4 partis sur 5 veulent relancer les CLSC, mais les médecins ont peur du déjà-vu

Les CLSC reviennent en force dans les programmes électoraux. Une bonne nouvelle pour les patients ? Pas si vite. Les médecins craignent un retour en arrière, et les chiffres montrent que le système actuel est déjà à bout de souffle. Analyse d’un paradoxe politique et médical.

Publié le 2 octobre 2026 à 22:00
4 partis sur 5 veulent relancer les CLSC, mais les médecins ont peur du déjà-vu

En 2026, les Québécois voteront sous la bannière d’un retour en force des CLSC. Quatre partis sur cinq, Coalition avenir Québec, Parti libéral, Québec solidaire, et même le Parti conservateur, misent sur ces centres locaux comme solution miracle pour décompresser le réseau de la santé. Sauf que personne ne parle vraiment de comment. Pas de détails concrets, pas de calendrier, pas de budget. Juste un slogan qui sent bon le déjà-vu : « On va tout réorganiser, et ça va marcher cette fois. » Comme en 1998, quand le gouvernement Parizeau avait lancé la « réforme des réseaux » avec la même ferveur. Résultat ? Les CLSC sont devenus des usines à trier les patients, des sas entre la maison et l’hôpital, avec des infirmières surchargées et des médecins qui passent leur temps à courir entre deux urgences. Le système a tenu… jusqu’à ce qu’il ne tienne plus.

Le chiffre que personne ne veut commenter

En 2023, 1,2 million de Québécois ont attendu plus de 24 heures pour obtenir un rendez-vous en médecine de famille, selon les données du Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). Un sur cinq a fini par se présenter aux urgences parce que son médecin n’avait pas de place avant trois mois. Et les CLSC, dans tout ça ? Ils ont absorbé une partie de la charge, mais en mode « pompiers ». Pas de prévention, pas de suivi réel, juste des consultations express pour éviter l’effondrement total. Le problème ? Les CLSC n’ont jamais été conçus pour remplacer les médecins de famille. Ils étaient censés être un complément, un maillon faible mais utile dans une chaîne bien huilée. Aujourd’hui, on leur demande de porter toute la chaîne. Et ça, ça ne marche pas.

Pourtant, les partis s’accrochent à cette idée comme à une bouée. Pourquoi ? Parce que c’est moins cher que d’embaucher des médecins. Moins cher que de construire des cliniques. Moins cher que d’admettre que le système est structurellement brisé. Les CLSC, c’est la solution « low-cost » du politique. Sauf que les coûts, eux, ils sont déjà là.

En 2022, le ministère de la Santé a dépensé 1,8 milliard de dollars en heures supplémentaires pour les infirmières des CLSC, juste pour tenir le coup. Un milliard et huit. Avec ça, on aurait pu recruter 1 200 médecins de famille et les installer en région. Mais non. On a préféré serrer la ceinture et demander aux infirmières de faire plus avec moins. Résultat ? Elles brûlent. En 2023, 1 sur 3 a envisagé de quitter le réseau public, selon une enquête de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ). Personne ne veut en parler.

Ce que les médecins disent (et ce qu’on ne leur demande pas)

Dr Yves Lévesque, président de l’Association des médecins omnipraticiens du Québec (AMOQ), est clair : « Relancer les CLSC sans bouger un muscle sur le recrutement des médecins, c’est comme recoller les morceaux d’un vase brisé en espérant qu’il tienne. Ça ne marchera pas. » Mais personne ne l’écoute vraiment. Pourquoi ? Parce que les partis savent une chose : les médecins, ça coûte cher. Et les CLSC, ça fait « progressiste » sur les affiches électorales. « Soins de première ligne accessibles », « Désengorger les urgences »… Des slogans qui marchent en campagne.

Sauf que sur le terrain, c’est une autre histoire. Prenez Dr Sophie Girard, médecin de famille à Laval. Elle voit 50 patients par jour dans son CLSC. « La moitié viennent parce qu’ils n’ont pas de médecin de famille. L’autre moitié, c’est des suivis de diabète, d’hypertension… des trucs qu’un infirmier pourrait gérer, mais qu’on n’a pas les moyens d’embaucher. » Alors elle fait les deux. Et elle est épuisée. « On me dit : ‘Relancez les CLSC, ça va sauver la santé.’ Mais relancer quoi, au juste ? Des salles de consultation sans médecins ? Des infirmières qui font du dépistage de cancer du sein en urgence parce qu’il n’y a plus de place ailleurs ? »

Le vrai problème, c’est que personne ne veut toucher au cœur du système. On préfère réorganiser la périphérie en espérant que le centre tiendra. Spoiler : il ne tiendra pas. En 2020, une étude de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) avait prévenu : « Sans augmentation massive des effectifs médicaux et infirmiers, le réseau s’effondrera d’ici 2028. » Trois ans plus tard, on en est là.

Le piège des promesses électorales

Les partis jouent un jeu dangereux. Ils promettent ce qu’ils ne peuvent pas tenir. Parce que relancer les CLSC sans :

  • Recruter 3 000 médecins de famille d’ici 2030 (le chiffre avancé par l’AMOQ pour désengorger les listes d’attente).
  • Doubler le budget des CLSC (aujourd’hui, 30 % de leur financement vient de coupes budgétaires annuelles).
  • Former et embaucher 2 000 infirmières praticiennes spécialisées (IPS) pour prendre en charge les patients chroniques.

… c’est de la poudre aux yeux. Pire : c’est du retard.

Pourquoi ? Parce que chaque année où on tergiverse, c’est une année de plus où les Québécois attendent. Où les urgences explosent. Où les médecins partent à la retraite sans remplacement. En 2023, 1 médecin omnipraticien sur 4 avait plus de 60 ans, selon Statistique Canada. Dans cinq ans, ils seront tous partis. Et les CLSC, même « relancés », ne suffiront pas à combler le trou.

Ce qui se joue vraiment en 2026

Ce n’est pas une question de CLSC ou pas CLSC. C’est une question de qui va payer la facture.

  • Les partis veulent voter des lois. Facile. Ça fait joli dans les débats.
  • Les médecins veulent des cliniques. Cher. Compliqué.
  • Les patients veulent des rendez-vous. Maintenant. Pas dans trois ans.

Le vrai débat, personne ne le mène. Celui qui dit : « On va devoir choisir entre deux mauvaises options. Soit on augmente les taxes pour payer les médecins, soit on accepte que le système s’effondre par à-coups. » Personne ne veut en parler. Parce que c’est ingrat. Parce que ça divise. Parce que ça coûte.

Alors on mise sur les CLSC. On fait semblant de croire que réorganiser les morceaux brisés peut redonner un vase entier. Sauf que les morceaux, ils sont déjà en miettes. Et personne ne veut le dire.

La dernière question (celle qu’on ne pose jamais)

En 2026, quand les Québécois iront voter, ils croiront peut-être que les CLSC vont sauver leur santé. Ils auront tort.

Parce que le vrai problème, ce n’est pas l’organisation. C’est le manque de moyens. Et les promesses électorales, ça ne paie pas les salaires des infirmières. Ça, personne ne le dit.

Mais vous, vous savez maintenant.

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R Galaxie Rédaction

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