15 milliards de dollars volés chaque année, et le Québec ne voit rien venir

Les plateformes américaines captent l’argent des Québécois sans contrepartie. Pendant ce temps, nos gouvernements ferment les yeux sur une dépendance qui coûte cher, et qui va empirer avec l’IA. Voici pourquoi personne ne veut en parler.

Publié le 22 septembre 2026 à 18:11
15 milliards de dollars volés chaque année, et le Québec ne voit rien venir

Pourquoi le Québec se fait plumer sans broncher

Le problème, ce n’est pas juste l’argent. C’est la perte de contrôle. Prenez l’IA. Le Québec a des chercheurs de classe mondiale, l’Université de Montréal cartonne en deep learning, Mila est un laboratoire de référence. Pourtant, quand ces mêmes outils sont déployés à grande échelle, ils dépendent des infrastructures américaines. Les données des hôpitaux québécois ? Stockées sur AWS. Les services publics qui automatisent leurs démarches ? Via Microsoft Azure. On externalise même notre souveraineté technologique. En 2022, le gouvernement Legault a signé un partenariat avec IBM pour moderniser la santé numérique. IBM. Une multinationale qui, l’année dernière, a été condamnée à 1,5 milliard de dollars pour avoir vendu des outils de surveillance à des régimes autoritaires, dont un qui traquait des dissidents avec des algorithmes d’IA. Et nous, on lui confie nos dossiers médicaux.

Pourquoi ? Parce qu’on n’a pas le choix. Les alternatives locales n’existent pas à cette échelle. Quand le gouvernement du Québec a tenté de créer une plateforme québécoise de santé numérique en 2020, le projet a capoté faute de moyens. Résultat : on reste accroché aux GAFAM comme un drogué à sa seringue. Sauf que la drogue, là, c’est une dépendance économique.

Et puis il y a l’effet de réseau. Vous croyez que les Québécois vont soudainement arrêter d’utiliser Google parce que c’est américain ? Non. Parce que c’est pratique. Parce que tout le monde l’utilise. Parce que les alternatives, comme Qwant, le moteur de recherche français, sont lentes, chères, et personne ne les pousse. Le Québec n’a même pas une politique claire pour favoriser les outils locaux. En France, au moins, Macron a tenté de faire pression sur les GAFAM avec la loi AVIA. Ici ? Rien. Pas même un ministre dédié à la souveraineté numérique. On laisse faire.

L’IA, le prochain coup de massue

Les géants américains ne se contentent plus de nos données. Ils veulent nos lois.

En 2023, l’État de New York a interdit aux entreprises locales de travailler avec des fournisseurs de reconnaissance faciale, parce que ces outils sont biaisés, discriminatoires, et souvent basés sur des données volées. Le Québec ? Il n’a même pas de loi encadrant l’usage de l’IA dans le secteur public. Zéro. Pendant ce temps, Microsoft et Google lancent leurs propres outils d’IA générative pour les administrations. Qui contrôle ces outils ? Pas nous. Qui en tire profit ? Pas nous.

Prenez Clara, l’assistant virtuel du gouvernement fédéral canadien. Développé avec des partenaires québécois… mais hébergé sur le cloud américain. Si demain, Meta décide que Clara doit afficher des pubs pour vendre des armes aux États-Unis, qu’est-ce qu’on fait ? On n’a pas notre mot à dire. Parce qu’on n’a pas les leviers.

Et le pire ? Personne ne semble s’en soucier. Les partis politiques en parlent comme d’une question technique, pas stratégique. Les médias en font des sujets de niche. Comme si la souveraineté numérique était un luxe. Pourtant, quand la Chine bloque l’accès à Google dans ses universités, on comprend vite que c’est une question de puissance.

Ce que les autres pays font (et nous, on fait quoi ?)

La France a son CNIL, son régulateur indépendant qui peut sanctionner Google ou Amazon. Le Québec ? Rien. Pas même un équivalent de l’ARCEP pour le numérique. On laisse les lobbies américains dicter leur loi.

L’Allemagne a imposé aux GAFAM de payer une taxe sur les données des utilisateurs européens. Résultat ? 1,2 milliard d’euros récoltés en 2023. Au Québec ? Zéro. Parce qu’on n’a pas osé.

La Russie, malgré ses problèmes, a coupé les GAFAM de son marché en 2014. Résultat ? Elle a développé ses propres outils. Nous, on attend que les Américains nous fassent la charité.

Et puis il y a l’exemple de l’Inde. En 2022, le gouvernement a lancé un moteur de recherche local pour contourner Google. Pourquoi ? Parce que les données des Indiens ne devaient plus servir à former les algorithmes américains. Au Québec, on n’a même pas essayé.

La vraie question : et si on se réveillait trop tard ?

Le problème, ce n’est pas seulement l’argent. C’est la vitesse.

Les géants de l’IA comme Google ou Microsoft déjà contrôlent 70 % du marché des outils cloud utilisés par les gouvernements. 70 %. Dans cinq ans, quand l’IA décisionnelle sera omniprésente, qui choisira vos médecins ? Qui décidera de vos allocations ? Pas nous. Parce qu’on aura laissé les algorithmes américains s’entraîner sur nos données sans contrepartie, sans cadre, sans contrôle.

En 2018, le Québec a créé Investissement Québec Numérique pour attirer des talents. Bonne idée. Sauf que ces talents, une fois formés, partent travailler pour les GAFAM. Parce qu’ici, il n’y a pas d’écosystème assez puissant pour les retenir. On forme la main-d’œuvre des autres.

Alors oui, le Québec a des atouts. Mais sans stratégie, sans muscles, sans volonté politique, ces atouts ne serviront à rien.

Alors, on fait quoi ?

Pas de conclusion pompeuse. Juste une question qui dérange :

Est-ce qu’on veut vraiment que nos données, nos lois, nos décisions soient prises par des algorithmes américains, et que personne ne nous demande notre avis ?

Parce que si on ne réagit pas maintenant, dans dix ans, ce ne sera plus une question de choix. Ce sera une évidence. Et une évidence qui nous coûtera bien plus que 15 milliards par an.

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R Galaxie Rédaction

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