L’aéroport de Riyad a tremblé ce matin. Pas une alerte à la bombe, pas un exercice. Des explosions. Les Houthis du Yémen ont revendiqué l’attaque, comme ils l’ont fait pour les frappes précédentes, celles qui ont tué des civils saoudiens, celles qui ont forcé Riyad à dérouter ses vols. Cette fois, c’est l’aéroport King Khalid qui est dans la ligne de mire. Un message clair : la guerre au Yémen ne reste pas au Yémen.
Les Saoudiens répondent par des frappes aériennes, bien sûr. Mais cette fois, les Houthis ont sorti l’artillerie lourde : des drones, des missiles balistiques, et surtout, une menace directe aux États-Unis. « Si les Américains interviennent, la réponse sera douloureuse », a prévenu leur porte-parole. Traduction : attendez-vous à pire. Bien pire.
Pourquoi ça coince ? Parce que les Houthis ne sont pas seuls. Derrière eux, il y a l’Iran. Et derrière l’Iran, il y a une stratégie. Le régime des mollahs joue sur deux tableaux : déstabiliser l’Arabie saoudite (son ennemi régional) et verrouiller le détroit d’Ormuz (son enjeu économique).
Le détroit d’Ormuz, goulot d’étranglement du pétrole
Là où les choses deviennent sérieuses, c’est dans le golfe Persique. Les Gardiens de la Révolution iraniens ont revendiqué une nouvelle attaque contre un pétrolier ayant tenté de franchir le détroit d’Ormuz. Un passage stratégique : 20 % du pétrole mondial y transite.
En 2019, Téhéran avait déjà bloqué des tankers. Résultat ? Les prix du brut avaient bondi de 20 % en quelques semaines. Aujourd’hui, avec la tension qui monte, les marchés pétroliers s’inquiètent. Mais personne ne bronche vraiment. Pourquoi ? Parce que les États-Unis, malgré leurs sanctions contre l’Iran, ne veulent pas d’une guerre ouverte. Parce que la Chine et l’Inde, grandes importatrices de pétrole iranien, ferment les yeux. Et parce que l’Arabie saoudite, malgré ses drones F-35, n’ose pas riposter comme en 2016.
Le problème ? L’Iran n’a pas besoin de gagner une guerre pour gagner. Il suffit qu’il mainienne la pression. Une attaque ici, une menace là , et les prix montent. Les Houthis frappent Riyad, l’Iran bloque le détroit, et tout le monde regarde ailleurs.
Les Houthis, bras armé de Téhéran
Les rebelles yéménites ne sont pas des enfants de chœur. Ils ont déjà touché des installations saoudiennes avec des missiles iraniens. En 2019, ils avaient visé Abqaïq, le plus grand site pétrolier du monde. Résultat : 5,7 millions de barils de pétrole par jour mis hors ligne.
Cette fois, c’est Riyad qui est dans le collimateur. Pourquoi ? Parce que frapper la capitale, c’est frapper le cœur du régime saoudien. C’est dire : « Vous voulez la guerre ? La voilà . »
Mais attention : les Houthis ne sont pas invincibles. Leurs missiles ont une portée limitée. Leurs drones, souvent interceptés. Leur vrai atout ? L’Iran. Sans Téhéran, ils n’auraient ni les armes, ni les conseils, ni les financements. Ils sont le fer de lance d’une stratégie plus large.
L’Arabie saoudite, entre deux feux
Riyad est dans une position délicate. D’un côté, les Houthis. De l’autre, l’Iran. Et au milieu, les États-Unis, qui ne veulent pas s’engager dans un nouveau conflit au Moyen-Orient.
Les Saoudiens ont augmenté leurs dépenses militaires : 87 milliards de dollars en 2023, soit +13 % par rapport à 2022. Ils achètent des avions, des missiles, des drones. Mais est-ce que ça suffit ?
Pas sûr. Parce que la guerre au Yémen a déjà coûté des centaines de milliards à l’Arabie saoudite. Parce que leurs alliances sont fragiles : les Émirats arabes unis (EAU) commencent à douter de leur soutien inconditionnel. Et parce que l’opinion publique saoudienne est lasse.
Le vrai danger ? Que Riyad, poussé à bout, frappe fort. Pas seulement les Houthis, mais l’Iran directement. Et là , personne ne sait comment ça finira.
Le détroit d’Ormuz, une bombe à retardement
Revenons au golfe Persique. Le détroit d’Ormuz, c’est le point de non-retour. Si l’Iran le bloque sérieusement, les prix du pétrole explosent. Pas seulement pour l’Europe, mais pour la Chine, l’Inde, même les États-Unis.
En 2022, une étude de l’Institut international pour l’analyse des systèmes appliqués (IIASA) avait simulé un blocage partiel. Résultat : +40 % sur le prix du baril en six mois.
Aujourd’hui, avec la demande mondiale toujours forte et les stocks en baisse, l’impact serait bien pire.
Pourtant, personne ne veut envenimer les choses. Les États-Unis préfèrent les sanctions à la guerre. L’Europe, trop dépendante du gaz russe, ne veut pas d’un nouveau choc énergétique. Et l’Iran ? Il joue la montre.
Ce qui se joue vraiment : une guerre par procuration
Derrière les frappes, les menaces et les contre-menaces, il y a une bataille bien plus large.
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L’Iran veut affaiblir l’Arabie saoudite pour dominer le Moyen-Orient. Les Houthis sont son arme. Le détroit d’Ormuz, son levier.
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Les États-Unis veulent éviter un conflit direct, mais ils ne peuvent pas laisser l’Iran faire ce qu’il veut. Leur marge de manœuvre est étroite.
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La Chine et l’Inde veulent du pétrole à prix raisonnable, mais elles ne veulent pas froisser Téhéran. Résultat : elles achètent l’or noir iranien en contournant les sanctions.
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L’Arabie saoudite est coincée. Elle ne peut pas gagner seule contre les Houthis. Elle ne peut pas non plus laisser l’Iran gagner sans rien faire.
Le vrai risque ? Que personne ne contrôle plus rien. Que les frappes s’intensifient. Que le détroit d’Ormuz devienne une zone de non-droit. Et que, finalement, ce soit les civils qui paient.
La prochaine étape : et si personne ne recule ?
Les Houthis ont frappé Riyad. L’Iran a bloqué le détroit. Maintenant, c’est au tour des Saoudiens de répondre.
Ils pourraient frapper les Houthis plus fort. Mais ça ne réglera pas le problème iranien.
Ils pourraient aussi cibler directement Téhéran. Mais ça déclencherait une guerre régionale.
Et les États-Unis ? Ils pourraient envoyer des porte-avions. Mais Biden n’a pas envie d’un nouveau Vietnam.
Alors quoi ? Rien. On attend. On attend que les prix montent. On attend que la tension monte. On attend que quelqu’un craque.
Parce que c’est ça, le vrai danger. Pas une guerre ouverte, mais une escalade lente, sourde, où tout le monde perd.
Les Houthis continueront à frapper. L’Iran continuera à menacer. Les Saoudiens continueront à dépenser des milliards pour rien. Et les marchés ? Ils s’adapteront. Comme toujours.
Sauf que cette fois, la marge est plus étroite.
Sauf que cette fois, personne ne sait où s’arrête l’escalade.
Et c’est ça, le vrai problème.