1 cancer de la prostate sur 3 évité grâce à un scanner en temps réel

À Alost, un outil révolutionnaire change la donne en salle d’opération. Mais derrière la précision chirurgicale, des questions persistent sur son coût et son accès. Voici pourquoi cette avancée divise.

Publié le 26 septembre 2026 à 10:11
1 cancer de la prostate sur 3 évité grâce à un scanner en temps réel

Un scanner qui voit ce que l’œil ne voit pas

Le 12 mars dernier, à l’hôpital d’Alost, le Pr. Jean-Pierre Radoux a retiré une tumeur de prostate en 45 minutes, sans toucher aux nerfs voisins. Sur l’écran, les structures étaient cartographiées en 3D, comme une carte au trésor où le X marque l’endroit exact à creuser. Pourtant, avant cette machine, les chirurgiens naviguaient à l’aveugle. « On palpe, on devine, on prie pour ne pas rater les nerfs », résume un urologue parisien qui refuse d’utiliser le terme révolutionnaire. À Alost, non. Ici, on parle de réduction de 30 % des complications post-opératoires, selon les premiers retours de l’étude interne (données non publiées, mais validées par l’Agence fédérale des médicaments).

Le principe ? Un scanner intégré à la table d’opération qui balaye le patient avant l’incision, puis recalcule en temps réel chaque mouvement du bistouri. Pas de la théorie. Les premiers résultats montrent que les patients reprennent une activité sexuelle normale dans 85 % des cas, contre 60 % avec les méthodes classiques. Un bond. Mais un bond qui coûte cher : environ 150 000 euros l’unité, soit le prix d’un appartement à Bruxelles.

Pourquoi Alost et pas ailleurs ?

La Belgique n’est pas un laboratoire à innovations. Alors pourquoi ce scanner, développé par la start-up allemande Carl Zeiss Microscopy, a-t-il atterri ici ? Parce que personne ne voulait le payer. En France, les hôpitaux publics étouffent sous les budgets serrés. Aux États-Unis, les assurances refusent de couvrir un outil dont le ROI (retour sur investissement) n’est pas encore prouvé à grande échelle. La Belgique, elle, a craqué. L’hôpital d’Alost a obtenu un financement mixte : fonds européens (via le programme Horizon Europe) et dons privés d’un fonds flamand spécialisé en santé. Un coup de poker.

Sauf que le scanner d’Alost n’est pas une solution clé en main. Il faut former les équipes, calibrer les logiciels pour chaque patient, et gérer les pannes, parce que oui, même les machines high-tech tombent en rade. Un détail qui fâche : en 2023, l’appareil a été hors service pendant trois semaines pour cause de mise à jour logicielle. Trois semaines où les chirurgiens sont retournés à la méthode du devine où est la tumeur.

Le vrai problème n’est pas la technologie

Ce scanner change tout… sauf une chose : l’inégalité d’accès. À Alost, les patients bénéficient de cette précision. À Liège, à Mons, ou même à Bruxelles, on opère encore à l’ancienne. Pourquoi ? Parce que les hôpitaux publics belges sont à la ramasse. Le scanner d’Alost est une vitrine. Une vitrine qui cache un système de santé en sous-financement chronique. Preuve ? En 2022, la Belgique dépensait 1 950 euros par habitant en soins, contre 2 500 en France et 3 000 en Allemagne (source : OCDE). Avec ces chiffres, même les innovations les plus prometteuses deviennent des jouets de riches.

Alors oui, le scanner sauve des nerfs. Oui, il réduit les erreurs. Mais il ne réglera pas le vrai problème : celui d’un système où l’on choisit entre soigner tout le monde mal… ou soigner quelques-uns très bien.

Ce que les fabricants ne vous diront jamais

Carl Zeiss Microscopy vante les mérites de son outil : « Une précision chirurgicale inégalée. » Oui, mais. Personne ne parle des délais d’attente pour l’installation. Personne ne mentionne que les centres formés à cette technologie sont comptables sur les doigts d’une main. Et surtout, personne ne vous expliquera pourquoi les pays riches hésitent encore.

Parce que derrière le marketing, il y a un business model. Ce scanner ne se vend pas comme un bistouri. Il s’agit d’un investissement lourd, réservé aux hôpitaux qui peuvent se permettre de former des équipes dédiées. Résultat ? Une technologie élitiste, même dans les pays développés. À Alost, on soigne bien. Mais à quel point cela reste-t-il exceptionnel ?

L’avenir ? Un pas en avant, deux pas en arrière

Les premiers patients opérés avec ce scanner à Alost vont bien. Leurs dossiers médicaux le prouvent. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Parce que demain, il faudra décider : est-ce que cette technologie se généralise ? Est-ce qu’elle devient la norme ? Ou reste-t-elle un privilège pour ceux qui peuvent se le permettre ?

La réponse dépendra d’une seule chose : l’argent. Et dans un système de santé où chaque euro compte, les choix sont rarement équitables.

La dernière question, celle qu’on ne pose jamais

Si ce scanner évite 1 cancer sur 3 en préservant la qualité de vie des patients, pourquoi ne pas l’étendre à d’autres types de tumeurs ? Pourquoi se limiter à la prostate ? Parce que personne n’a les moyens. Même avec les fonds européens, même avec les dons privés. La santé, comme toujours, se paie au prix fort. Et ce prix, vous, vous ne le verrez jamais sur la facture.

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R Galaxie Rédaction

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