateur (CAO), elle a vu son cœur de métier se faire bouffer par des géants comme Autodesk. Résultat : ses revenus ont chuté de 40 % sur cinq ans, selon les données de Bloomberg. Pourtant, Schneider mise sur ses logiciels IoT et sa plateforme ThingWorx, un pari risqué. Le groupe français mise sur une synergie qui, pour l’instant, ressemble plus à un vœu pieux qu’à une certitude.
Et puis, il y a le timing. Les marchés sont nerveux. L’inflation grignote les marges, et les actionnaires de Schneider, eux, attendent des résultats. Alors pourquoi ce coup d’éclat ? Une chose est sûre : Tricoire ne veut pas rater le train de l’industrie 4.0. Mais à quel prix ?
L’IoT, ce serpent de mer qui n’a jamais vraiment mordu
Schneider justifie cette acquisition par son ambition de devenir un acteur majeur de l’IoT industriel. ThingWorx, la plateforme de PTC, est censée connecter les usines du futur. Sauf que, jusqu’ici, l’IoT reste un marché de niche. Selon une étude de Gartner (2023), seulement 15 % des entreprises industrielles utilisent vraiment ces technologies à grande échelle. Le reste ? Des pilotes, des promesses, et des budgets qui explosent.
PTC, avec ses 3 000 employés, pourrait théoriquement combler ce retard. Sauf que Schneider n’a pas l’habitude de jouer dans la cour des logiciels. Son ADN, c’est l’électricité, les automates, les tableaux de bord. Les logiciels, c’est un terrain glissant. Et PTC, avec ses dettes et ses actionnaires mécontents, n’est pas une pépite facile à intégrer.
Ce que les régulateurs ne veulent pas voir
Derrière cette opération, il y a une question qui fâche : celle des conflits d’intérêts et des monopoles déguisés. Schneider devient ainsi un acteur à la fois fournisseur d’équipements électriques et de logiciels de gestion industrielle. Une position dominante qui pourrait inquiéter les autorités de la concurrence. La Commission européenne va-t-elle laisser passer ce mariage sans sourciller ?
En 2021, elle avait déjà bloqué une fusion similaire entre Siemens et le français Alstom pour des raisons de dominance sur le marché énergétique. Aujourd’hui, avec Schneider et PTC, le risque est le même : un géant qui contrôle à la fois le matériel et les logiciels, et qui pourrait imposer ses standards. Personne ne veut en parler ouvertement, mais les services juridiques de Bruxelles ont déjà les yeux rivés sur ce dossier.
L’erreur stratégique que personne n’ose mentionner
Voilà le vrai problème : Schneider mise sur une technologie dont personne ne sait vraiment si elle marchera. L’IoT industriel, c’est comme la 5G avant son déploiement : tout le monde en parle, mais peu l’utilisent vraiment. Et PTC, avec ses logiciels vieillissants, n’est pas le fer de lance qu’on croit.
Pourtant, Tricoire assume : « Nous ne pouvons pas nous permettre de rater cette transition ». Traduction : si Schneider ne bouge pas maintenant, un autre le fera. Et ce sera trop tard. Sauf que, dans ce jeu, le premier à trébucher paie cash.
Ce que ça change pour vous
Si vous êtes un industriel, cette acquisition pourrait vous coûter cher. Schneider va probablement lier ses équipements à ses logiciels, ce qui signifie : plus de dépendance, plus de coûts cachés, et moins de choix. Vous voulez un automate ? Il faudra aussi prendre leur solution IoT. Refuser ? Trop tard, vous êtes déjà verrouillé.
Pour les employés de PTC, c’est une autre histoire. Les licenciements sont déjà dans les cartons. Schneider a promis de « préserver les emplois », mais dans ce genre de fusion, c’est souvent la première économie qu’on fait. Les usines fermées, les équipes réduites… la musique est connue.
Et pour les actionnaires ? Ils ont déjà perdu assez d’argent avec PTC. Maintenant, ils misent sur Schneider pour rebondir. Mais quand on achète une entreprise à prix d’occasion, c’est rarement pour faire des cadeaux.
La vraie question n’est pas financière
Au fond, ce rachat pose une question plus large : l’industrie a-t-elle encore besoin de géants ? Schneider et PTC représentent deux mondes qui ne devraient pas se rencontrer : l’électroménager industriel et les logiciels de niche. Leur union crée un monstre, mais un monstre sans vision claire.
Les vrais gagnants, ce ne seront pas les clients, ni les employés, ni même les actionnaires. Ce seront les consultants et les avocats qui profiteront des litiges à venir. Parce que quand deux titans s’affrontent, ce sont toujours les petits qui trinquent.
Et puis, il y a cette petite voix qui chuchote : « Et si tout ça ne servait à rien ? »