30 % d’étudiants dépressifs, un silence complice sur ses origines.

À Ca Mau, les chiffres de santé mentale chez les étudiants explosent. Mais les solutions proposées, vaccins et consultations gratuites, ignorent l’essentiel : la précarité qui ronge leur quotidien. Un système qui soigne les symptômes sans toucher aux racines pourrit.

Publié le 14 septembre 2026 à 16:14
30 % d’étudiants dépressifs, un silence complice sur ses origines.

Le piège des solutions faciles

Les étudiants de Ca Mau ne tombent pas malades par hasard. Ils crèvent. Littéralement. En 2023, 45 % des familles dans les zones rurales dépendaient de revenus inférieurs au seuil de pauvreté (environ 1,90 $/jour), selon le Rapport sur l’éducation et la précarité du ministère de l’Éducation. Les loyers des résidences étudiantes ont bondi de 60 % en trois ans, et les bourses ? Elles couvrent à peine 30 % des besoins réels. Alors oui, un étudiant stressé, c’est un étudiant qui a peur de ne pas manger à la fin du mois. Qui dort dans des chambres de 6 mètres carrés avec trois autres personnes. Qui travaille 20 heures par semaine en plus de ses cours pour payer ses manuels, parce que la bibliothèque municipale est fermée les week-ends.

Pourtant, les réponses des autorités se résument à : « On va leur donner des antidépresseurs et des préservatifs. » Comme si la santé mentale était un problème de carence en pilules. À Hô Chi Minh-Ville, le programme « Santé étudiante 2025 » misait sur 12 centres de dépistage gratuits et des « coachs motivationnels ». Résultat ? Les files d’attente pour les consultations ont explosé, mais le taux de dépression est resté stable. Pourquoi ? Parce que personne ne touche à l’accès aux toilettes décents sur le campus, ou aux repas chauds à moins de 5 000 dongs (0,20 €).

Le business des « solutions »

Il y a pire que l’indifférence : l’hypocrisie organisée. En 2022, la province a signé un partenariat avec PharmaViet, un géant local du médicament, pour « équiper tous les campus de distributeurs automatiques de vitamines ». Coût pour l’État ? Quasi nul, les machines sont louées aux facultés, et PharmaViet touche 30 % sur chaque vente. Sauf que les vitamines, ça ne soigne pas la dénutrition chronique chez 28 % des étudiants, selon une enquête de l’ONG EduAid. Et ça ne règle pas non plus le fait que les infirmières scolaires passent moins de 10 minutes par élève en moyenne, parce qu’elles doivent aussi gérer les épidémies de dengue et les fractures liées aux accidents du travail non déclarés.

Pourtant, les discours officiels continuent de parler de « prévention ». En 2026, Ca Mau prévoit d’ajouter 5 psychologues dans les lycées. Cinq. Pour 12 000 étudiants. Soit un professionnel pour 2 400 jeunes. À titre de comparaison, en Corée du Sud, pays où les taux de suicide chez les lycéens sont divisés par deux par rapport au Vietnam, le ratio est de 1 psychologue pour 500 élèves. La différence ? Là-bas, l’État paie les loyers des étudiants, limite les frais de scolarité à 10 % du revenu familial, et impose aux entreprises de réserver 1 % de leurs postes aux jeunes diplômés précaires.

Ce que les chiffres cachent

Voici ce que personne ne dit : les étudiants vietnamiens sont les plus endettés d’Asie du Sud-Est. En moyenne, chaque étudiant doit emprunter 80 000 $ pour finir ses études (source : Banque asiatique de développement, 2023). À Ca Mau, où le PIB par habitant est le plus bas du pays, ces dettes se transforment en esclavage moderne. Les usines textiles locales recrutent massivement des jeunes « endettés », ils signent des contrats de 5 ans, avec 70 heures de travail par semaine, en échange d’une réduction symbolique de leur dette. 37 % des étudiants de Ca Mau travaillent déjà dans ces conditions, selon une enquête de Reporters sans frontières. Et devinez quoi ? Leur santé mentale s’effondre encore plus vite que celle des autres.

Pourtant, dans les communiqués officiels, on parle de « créer un environnement éducatif sûr ». Traduction : « On va peindre les murs en bleu pastel et interdire les écrans après 21h. » Comme si la précarité était un virus contagieux qu’on pouvait désinfecter avec du gel hydroalcoolique.

La vraie question

Si Ca Mau veut vraiment réduire les cas de dépression, il faudrait commencer par exproprier les promoteurs immobiliers qui spéculent sur les résidences étudiantes. Ou nationaliser les cliniques privées qui facturent 50 $ une consultation psychologique à des jeunes qui gagnent 3 $ par jour. Ou interdire aux entreprises de recruter des étudiants sous contrat de dette.

Mais ça, ce serait trop radical. Alors on préfère les ateliers « gestion du stress » et les distributeurs de vitamines. Parce que soigner les symptômes, ça ne dérange personne.

Ce qu’il faudrait faire, mais qu’on ne fera pas

En 2018, la province de Quảng Nam avait tenté une expérience : un programme de bourses conditionnelles. Les étudiants recevaient une aide financière uniquement s’ils maintenaient une moyenne de 7/10 et participaient à des activités « saines ». Résultat ? Baisse de 22 % des cas de dépression en deux ans, et hausse de 15 % des taux de réussite. Pourquoi Ca Mau ne copie-t-elle pas ? Parce que les bourses, ça coûte cher. Et parce que la corruption : les fonds sont souvent détournés par les directeurs d’université, qui les utilisent pour payer… des distributeurs automatiques de vitamines.

Le dernier mot

Les étudiants de Ca Mau ne sont pas des cas désespérés. Ils sont des otages. Otages d’un système qui leur promet des soins gratuits tout en sabotant leurs conditions de vie. En 2026, quand les nouveaux centres de santé ouvriront leurs portes, les psychologues seront là, les médicaments aussi. Mais les dettes, les loyers exorbitants et les usines qui recrutent des mineurs seront toujours là, eux. Et la dépression aussi.

La vraie révolution ne serait pas d’ajouter des psychologues. Ce serait de virer les promoteurs immobiliers du campus. De limiter les frais de scolarité à 5 % du revenu familial. D’interdire aux entreprises de recruter des étudiants endettés.

Mais ça, ce serait trop simple. Et puis, qui paierait les vitamines ?

R
R Galaxie Rédaction

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