Une séance de prévention du cancer du sein à l’Ehpad a révélé des failles criantes

À Allaire, l’atelier Octobre rose organisé pour les soignants de l’Ehpad et du foyer de vie a mis en lumière des lacunes dans la formation et l’accompagnement des résidents. Entre méconnaissance des signes et absence de protocole clair, le système patine. Pourtant, les chiffres parlent : en France, une femme sur huit sera concernée par un cancer du sein. Alors, pourquoi les Ehpad restent-ils en retard ?

Publié le 17 octobre 2026 à 18:12
Une séance de prévention du cancer du sein à l’Ehpad a révélé des failles criantes

La salle était pleine, mais pas les réponses.

Le 15 octobre, dans un Ehpad d’Allaire, une infirmière du foyer de vie levait la main pour poser une question qui résumait tout : « On nous parle des dépistages, mais qu’est-ce qu’on fait pour les femmes qui ne peuvent plus se déplacer ? » Silence. Personne ne répondait. Pas un protocole, pas une fiche, pas même un regard vers la responsable de l’atelier. Juste un vide. Pourtant, la Ligue contre le cancer avait envoyé une équipe pour former le personnel sur les signes du cancer du sein, et les gestes à adopter quand les résidents ne peuvent plus se rendre seuls à leur rendez-vous chez le radiologue.

Le problème n’est pas l’information, mais son application.

Les chiffres sont là : en France, 59 000 nouveaux cas de cancer du sein sont diagnostiqués chaque année (source : Institut national du cancer, 2023). Une femme sur huit sera touchée dans sa vie. Pourtant, dans les Ehpad, la prévention reste un parent pauvre. À Allaire, comme ailleurs, les soignants connaissent les bases, palper, repérer les bosses, encourager les dépistages. Mais quand il s’agit de passer à l’action concrète, ça coince.

Prenez le cas de Madame L., 82 ans, résidente d’un foyer de vie voisin. Son médecin généraliste lui a prescrit une mammographie depuis six mois. « Elle a peur de se déplacer seule, et son fils habite à Rennes », explique une aide-soignante. « On lui a proposé un taxi médicalisé, mais elle refuse. Alors on attend. » Six mois d’attente. Six mois pendant lesquels une tumeur, si elle existe, peut grandir.

Les protocoles écrits, les formations orales : ça ne suffit pas.

L’atelier d’Octobre rose à Allaire avait un objectif simple : rappeler les gestes de base et briser la glace sur un sujet tabou. « Beaucoup ont avoué ne jamais avoir osé parler de ça avec leurs résidentes », confie une formatrice de la Ligue. Pourtant, les obstacles sont concrets. D’abord, le temps. « Entre les toilettes, les repas et les médicaments, on n’a pas deux minutes pour palper une poitrine », lance une infirmière. Ensuite, la formation. « On nous parle des dépistages, mais jamais des alternatives quand la femme ne peut pas y aller », renchérit une autre. Enfin, la peur. « Certaines résidentes refusent catégoriquement qu’on les touche, même pour vérifier ». Résultat : on contourne, on attend, on improvise.

Et les résidents dans tout ça ?

À l’Ehpad d’Allaire, une résidente de 78 ans a découvert une boule dans son sein il y a trois mois. « Elle a mis deux mois à en parler », raconte une soignante. « Elle avait honte. » Deux mois. Deux mois pendant lesquels personne ne lui a demandé si elle avait fait son dépistage. Personne ne lui a proposé d’accompagnement. « On est là pour les soins, pas pour jouer aux psychologues », justifie une cadre de santé. Sauf que sans dialogue, sans suivi, la prévention devient une mascarade.

Le vrai problème, c’est l’organisation.

Les Ehpad manquent de moyens, c’est un fait. Mais le manque de moyens ne justifie pas l’absence de solutions. À Allaire, personne n’a évoqué les plateaux techniques mobiles, ces mammographes qui se déplacent dans les établissements. Personne n’a parlé des kinésithérapeutes formés au dépistage manuel, qui pourraient intervenir en maison de retraite. Personne n’a même mentionné le numéro vert du cancer du sein (0 805 23 23 36), accessible sans rendez-vous.

« On nous donne des flyers, des affiches, des powerpoints… Mais au final, qui s’occupe de relancer les femmes qui ne viennent pas ? » La question, posée par une aide-soignante, reste sans réponse. Pourtant, la solution existe : des associations comme France Assos Santé ou Les Petits Frères des Pauvres proposent des accompagnements personnalisés. Mais ça coûte de l’argent. Et les Ehpad, déjà sous pression budgétaire, ne priorisent pas.

Octobre rose, mois de façade ?

L’atelier d’Allaire s’est terminé par un goûter et des autocollants « Je me dépiste » distribués aux soignants. « Sympa, mais ça change quoi au quotidien ? », grogne une participante. Rien. Sauf si on décide enfin de passer à l’étape suivante : former des référents en prévention dans chaque établissement, intégrer des créneaux dédiés dans les emplois du temps surchargés, et surtout, obligation de moyens pour les alternatives quand le dépistage classique échoue.

Car au final, le cancer du sein ne touche pas que les femmes de 50 ans en bonne santé. Il touche aussi Madame L., 82 ans, isolée, avec un fils loin de chez elle. Et pour elle, les affiches et les powerpoints ne suffisent pas.

La vraie question, c’est : qui va payer pour que ça change ?

Pas les résidents, déjà fragilisés. Pas les familles, souvent débordées. Alors les Ehpad ? Les collectivités ? L’État ? À Allaire, personne n’a osé le dire. Mais sans réponse claire, les séances de prévention resteront ce qu’elles sont : des moments ponctuels, sans suite, où l’on parle du cancer sans jamais vraiment agir contre lui.

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R Galaxie Rédaction

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