Le chiffre qui résume tout
En 2023, selon une étude du Pew Research Center, 72 % des Américains interrogés estiment que l’IA représente un risque pour la démocratie. Le chiffre est net, et il ne date pas d’hier. Pourtant, quand on écoute Sanders et Bannon, on comprend pourquoi ce pourcentage ne bouge pas : les deux camps ont raison sur un point, mais aucun ne propose une solution qui tienne la route. Sanders, lui, parle de régulation stricte, de taxes sur les algorithmes, de transparence obligatoire. Bannon, lui, balance des phrases comme « On va tout casser, et après on reconstruira ». Entre les deux, il n’y a pas de synthèse possible. Juste une urgence partagée.
Le détail qui cloche : ni l’un ni l’autre ne mentionne qui devrait appliquer ces règles. Sanders veut un Congrès qui légifère, mais le Congrès est paralysé depuis des années. Bannon, lui, rêve d’un gouvernement fort, mais le sien serait celui d’un président autoritaire, pas d’un régulateur indépendant. Deux visions, zéro crédibilité.
Ce que les géants du tech ne veulent surtout pas entendre
Quand Sanders et Bannon parlent d’IA, ils citent les mêmes exemples. Les deepfakes qui manipulent les élections. Les algorithmes de recrutement qui discriminent. Les plateformes qui tuent la presse locale en noyant l’information sous du contenu généré par IA. Tout ça, les GAFAM le savent. Et ils s’en foutent. Pourquoi ? Parce que pour eux, le risque n’est pas la régulation, mais la lenteur.
Prenez Google. En 2022, la société a dépensé 27 milliards de dollars en R&D sur l’IA. 27 milliards. Pour eux, ralentir, c’est perdre. Pourtant, c’est exactement ce que Sanders et Bannon réclament. L’un veut des lois, l’autre veut des « guerres commerciales » contre la Chine, mais dans les deux cas, le résultat serait le même : des années de blocages juridiques ou de tensions géopolitiques. Assez pour que les labs d’IA américaines se tournent vers des paradis fiscaux où aucune règle n’existe.
Le paradoxe : plus les deux hommes crient au danger, plus les géants du tech ont intérêt à ignorer leurs avertissements. Parce que si demain, un président Trump ou un Congrès démocrate radical décide de taxer les algorithmes à 20 %, les investisseurs iront ailleurs. Et personne ne viendra vérifier si les règles sont respectées.
La vraie raison de leur alliance
Alors pourquoi Sanders et Bannon sont-ils ensemble sur ce dossier ? Pas par idéalisme. Parce que l’IA, aujourd’hui, dépasse leurs clivages politiques. Pour la gauche, c’est une question de justice sociale : qui contrôle les données ? Qui en profite ? Pour l’extrême droite, c’est une question de souveraineté : l’Amérique doit dominer, ou elle sera écrasée par la Chine. Deux angles, une même cible : les GAFAM.
Le problème : leur convergence est superficielle. Sanders veut un État régulateur fort. Bannon veut un État punitif, qui écrase les concurrents étrangers. Les deux ne feront jamais bon ménage. Mais dans l’immédiat, leur accord sert à une chose : faire peur. Assez pour que les citoyens se réveillent. Assez pour que les médias en parlent. Assez pour que les géants du tech, une fois de plus, se retrouvent dos au mur.
Ce qu’ils ne disent pas
Personne, dans cette table ronde, n’a évoqué l’échec des régulations existantes. En Europe, le Digital Services Act est censé encadrer les plateformes. Résultat ? Les GAFAM ont simplement déplacé leurs serveurs en Irlande, où les contrôles sont une blague. Aux États-Unis, la FTC (Federal Trade Commission) a lancé des enquêtes sur l’IA. Combien de sanctions ? Zéro. Combien de procès gagnés ? Un. Contre une petite startup. Pas contre Meta ou Google.
La réalité : les régulations actuelles sont des leurres. Elles donnent l’illusion d’agir, sans jamais toucher aux vrais leviers. Et c’est là que Sanders et Bannon ont tort de s’entêter sur des solutions politiques. Parce que le vrai pouvoir, aujourd’hui, n’est plus entre les mains des législateurs. Il est entre celles des ingénieurs, des investisseurs, des lobbies. Et eux, ils ne répondent qu’à une loi : celle du profit.
La question qui fâche
Si l’IA est un danger, comme le disent Sanders et Bannon, alors la vraie question n’est pas « Comment la réguler ? », mais « Qui a le pouvoir de le faire ? ».
Le Congrès ? Trop divisé.
La Cour suprême ? Trop lente.
Les États fédérés ? Certains veulent taxer les algorithmes, d’autres les subventionner.
Les citoyens ? Ils n’ont même pas les outils pour comprendre ce qui se passe derrière un modèle de langage.
Le vide juridique est tel que même quand deux hommes aussi opposés que Sanders et Bannon s’accordent, ça ne change rien. Parce que le problème n’est pas l’absence de consensus. C’est l’absence de leviers.
Ce qui vient après
Alors quoi ? Attendre que les deepfakes fassent basculer une élection ? Que les algorithmes de recrutement fassent exploser les inégalités ? Que les plateformes tuent définitivement la presse indépendante ?
Non. La seule issue, c’est de casser le mythe selon lequel l’IA est une technologie neutre. Elle ne l’est pas. Elle est façonnée par des intérêts, des lobbies, des États. Et si Sanders et Bannon ont raison sur un point, c’est que personne ne veut assumer cette réalité.
Leur convergence est un signe. Pas de victoire.