La prise de sang va-t-elle remplacer le scanner pour détecter Alzheimer

Un test sanguin pourrait bientôt remplacer les ponctions lombaires et les IRM pour détecter Alzheimer. Mais les laboratoires et les hôpitaux traînent. Voici pourquoi cette révolution tarde à arriver.

Publié le 21 septembre 2026 à 20:08
La prise de sang va-t-elle remplacer le scanner pour détecter Alzheimer

Les biomarqueurs sanguins, une promesse qui traîne en longueur

On connaît le scénario : un patient de 60 ans, des oublis récurrents, une famille qui s’inquiète. Le neurologue commande une IRM. Résultat normal. Il prescrit une ponction lombaire pour doser l’amyloïde. Le patient refuse. On lui propose alors un scanner cérébral. Coût : 300 à 500 euros, selon les cliniques. Sans compter l’anxiété. Pourtant, depuis 2020, des tests sanguins mesurent les mêmes marqueurs de la maladie avec une précision proche de 90 %. Le problème ? Personne ne les utilise à grande échelle.

Pourtant, les preuves s’accumulent. Une étude publiée dans The Lancet en 2022 a montré que le dosage de la protéine tau phosphorylée dans le sang permettait de détecter Alzheimer avec une sensibilité de 89 %. Même le laboratoire Roche, spécialiste des diagnostics, a lancé son propre test en 2021. Alors pourquoi ce retard ?

Parce que les neurologues ont peur de se tromper. Une IRM ou une ponction lombaire, c’est tangible. Un résultat sanguin, c’est moins rassurant. Les médecins préfèrent encore s’appuyer sur des examens « lourds » pour éviter les faux positifs. Sauf que les faux positifs, ils arrivent aussi avec les ponctions lombaires. Et ils coûtent cher.

Le business des examens lourds freine l’innovation

Les hôpitaux et les cliniques privées ne vont pas se plaindre. Une ponction lombaire, c’est 150 à 200 euros facturés à la Sécu. Un scanner, c’est 500 euros. Un test sanguin ? Entre 100 et 150 euros. Moins cher, donc moins rentable. Pourtant, les économies seraient colossales à l’échelle d’un pays. En Suède, où le test sanguin est déjà remboursé, les coûts liés au diagnostic d’Alzheimer ont chuté de 30 % en deux ans.

Et puis, il y a les lobbies. Les fabricants d’IRM et de scanners ne poussent pas vraiment à remplacer leurs machines. Les laboratoires de biologie médicale, eux, commencent à s’y mettre. Mais les neurologues restent méfiants. « On nous a vendu des tests sanguins pour la maladie de Parkinson, et ils se sont révélés peu fiables », confie un spécialiste parisien sous couvert d’anonymat. « Avec Alzheimer, on ne prendra pas ce risque. »

Les États-Unis en tête, l’Europe en retard

Aux États-Unis, la FDA a validé trois tests sanguins pour Alzheimer depuis 2021. En Europe, la situation est plus floue. L’Agence européenne du médicament (EMA) a autorisé un premier test en 2023, mais son adoption reste limitée. « Le problème, c’est que les autorités sanitaires européennes préfèrent attendre des données supplémentaires », explique un responsable du laboratoire Quanterix, pionnier dans le domaine. « Aux États-Unis, ils ont agi plus vite. Résultat : les Américains ont une longueur d’avance. »

Pourtant, le besoin est criant. En France, 225 000 nouveaux cas d’Alzheimer sont diagnostiqués chaque année. Et seulement 20 % des patients reçoivent un diagnostic précoce. Avec un test sanguin simple, ce chiffre pourrait doubler. Mais il faudrait que les neurologues se mettent d’accord. Et que les assureurs remboursent.

Ce qui bloque encore : la peur des erreurs et les intérêts cachés

Il reste un dernier obstacle : la formation des médecins. « Beaucoup de neurologues ne savent pas interpréter ces résultats », reconnaît un chef de service à Lille. « On leur a appris à faire des ponctions lombaires, pas à lire un dosage sanguin. » Ajoutez à cela le temps nécessaire pour former les biologistes, et vous comprenez pourquoi le changement prend du temps.

Et puis, il y a cette question qui tue : « Et si le test est positif, mais que le patient n’a pas Alzheimer ? » Les faux positifs, c’est le cauchemar des médecins. Pourtant, les études montrent que les tests sanguins sont aussi fiables que les ponctions lombaires. Alors pourquoi cette réticence ?

Parce que le système a intérêt à ce que rien ne change.

Les cliniques privées, les hôpitaux publics, les fabricants d’appareils d’imagerie… Tout le monde y gagne si le diagnostic reste long et coûteux. Mais les patients, eux, perdent leur temps. Et leur santé.

Et si demain, on détectait Alzheimer comme on dose le cholestérol ?

Imaginez : un patient de 55 ans, des premiers signes d’oubli. Le médecin lui prescrit une prise de sang. Résultat en 48 heures. Si les marqueurs sont anormaux, on commence un traitement précoce. Plus de ponction lombaire. Plus d’IRM. Juste un tube de sang, et hop.

C’est déjà possible. Mais ça ne viendra pas tout seul. Il faudra que les neurologues se forment. Que les assureurs acceptent de rembourser. Et que les lobbies cessent de bloquer.

En attendant, les patients continuent de subir le parcours du combattant. Et les laboratoires comme Roche ou Quanterix regardent, en se disant : « On a les outils. Il ne reste plus qu’à les utiliser. »

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R Galaxie Rédaction

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