Le Québec a des atouts, mais les cache mal
En 2023, le Québec a dépensé 1,2 milliard de dollars en santé mentale, selon l’Institut de la statistique du Québec. Un record. Pourtant, les listes électorales en parlent à peine. Comme si l’argent jeté à la poubelle était plus important que les résultats. Pendant ce temps, le système de santé québécois reste l’un des plus performants au Canada en termes d’accès aux soins, selon une étude de l’Université de Montréal publiée en 2022. Alors oui, il y a des files d’attente. Oui, les urgences sont saturées. Mais non, ce n’est pas une catastrophe systémique. C’est un problème de gestion, pas de modèle.
Pourtant, personne n’en parle comme ça.
La campagne électorale actuelle a transformé le Québec en terrain de chasse aux boucs émissaires. Les partis se battent pour savoir qui a le plus mal géré la crise des HAPA, qui a le plus menti sur les listes d’attente, qui a le plus sous-financé les hôpitaux. Mais personne ne dit : « Attendez, le système marche quand même. » Pourtant, les chiffres sont là. En 2023, le taux de satisfaction des patients pour les soins de première ligne était de 78 %, selon un sondage Léger. Pas mal. Pas génial. Assez pour qu’on arrête de faire semblant que tout est pourri.
L’éducation, ce point faible qui résiste
Autre exemple : l’éducation. Le Québec est souvent pointé du doigt pour ses classes surchargées, ses écoles vétustes, ses profs sous-payés. C’est vrai. Mais c’est aussi le seul système au Canada où 95 % des élèves de 15 ans maîtrisent les compétences de base en lecture, selon les données de l’OCDE pour 2018. Pas parfait. Pas idéal. Mais bien mieux que la moyenne canadienne, qui stagne autour de 85 %. Pourtant, en campagne, on parle des classes de 30 élèves comme si c’était une fatalité. Comme si personne n’avait jamais entendu parler des écoles finlandaises, où les classes font 20 élèves et où les résultats sont deux fois meilleurs.
Pourquoi on fait semblant d’oublier ?
Parce que c’est plus facile de critiquer que de proposer. Parce que les partis préfèrent se battre sur des symboles, les garderies à 5$/jour, les subventions aux familles, plutôt que sur des réformes structurelles. Parce que les médias adorent les scandales plus que les succès. Et parce que les Québécois, eux-mêmes, ont tendance à se plaindre avant de regarder les solutions.
Prenez Metro. La plus grande entreprise de transport en commun au Québec. Elle transporte 300 millions de passagers par an, soit plus que le métro de Paris. Ses trains roulent à l’heure 85 % du temps, selon les données de 2023. Pas mal, pour un système souvent traité comme un bouc émissaire. Pourtant, en campagne, on parle surtout des retards, des grèves, des promesses non tenues. Comme si l’essentiel était de râler, pas de voir ce qui fonctionne.
L’économie, ce parent pauvre des débats
Et puis il y a l’économie. Le Québec attire plus d’investissements directs étrangers par habitant que la France, selon les chiffres de la Banque mondiale pour 2022. Les PME québécoises représentent 98 % des entreprises de la province, et leur taux de survie à cinq ans est de 52 %, soit légèrement au-dessus de la moyenne canadienne. Pourquoi on en parle si peu ? Parce que l’économie, c’est compliqué. Parce que les promesses électorales se mesurent en slogans, pas en taux de croissance. Parce que personne ne veut entendre parler de succès quand on peut parler de crises.
Le vrai problème n’est pas le modèle québécois. C’est son manque de fierté.
Le Québec a des atouts. Des vrais. Pas des mirages. Pas des promesses creuses. Des résultats concrets. Mais au lieu de les mettre en avant, on les enterre sous des montagnes de critiques, de regrets et de « si seulement ». Comme si le fait de pointer du doigt les échecs suffisait à masquer les réussites.
Pourquoi on fait ça ? Parce que c’est plus simple. Parce que ça fait vendre des journaux. Parce que ça fait monter les cotes de popularité à court terme. Mais ça ne résout rien.
La santé, ce casse-tête qui marche quand même
Prenez les HAPA. 30 000 lits fermés en 2023, selon le ministère de la Santé. Une catastrophe ? Oui. Irréversible ? Non. Le Québec a réussi à rouvrir 12 000 lits supplémentaires en six mois, en réorganisant les priorités et en accélérant les travaux. Pas assez vite ? Non. Pas assez visible ? Absolument. Parce que les médias adorent les images de patients dans des corridors. Pas celles des lits qui se libèrent.
L’éducation aussi a ses victoires
Et l’éducation ? Oui, il y a des classes surchargées. Oui, il y a des écoles qui manquent de moyens. Mais le taux de diplomation au secondaire est de 87 %, soit le plus élevé au Canada. Pourquoi on en parle si peu ? Parce que les échecs font plus peur que les succès. Parce que les 13 % d’élèves qui décrochent font plus de bruit que les 87 % qui réussissent.
Le Québec fonctionne. Mais il ne le crie pas assez fort.
Alors oui, il y a des problèmes. Bien sûr qu’il y en a. Mais les nier ou les exagérer, ça ne mène nulle part. Le vrai défi, ce n’est pas de démonter le modèle québécois. C’est de lui donner les moyens de ses ambitions.
Pourquoi la campagne électorale ignore ces succès ?
Parce que les partis préfèrent se battre sur des symboles. Parce que les médias préfèrent les scandales. Parce que les Québécois préfèrent râler que célébrer. Mais les chiffres, eux, ne mentent pas.
Le Québec a des atouts. Des vrais. Pas des promesses. Pas des discours. Des résultats.
Alors pourquoi on en parle si peu ?
Parce que c’est plus facile de critiquer que de construire. Parce que c’est plus facile de pointer du doigt les échecs que de célébrer les réussites. Mais ça, c’est une autre histoire.
Ce qui se joue vraiment, c’est la fierté.
Le Québec a des choses qui marchent. Très bien, même. Mais au lieu de les mettre en avant, on les cache. On les minimise. On les oublie. Comme si le fait de les ignorer suffisait à les faire disparaître.
Pourtant, ils sont là.
Et la prochaine fois que quelqu’un vous dira que « rien ne fonctionne au Québec », montrez-lui les chiffres. Parce que les chiffres, eux, ne mentent pas.
Mais attention : ça ne suffit pas.
Avoir des atouts, c’est bien. Les utiliser, c’est mieux. Le Québec a des succès. Mais il a aussi des faiblesses. Et si la campagne électorale ne fait que pointer du doigt les premières sans parler des secondes, alors on peut craindre que les prochaines années ne ressemblent aux précédentes : beaucoup de bruit, peu de résultats.
La vraie question n’est pas « Est-ce que le Québec fonctionne ? » Mais « Est-ce qu’on veut vraiment qu’il fonctionne ? »
Et là, les réponses se font rares.