Le PIB a grimpé de 9,95 % au T3, et après ?
Les chiffres de l’Office général des statistiques tombent comme un couperet : +9,01 % sur neuf mois, +9,95 % au troisième trimestre. Assez pour faire rêver les gouvernements et les analystes. Assez pour que les médias parlent de « reprise en fanfare ». Pourtant, si le quatrième trimestre ne décolle pas, la croissance à deux chiffres, cet objectif affiché comme une évidence, partira en fumée. Il faudrait un rebond de plus de 12,5 % sur les trois derniers mois pour y arriver. Un record. Même les optimistes les plus fous n’y croient pas vraiment.
Pourtant, les recettes sont connues : injecter des investissements publics massifs, attirer les IDE, et prier pour que la demande intérieure ne lâche pas. Sauf que sur le terrain, ça coince. Et pas qu’un peu.
Les investissements publics, ce grand flou qui pèse sur les comptes
Les promesses pleuvent. Les plans de relance s’empilent. Les ministres sortent les chiffres en fanfare : « 50 milliards d’euros sur trois ans », « 10 % du PIB en infrastructures ». Sauf que sur le terrain, les chantiers traînent.
Prenez le cas du métro de Lyon. Les travaux du prolongement vers la gare de Saint-Exupéry, prévus pour 2024, accumulent les retards. Les raisons ? Des problèmes de financements, des désaccords entre collectivités, des appels d’offres annulés pour « irrégularités ». Résultat : les premiers trains ne circuleront pas avant 2027. Trois ans de décalage.
Ce n’est pas un cas isolé. À Marseille, le Grand Projet de France (GPM), 5 milliards d’euros pour moderniser les transports, peine à décoller. Les études préalables ont pris deux ans de plus que prévu. Les entreprises sous-traitantes se plaignent des délais de paiement. Bref, l’argent est là , mais il ne circule pas.
Et puis, il y a la question de l’efficacité. Un investissement public, ça ne se mesure pas qu’en milliards injectés. Ça se mesure en emplois créés, en temps gagné, en retombées économiques réelles. Or, sur ce terrain, les bilans sont souvent mitigés. Le plan « France 2030 », avec ses 54 milliards d’euros, a déjà essuyé des critiques : trop de projets phares, trop peu de retombées locales concrètes.
Les IDE, ce mirage qui ne se matérialise pas
Les investissements directs étrangers (IDE) sont censés combler le fossé. Sauf qu’en 2025, la France a attiré 20 % de moins d’IDE que l’Allemagne, et 30 % de moins que les États-Unis. Pourquoi ?
D’abord, parce que les entreprises étrangères regardent ailleurs. La Chine mise sur ses mégaprojets, les États-Unis sur leur marché intérieur. L’Europe, elle, reste un terrain compliqué : bureaucratie lente, fiscalité changeante, tensions sociales. Un investisseur qui hésite entre Paris et Berlin ne choisira pas Paris par défaut.
Ensuite, parce que les secteurs qui attirent vraiment, tech, énergie, santé, sont ultra-compétitifs. Un fonds américain ou asiatique ne va pas se ruiner pour une PME française sans garanties solides. Or, les aides publiques, quand elles existent, arrivent trop tard ou sont mal ciblées.
Prenez l’exemple d’Alstom. L’entreprise a bien failli tomber dans les mains de General Electric… avant que l’État ne monte au créneau pour la sauver. Un sauvetage qui a coûté cher, et qui a surtout montré une chose : sans intervention directe, les fleurons nationaux finissent par partir.
Le vrai problème : personne ne veut assumer les choix difficiles
Voilà le cœur du problème. On parle d’investissements publics, mais on n’ose pas toucher aux vrais leviers.
- La fiscalité : Personne ne veut supprimer les niches qui favorisent les riches au nom de l’attractivité. Résultat, l’argent public continue de fuir vers des paradis fiscaux déguisés.
- Les régulations : Les normes environnementales, sociales, fiscales, toutes ces règles qui devraient rassurer les investisseurs, sont perçues comme des freins. Sauf qu’on n’ose pas les alléger, de peur des réactions politiques.
- La formation : Les compétences manquent cruellement dans les secteurs clés. Mais créer des centres de formation, ça prend du temps. Et les gouvernements aiment les résultats rapides.
Le pire ? Personne ne veut en parler. Les économistes sortent leurs modèles, les politiques promettent des miracles, mais sur le terrain, rien ne bouge vraiment. Comme si tout le monde attendait que l’autre se décide.
Le quatrième trimestre, ce dernier espoir (qui pourrait tout faire basculer)
Alors, que se passe-t-il si la croissance du T4 ne décolle pas ?
D’abord, les marchés réagiront. Les obligations d’État, déjà sous pression, pourraient voir leurs taux remonter. Les actions des grandes entreprises trébucher.
Ensuite, les ménages sentiront le coup. Si les salaires ne suivent pas, si l’inflation repart, c’est la consommation qui lâchera. Or, sans consommation, pas de rebond.
Enfin, les gouvernements perdront leur crédibilité. Les promesses de croissance à deux chiffres, ça se paie en confiance. Si les chiffres ne suivent pas, les électeurs se retourneront.
Alors, que faire ?
- Accélérer les projets en cours, même si ça signifie griller des étapes. Les retards coûtent plus cher que les risques.
- Attirer les IDE en misant sur des secteurs précis : l’IA, les énergies vertes, la santé. Pas en promettant des aides génériques, mais en offrant des conditions claires et stables.
- Assumer des choix politiques : soit on baisse les impôts pour les entreprises (et on assume les conséquences sociales), soit on garde les règles actuelles (et on arrête de râler quand les investisseurs fuient).
Le temps presse. Et personne ne semble prĂŞt Ă jouer franc jeu.
La vraie question n’est pas « comment atteindre 10 % ? », mais « en a-t-on vraiment envie ? »
Parce que pour y arriver, il faudrait :
- Dépenser plus, et vite.
- Prendre des risques, au lieu de tergiverser.
- Accepter que certains secteurs paieront le prix fort.
Or, personne n’a vraiment envie de ces choix.
Alors, à la fin, on se rabattra sur des chiffres retouchés, des promesses en l’air, et une croissance qui, une fois encore, ne sera pas à la hauteur. Comme d’habitude.