Quand un cheval devient le miroir des burn-outs que les thérapies ignorent

Nadège Gajic, psychologue du travail, mise sur les équidés pour soigner ce que les cabinets fermés et les antidépresseurs ne touchent pas. Mais l'approche a des limites, et des détracteurs. Voici pourquoi ça marche… et pourquoi ça ne marchera jamais pour tout le monde.

Publié le 10 septembre 2026 à 08:08
Quand un cheval devient le miroir des burn-outs que les thérapies ignorent

Pourquoi ce cheval regarde Nadège Gajic comme s’il la jugeait ?

Elle arrive devant l’enclos, les mains dans les poches de sa veste en velours usée, et Éiqus lève la tête. Pas un hennissement, pas un mouvement brusque. Juste ce regard. Un regard qui semble dire : « Alors, vous aussi, vous allez me parler de vos problèmes ? »

Nadège Gajic, 48 ans, psychologue du travail, sait très bien ce que ce cheval pense. Ou plutôt, ce qu’il ressent. Parce que depuis cinq ans, elle utilise les équidés, ces animaux qui ne mentent pas, ne minimisent pas, ne vous font pas de faux sourires, pour déstabiliser ses patients. Pas pour les calmer. Pour leur faire affronter ce qu’ils fuient.

Le chiffre qui cloche : selon l’Assurance Maladie, 3 millions de Français souffrent de troubles anxio-dépressifs liés au travail. Parmi eux, 80 % ne consultent jamais. Pourquoi ? Parce que parler à un inconnu dans un fauteuil en cuir, ça ne marche pas quand on a l’impression d’être déjà un échec.

Éiqus, lui, ne vous écoute pas. Il réagit. Il recule si vous êtes trop près. Il s’immobilise si vous tremblez. Il vous bouscule si vous mentez.

Et c’est exactement ça, le problème.


Ce que les thérapies classiques ne voient pas

Les psychologues traditionnels vous apprennent à « gérer » votre stress. « Respirez profondément. » « Acceptez vos émotions. » « Trouvez un équilibre. » Des consignes qui sonnent comme des ordres donnés par un supérieur hiérarchique. Sauf que vous, vous n’êtes pas un employé modèle. Vous êtes celui qui a craqué.

Nadège Gajic, elle, part d’un postulat simple : « Les gens mentent aux humains. Même à eux-mêmes. » Alors elle les confronte à un miroir sans fard. Un cheval de 500 kg qui ne joue pas le jeu.

Prenez le cas de Thomas, 34 ans, cadre en finance. Il arrive en séance, les yeux cernés, la mâchoire serrée. « Je vais mieux, docteur. » Il caresse Éiqus, qui s’écarte d’un coup sec. « Pourquoi tu fais ça, toi ? » demande Nadège. « Il ne veut pas que je le touche. » « Exactement. Et vous, vous voulez vraiment qu’on vous touche ? »

Silence. Puis : « Non. »

La source : une étude de l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité) publiée en 2022 montre que 65 % des burn-outs sont liés à un « décalage entre l’image que le salarié renvoie et ce qu’il ressent vraiment ». Traduction : on joue les forts jusqu’à ce qu’on ne puisse plus.

Éiqus, lui, ne vous laisse pas faire.


L’arnaque douce de l’équithérapie

Attention, ne vous y trompez pas. Ce n’est pas une histoire de câlins avec des licornes. Nadège Gajic ne fait pas dans le « tout est beau, tout est bien ». Elle assume : « Certains patients adorent ça. D’autres détestent. Et certains, surtout les hommes, se sentent humiliés. »

Pourquoi ? Parce que monter à cheval, c’est accepter de perdre le contrôle. De tomber. De se faire corriger par un animal qui pèse trois fois plus que vous. « Dans un cabinet classique, vous restez assis. Ici, vous êtes vulnérable. Et ça, beaucoup ne le supportent pas. »

Le piège : l’équithérapie attire ceux qui cherchent une solution « naturelle », « holistique », « sans médicaments ». Sauf que ça ne marche pas pour tout le monde. Un patient souffrant de phobie animale ? « On ne va pas le forcer à serrer un cheval dans ses bras. » Un dépressif en phase de repli ? « Parfois, le simple fait de se lever le matin est un combat. Lui demander de gérer un équidé, c’est ajouter une couche de pression. »

Et puis, il y a le côté « expérience premium ». Une séance avec Éiqus coûte entre 80 et 120 euros. « C’est cher, oui. Mais combien coûte un burn-out non traité ? » rétorque Nadège. Sauf que les mutuelles ne remboursent pas. Et que beaucoup de ceux qui en ont besoin ne peuvent pas se le permettre.


Ce que les entreprises ne veulent pas entendre

Nadège Gajic a travaillé avec des grandes boîtes, L’Oréal, Sanofi, la SNCF. Résultat ? « Les DRH adorent. Parce que ça fait joli sur leur rapport RSE. » Mais quand elle leur demande d’intégrer des séances obligatoires pour les managers en burn-out, « ils reculent. »

Pourquoi ? Parce que reconnaître qu’un cadre a besoin d’un cheval pour « décompresser », c’est admettre que le système est pourri. Que le management toxique existe. Que les objectifs irréalistes tuent.

« Les entreprises préfèrent parler de bien-être au travail que de burn-out structurel. » Elle cite l’exemple d’un directeur commercial chez un géant du luxe : « Il est venu me voir après avoir fait une crise d’angoisse en réunion. Il pleurait. Il m’a dit : ‘Docteur, je ne peux pas leur dire que je craque. Ils vont me virer.’ »

Éiqus, lui, ne lui aurait pas laissé le choix.


La vraie question : et après ?

L’approche de Nadège Gajic fonctionne. Mais seulement si vous êtes prêt à affronter ce que vous fuyez. Si vous acceptez de vous sentir mal. Si vous assumez que votre patron est un connard. Si vous comprenez que « guérir », ça ne veut pas dire « tout oublier ».

Le problème, c’est que la plupart des gens ne veulent pas entendre ça.

Alors ils restent dans leur cabinet, à écouter des conseils lisses, pendant qu’Éiqus, lui, continue de regarder les autres comme s’il savait.

Dernière chose : si vous croyez que monter à cheval va régler vos problèmes, vous avez tort. Mais si vous êtes prêt à vous faire secouer, peut-être que ça vous réveillera.

Et c’est déjà ça, le premier pas.


*(Note : Les noms des patients ont été modifiés. Éiqus est un cheval de race Camargue utilisé dans le cadre de l’association Chevaux & Psy, basée en Auvergne.)

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R Galaxie Rédaction

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