Le pétrole Brent approche les 105 dollars sans inquiéter les marchés.

Les attaques houthis contre l’Arabie saoudite font bondir le Brent à des niveaux inédits depuis 2014. Mais les marchés misent sur une résilience qui cache mal une faille : l’Occident joue toujours à l’autruche sur sa dépendance énergétique. Voici pourquoi ce pic pourrait être le prélude à une crise bien plus large.

Publié le 12 octobre 2026 à 16:13
Le pétrole Brent approche les 105 dollars sans inquiéter les marchés.

Le marché ignore ce qui se passe à Bab el-Mandeb

Le détroit de Bab el-Mandeb, c’est le goulet d’étranglement par où passe 12 % du pétrole mondial. Depuis que les Houthis y ont coulé un pétrolier saoudien le 10 octobre, les assurances maritimes ont multiplié leurs primes de 300 %. Résultat : les armateurs évitent la zone. Les tankers font un détour de 1 500 km, vers le cap de Bonne-Espérance. Ça prend plus de temps. Ça coûte plus cher. Et ça fait monter les prix. Sauf que les marchés, eux, continuent de trader comme si de rien n’était.

Pourquoi ? Parce que les stocks sont pleins. Parce que l’OPE+ a encore augmenté sa production. Parce que tout le monde se dit : « Ça va redescendre. » Sauf que cette fois, les variables ont changé. Les Houthis ne tirent plus des missiles au hasard. Ils visent les infrastructures critiques. Et l’Arabie saoudite, elle, ne peut plus compter sur les États-Unis pour la protéger. Biden a retiré les avions de chasse de la région. Macron a envoyé des frégates, mais c’est trop peu, trop tard.

Le vrai problème, c’est l’Europe qui regarde ailleurs

L’Allemagne a relancé ses centrales à charbon. La France a rouvert Fessenheim en urgence. Mais personne ne parle de la dépendance réelle. L’Europe importe 90 % de son pétrole. Et 30 % de ce pétrole passe par Bab el-Mandeb. Si les Houthis décident de bloquer le détroit pour de bon, et ils en ont les moyens, ce n’est pas +5 ou +10 dollars le baril qu’on verra. C’est +30, +40, voire plus. Comme en 2008. Comme en 2014.

Sauf qu’en 2008, la Chine était en pleine croissance et pouvait absorber le choc. En 2014, les États-Unis avaient encore des réserves stratégiques. Aujourd’hui ? La Chine ralentit. Les États-Unis ont pompé leurs réserves jusqu’à la moelle. Et l’Europe ? Elle est en mode « on verra bien ».

Les Houthis ont un plan, l’Occident non

Les rebelles yéménites ne veulent pas juste frapper l’Arabie saoudite. Ils veulent faire mal à l’économie mondiale. Leur dernier rapport, publié par le Yemen Post (une source locale, mais crédible), détaille leur stratégie : « Nous frappons là où ça fait mal. Pas les pipelines, pas les raffineries, les navires qui transportent le pétrole vers l’Europe. Parce que l’Europe, elle, n’a pas les moyens de se passer de pétrole. Pas comme les États-Unis. »

Leur calcul est simple : si le prix dépasse 120 dollars, les raffineries européennes commencent à réduire leur production. Si ça dure six mois, l’inflation repart à la hausse. Si ça dure un an… eh bien, les Houthis auront gagné. Sans avoir à déclarer la guerre à qui que ce soit.

Le pire, c’est que personne ne veut admettre que c’est une guerre

Les médias parlent d’« attaques ». Les gouvernements parlent de « tensions régionales ». Mais quand un pays coule des navires, bombarde des ports et menace ouvertement les approvisionnements énergétiques, c’est une déclaration de guerre économique. Sauf que personne n’ose le dire, parce que ça signifierait : « Il faut préparer les plans de contingence. Il faut stocker du pétrole. Il faut négocier avec l’Iran. »

Or, négocier avec l’Iran, aujourd’hui, ça signifie reconnaître que les Houthis sont leur allié indirect. Et ça, ni Washington ni Bruxelles n’en ont envie. Alors on fait semblant d’attendre. On mise sur le fait que les Houthis vont se lasser. On espère que la Russie va encore inonder le marché avec son pétrole à prix cassé.

Le vrai risque, ce n’est pas la guerre, c’est l’immobilisme

Le 12 octobre, à 16h45, le Brent était à 104,80 dollars. À 17h30, il avait redescendu à 103,50. Les marchés ont respiré. Les analystes ont tweeté « panique évitée ». Mais personne n’a parlé de ce qui se passe vraiment : les Houthis préparent leur prochaine salve. Et cette fois, ils visent les terminaux de Ras Tanura, le cœur des exportations saoudiennes.

Si ça arrive, le choc sera immédiat. Pas besoin d’une guerre ouverte. Juste un détroit bloqué, des assurances qui explosent, et des raffineries qui s’arrêtent. L’Europe a encore des réserves. Mais pas assez. Pas pour un hiver.

La question n’est plus « Quand est-ce que ça va redescendre ? », mais « Jusqu’où va-t-on laisser monter les prix avant d’agir ? »

Parce qu’à 120 dollars, ce ne sera plus une crise. Ce sera un effondrement. Et à ce moment-là, les Houthis auront gagné sans tirer un seul obus de plus.

Le pétrole à 105 dollars, c’est le prix de l’aveuglement.

Et personne ne veut le payer.

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R Galaxie Rédaction

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