Le sport comme levier, ou le dernier recours ?
La Ligue contre le cancer le répète depuis des années : le dépistage du cancer du sein sauve des vies. 1 femme sur 8 sera concernée dans sa vie, selon les données de Santé publique France. Pourtant, en Vendée comme ailleurs, les taux de participation stagneront. Alors, on change de tactique. À Sallertaine, on ne parle plus seulement de mammographies. On parle de course à pied, de pilates, de renforcement musculaire. L’idée ? Créer un lien entre santé physique et santé du sein. « Quand une femme bouge, elle pense aussi à son corps. Et quand elle pense à son corps, elle pense au dépistage », explique Marie Dubois, coordinatrice du Pôle de Santé du Marais. Problème : cette logique suppose que les femmes qui ne se dépistent pas sont aussi celles qui ne font pas de sport. Or, les données de l’INSEE montrent que les femmes les plus sédentaires sont souvent celles qui ont le moins de temps, parce qu’elles travaillent, élèvent des enfants, ou parce qu’elles n’ont pas les moyens de s’inscrire en salle. Bref, pas parce qu’elles négligent leur santé.
Pourtant, à Sallertaine, on mise sur l’émotion. Les séances de sport seront encadrées par des survivantes du cancer du sein. « Rien ne remplace le témoignage », assure Dubois. Sauf que les témoignages, on en a déjà entendu. Depuis 30 ans, Octobre rose en regorge. Et les chiffres ne bougent pas. En 2022, seulement 55 % des femmes éligibles en France avaient fait leur dépistage. La Vendée, elle, se situe dans la moyenne nationale. Alors, cette semaine rose changera-t-elle quelque chose ?
Peut-être. Mais pas pour les raisons qu’on croit.
Ce que les affiches ne disent pas
Le Pôle de Santé du Marais a signé un partenariat avec Vendée Course à Pied et Les Mutins de Sallertaine, un club de sport local. Objectif : organiser des parcours du combattant, des ateliers de renforcement du périnée (oui, parce que le cancer du sein, ça touche aussi la sexualité et la mobilité), et même une randonnée solidaire le dimanche 11 octobre. Le problème ? Ces activités s’adressent à des femmes qui ont déjà un minimum de capital santé. Celles qui ne se dépistent pas sont souvent celles qui n’ont pas les moyens de s’offrir une licence sportive, ou qui n’ont pas le temps de courir un 5 km.
« On ne peut pas tout faire », reconnaît Dubois. Mais on peut faire semblant. Parce que parler de sport, c’est plus facile que d’aborder le sujet tabou : le coût du dépistage, les délais des rendez-vous, la peur de l’aiguille. En Vendée, comme ailleurs, les centres de mammographie sont saturés. À La Roche-sur-Yon, les listes d’attente dépassent 6 semaines en période de forte affluence. Alors, on préfère organiser des séances de gainage plutôt que de crier sur les toits : « Il manque des radiologues. Et des salles. »
La vraie question : et après ?
Le 11 octobre 2026, la semaine rose se terminera. Les affiches seront rangées. Les séances de sport reprendront leur cours habituel. Mais que restera-t-il ?
Quelques femmes auront peut-être commencé à courir. D’autres auront pris rendez-vous pour une mammographie. Mais le vrai combat, lui, ne fait que commencer. Parce que derrière les slogans « Bougez, dépistez-vous », il y a une réalité : le système de santé français est à la ramasse. Les centres de dépistage manquent de moyens. Les médecins généralistes, submergés, oublient parfois d’insister. Et les femmes, elles, continuent de reporter.
« On ne peut pas tout régler en une semaine », admet Dubois. Non. Mais on peut commencer. Sauf que depuis 30 ans, on commence. Et on recommence. Sans jamais vraiment avancer.
Ce que personne ne dit sur Octobre rose
Octobre rose, c’est 1 million d’euros dépensés par an en France pour des campagnes de sensibilisation. 1 million d’euros. Pendant ce temps, le budget alloué au dépistage lui-même reste stable. Pourquoi ? Parce que parler de cancer du sein, c’est rentable. Les associations, les marques, les collectivités : tout le monde y trouve son compte. Sauf les femmes.
À Sallertaine, cette année, on misera sur le sport. Bonne idée ? Peut-être. Mais si ça ne marche pas, on rebondira sur un autre argument. « Cette année, on parle de nutrition. L’année prochaine, ce sera la génétique. » Le vrai problème, lui, ne sera jamais abordé : le manque de moyens, la désorganisation des centres, et cette idée que la prévention, c’est un luxe.
La dernière question
Le 12 octobre 2026, après la semaine rose, que restera-t-il ?
Quelques femmes auront peut-être changé leurs habitudes. D’autres non.
Mais une chose est sûre : personne ne viendra demander des comptes.
Pas aux organisateurs. Pas aux politiques. Pas aux médecins.
Juste aux femmes. Comme d’habitude.