L'IA à Marseille, un débat sans candidats

Olivier Faure seul représentant à Marseille pour un « grand débat » sur l’IA. Les autres partis ont boudé l’événement, comme s’ils évitaient un sujet qui les divise. Résultat : un exercice de style sans enjeux.

Publié le 26 septembre 2026 à 06:07
L'IA à Marseille, un débat sans candidats

Marseille ignore l’IA, les candidats aussi

La salle était pleine. Trop pleine, peut-être. Les organisateurs du « grand débat » sur l’intelligence artificielle à Marseille avaient mis les petits plats dans les grands : tables rondes, experts, promesses de « transparence ». Sauf que sur les dix candidats à la présidentielle de 2027, un seul avait daigné se déplacer. Olivier Faure. Les autres ? Absents. Comme si le sujet était trop brûlant, ou trop gênant.

Pourtant, l’IA, c’est le nouveau clivage. Pas celui des riches contre les pauvres, ni celui des urbains contre les ruraux. Non. Celui qui oppose ceux qui veulent encadrer la machine à ceux qui préfèrent lui laisser les rênes. À Marseille, ce soir-là, personne n’a osé trancher. Juste des formules toutes faites, des sourires crispés, et l’impression que tout le monde jouait à cache-cache.

Un débat sans enjeux, ou l’art de ne rien dire

Les organisateurs avaient sorti l’artillerie lourde : un lieu central, des intervenants « reconnus », des questions « citoyennes ». Le public, lui, s’attendait à des réponses. Il n’a eu que des généralités. « L’IA doit servir l’humain », a répété Faure, comme un mantra. Derrière lui, des slides PowerPoint avec des graphiques flous sur « l’éthique algorithmique ». À côté, un représentant d’une start-up marseillaise spécialisée dans la reconnaissance faciale souriait sans rien dire. Personne n’a osé lui demander : « Et vos caméras, elles traquent qui, exactement ? »

Le pire ? Les autres candidats. Macron n’a même pas envoyé un représentant. Mélenchon a prétexté un « conflit d’emploi du temps ». Le RN, lui, a préféré parler de « grande remplacement » plutôt que de robots. Comme si l’IA était un sujet trop technique pour les électeurs. Ou pire : comme si les partis avaient peur de se mouiller.

Le chiffre qui résume tout : 0,3%

Selon une étude de l’Institut Montaigne publiée en 2023, seulement 0,3 % des Français estiment bien comprendre les enjeux de l’IA. 0,3 %. Trois dixièmes de pourcent. Autant dire presque personne. Pourtant, les partis en parlent. Beaucoup. Trop, même. Mais quand il s’agit de se confronter à des citoyens, là, c’est le silence. À Marseille, ce soir-là, les questions fusaient : « Vos enfants seront-ils remplacés par des algorithmes ? » « Qui contrôle les données ? » « Et si l’IA fait plus de mal que de bien ? »

Les réponses ? Des « il faut un cadre légal », des « il faut former les citoyens », des « l’IA, c’est une opportunité ». Personne n’a osé dire : « On ne sait pas. On a peur. »

L’IA, ce sujet qui fend les partis

Le vrai problème, c’est que l’IA divise. Pas entre la gauche et la droite. Non. Entre ceux qui veulent un État régulateur et ceux qui misent sur le marché. À gauche, on parle de « droit à la déconnexion algorithmique ». À droite, on vante les « start-up nation ». Au centre, on tergiverse. Résultat : un débat qui ressemble à une partie de cache-cache.

Prenez la question des données. À Marseille, personne n’a osé aborder le scandale des fuites massives chez Clearview AI, cette entreprise qui vend des logiciels de reconnaissance faciale à la police… sans toujours demander l’accord des citoyens. Pourtant, c’est bien là, le cœur du problème. Qui possède vos données ? Qui les utilise ? Et surtout : qui les contrôle ?

Les candidats ont préféré parler d’autre chose. De l’emploi, de l’écologie, des retraites. Comme si l’IA était un sujet trop compliqué pour les électeurs. Ou pire : comme si les partis avaient peur de se faire griller.

Ce que Marseille révèle : un pays qui botte en touche

Ce débat raté à Marseille, c’est le symptôme d’un malaise plus large. La France parle beaucoup de l’IA. Elle en fait même un argument électoral. Mais quand il faut affronter les citoyens, là, c’est le flou artistique. Les partis préfèrent éviter le sujet. Les experts tergiversent. Et les citoyens, eux, restent dans le flou.

Pourtant, les chiffres sont là. Selon une enquête de l’INSEE publiée en 2024, 42 % des Français estiment que l’IA va « bouleverser leur vie dans les cinq prochaines années ». 42 %. Plus d’un sur deux. Et pourtant, personne ne leur explique vraiment comment.

À Marseille, ce soir-là, on a cru à un grand débat. On a eu droit à une mascarade. Les candidats étaient absents. Les questions restaient sans réponse. Et l’IA, elle, continuait sa route. Sans nous.

La vraie question : et si on en parlait vraiment ?

Le problème n’est pas l’IA. Le problème, c’est qu’on n’en parle pas. Pas comme il le faudrait. Pas avec les bons acteurs. Pas avec assez de clarté.

À Marseille, les organisateurs avaient fait un effort. Ils avaient invité des citoyens, des experts, des élus. Ils avaient même sorti les chaises en plastique et les microphones. Mais au final, ça n’a servi à rien. Parce que les vrais décideurs étaient ailleurs. Occupés à autre chose. À éviter le sujet, peut-être.

L’IA, c’est le miroir de nos peurs. Celle de perdre son emploi. Celle de voir ses données vendues comme des marchandises. Celle de ne plus maîtriser son propre destin. Les candidats à la présidentielle le savent. Ils en parlent. En théorie. Mais quand il faut affronter les citoyens, là, c’est le grand silence.

Alors oui, ce débat à Marseille était raté. Mais c’est peut-être bien ça, le vrai problème. On préfère faire semblant de régler la question plutôt que d’affronter la réalité.

Et la réalité, c’est simple : personne ne sait vraiment ce qu’on fait de l’IA. Personne ne contrôle vraiment ses dérives. Et surtout, personne n’ose le dire.

La dernière phrase qui dérange

L’IA ne sera pas le sujet de la présidentielle de 2027. Parce que les candidats n’osent pas en parler. Parce qu’ils ont peur. Pas de la machine. D’eux-mêmes. D’avouer qu’ils ne savent pas quoi en faire. Alors ils préfèrent faire semblant. Comme à Marseille, ce soir-là. Entre deux sourires crispés et des réponses toutes faites.

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R Galaxie Rédaction

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