Les marques jouent la carte de la communication
Face à la crise, les fabricants ont sorti l’artillerie lourde : communiqués de presse, pages Facebook dédiées, numéros verts. « Nous prenons cette situation très au sérieux », « Nous faisons tout pour garantir la sécurité »… Les mots reviennent en boucle. Mais sur le terrain, les parents ont l’impression d’être laissés pour compte.
Prenez Nestlé, qui a rappelé plusieurs gammes en 2023. « Nous avons renforcé nos contrôles », assure la marque. Vraiment ? « On voit bien que ça ne suffit pas », rétorque un pharmacien de Marseille. « Ils rappellent, oui. Mais entre deux rappels, ils continuent à vendre. Comme si de rien n’était. » Le problème ? Les délais. Entre la détection d’un problème et son rappel effectif, il peut s’écouler plusieurs semaines. « Le temps que les boîtes circulent, que les parents les achètent, que les enfants les consomment », explique un ancien cadre de la filière.
Et puis il y a la question des stocks. « Quand une boîte est rappelée, est-ce qu’on peut être sûr qu’elle a bien été retirée des rayons ? » La réponse : non. « Les supermarchés ont des entrepôts, des camions, des stocks de secours… Personne ne peut garantir que toutes les boîtes ont été récupérées », confirme un responsable logistique sous couvert d’anonymat. « C’est un casino. »
Ce que les régulateurs ne vous diront pas
L’ANSES et la DGCCRF ont des noms qui rassurent. Mais leurs rapports, eux, sont lourds, techniques, et rarement accessibles. « On vous parle de Cronobacter, de Salmonella, de Listeria… Mais personne ne vous explique comment ces bactéries arrivent dans les usines », souligne un microbiologiste. « Est-ce que c’est à cause des machines ? Des employés ? De la poussière ? On ne sait pas. »
Pourtant, les indices existent. En 2022, une enquête de Cash Investigation avait révélé que certains sites de production ne respectaient pas les normes d’hygiène. Des souris dans les entrepôts, des dates de contrôle falsifiées… « Les contrôles officiels sont insuffisants », avait conclu le reportage. Deux ans plus tard, les rappels s’enchaînent. Coïncidence ?
Et puis il y a le lobby. Les fabricants de lait infantile pèsent lourd. « Ils financent des études, influencent les recommandations… », glisse un ancien inspecteur sanitaire. « Le résultat ? On a l’impression que les règles sont faites pour eux, pas pour les consommateurs. » Résultat : les amendes pour non-respect des normes ? Rares. Les fermetures d’usines ? Exceptionnelles. « On préfère rappeler un produit que de fermer boutique », résume un syndicaliste du secteur.
La vraie question : et après ?
Les rappels vont continuer. Parce que le système est trop lent, trop opaque, trop peu punitif. « On attend le prochain scandale pour réagir », lance un père exaspéré. « Mais à quel prix ? »
Certains parents ont déjà pris leur décision : le sein, si possible. Le lait en poudre maison, sinon. D’autres misent sur les marques « bio », comme La Feuille Verte ou Bjorg, qui communiquent sur des contrôles renforcés. « Moins de rappels, pour l’instant », note une mère qui a basculé. Mais est-ce suffisant ?
Une chose est sûre : la confiance est brisée. Et elle ne se reconstruira pas avec des communiqués de presse. Il faudrait des usines fermées, des responsables sanctionnés, des contrôles indépendants. Bref, un changement de paradigme.
Pour l’instant, les parents sont seuls. Avec leur biberon. Et cette peur qui ne les quitte plus.