La rougeole refait surface au Bangladesh, et l'OMS reste en retrait

Depuis septembre, le Bangladesh fait face à une flambée de rougeole, une maladie pourtant évitable. Les vaccins existent, mais leur distribution pose problème. Pourquoi l'OMS tarde-t-elle à agir ? Et que faire pour éviter une crise sanitaire plus large ?

Publié le 29 septembre 2026 à 10:57
La rougeole refait surface au Bangladesh, et l'OMS reste en retrait

En septembre dernier, les hôpitaux de Dhaka ont commencé à se remplir. Pas de choléra cette fois, pas de dengue non plus. Juste des enfants fiévreux, couverts de boutons rouges, toussant comme des vieux. La rougeole est de retour au Bangladesh, et personne ne semble surpris. Pourtant, cette maladie, on sait la soigner. Alors pourquoi ça recommence ? Et surtout, pourquoi ça pourrait empirer ?

Le vaccin existe, mais il ne suffit pas

Le problème, c’est que le Bangladesh n’a jamais vraiment éradiqué la rougeole. En 2019, le pays avait enregistré une baisse spectaculaire grâce à une campagne massive de vaccination. Mais depuis, les taux ont chuté. Les stocks de vaccins ? Inégaux. Les centres de santé ? Sous-financés. Et les parents ? Beaucoup ignorent même que leurs enfants ne sont pas protégés.

L’OMS recommande deux doses avant l’âge de 5 ans. Au Bangladesh, une enquête de 2022 (rapport UNICEF-Bangladesh) montrait que seulement 65 % des enfants avaient reçu leur première dose. La deuxième ? À peine 40 %. Résultat : des milliers de cas en moins de six mois. Les autorités locales parlent de « clusters » dans les districts de Chittagong et de Sylhet. Les médias bangladais, eux, commencent à s’inquiéter. Mais l’OMS ? Silence radio.

Pourquoi l’OMS ne sonne pas l’alerte ?

Officiellement, l’organisation suit la situation « de près ». Officieusement, les ONG locales racontent une autre histoire. Les fonds manquent. Les priorités aussi. Pendant ce temps, la rougeole se propage, et les hôpitaux publics, déjà saturés, n’ont pas les moyens de gérer une nouvelle vague.

Et puis, il y a le contexte. Le Bangladesh traverse une crise politique et économique. Les dépenses de santé sont souvent les premières sacrifiées. Les vaccins ? Ils coûtent cher. Même ceux donnés gratuitement par l’OMS. En 2023, le pays a reçu 3,2 millions de doses de vaccin contre la rougeole (source : Gavi, l’Alliance du Vaccin). Assez pour vacciner 1,6 million d’enfants. Mais comment les distribuer sans infrastructure ?

Ce qui cloche dans la chaîne

Le vrai problème, ce n’est pas le manque de vaccins. C’est le manque de logistique. Les centres de santé ruraux manquent de personnel formé. Les stocks arrivent en retard. Et quand ils arrivent, ils pourrissent dans des entrepôts sans climatisation. En 2021, une étude de The Lancet avait déjà pointé ce dysfonctionnement : 30 % des vaccins expirent avant d’être utilisés.

Et puis, il y a la méfiance. Au Bangladesh, comme ailleurs, les rumeurs sur les vaccins circulent. Certains parents croient que le vaccin contre la rougeole cause l’autisme. D’autres pensent qu’il est « haram » (interdit en islam). Résultat : des enfants non vaccinés, et une maladie qui se réinstalle.

La France, elle, a-t-elle quelque chose à apprendre ?

En 2018, la France a connu sa propre crise de rougeole. 2 800 cas déclarés, 5 morts. La réponse ? Une campagne de rattrapage massive, et un rappel à l’ordre des parents. Aujourd’hui, la couverture vaccinale est remontée à 92 % pour la première dose (données Santé Publique France, 2023).

Mais au Bangladesh, rien de tout ça. Pas de rappel médiatique, pas de sanctions pour les parents réfractaires. Juste une épidémie qui grignote, sans que personne ne bronche vraiment.

Et maintenant ?

Si la situation continue comme ça, l’hiver prochain pourrait être catastrophique. La rougeole se transmet par l’air, les postillons, les surfaces contaminées. Dans un pays où les familles vivent entassées, où les écoles sont surpeuplées, où l’hygiène laisse à désirer… c’est une bombe à retardement.

L’OMS pourrait déclencher une alerte mondiale. Les donateurs pourraient débloquer des fonds. Les autorités bangladaises pourraient enfin agir. Mais pour l’instant, rien. Juste des chiffres qui montent, et des enfants qui tombent malades.

La question n’est pas « comment éviter la rougeole ? ». La question, c’est : qui va payer pour que ça s’arrête ?

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R Galaxie Rédaction

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