Polytechnique Montréal relance le nucléaire, mais à quel prix

Une nouvelle chaire de recherche en génie nucléaire est créée à Polytechnique Montréal. Objectif : rebâtir une expertise affaiblie. Mais les défis techniques, financiers et politiques restent colossaux. Analyse des enjeux réels.

Publié le 8 octobre 2026 à 10:04
Polytechnique Montréal relance le nucléaire, mais à quel prix

En 2023, un rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) soulignait un détail glaçant : le Canada forme moins d’ingénieurs en nucléaire que la Corée du Sud, alors que le pays compte encore 19 réacteurs en activité. Pourtant, ce n’est pas un manque d’intérêt qui bloque. À Polytechnique Montréal, on annonce aujourd’hui la création d’une nouvelle chaire de recherche pour « raviver » l’expertise locale en génie nucléaire. Traduction : on veut jouer dans la cour des grands, là où l’Allemagne ferme ses centrales et où la Chine construit des réacteurs à la chaîne. Mais entre les mots d’ordre et la réalité, il y a un gouffre. Et les étudiants, eux, savent déjà que ce gouffre s’appelle le marché du travail.

Pourquoi Polytechnique mise sur le nucléaire alors que tout le monde en parle comme d’un secteur moribond ?

Parce que le nucléaire, c’est le seul jeu en ville pour ceux qui veulent encore croire à la transition énergétique sans se faire engueuler par les écologistes. Ou alors, plus cynique : parce que le gouvernement fédéral a injecté 1,5 milliard dans le petit réacteur modulaire (SMR) SMR-160 de NuScale, et que quelqu’un doit bien former les ingénieurs pour le vendre. Polytechnique, c’est pratique : c’est là que le Québec forme ses élites techniques. Alors autant qu’elles servent à quelque chose.

Mais voici le problème. Les SMR, ces petits réacteurs censés être la solution miracle, n’ont jamais été construits à grande échelle. NuScale, par exemple, a dépensé plus de 2 milliards depuis 2010 et n’a toujours pas de centrale opérationnelle. Pourtant, on nous serine que c’est l’avenir. À Polytechnique, on va donc former des étudiants pour un marché qui n’existe pas encore. Est-ce une formation d’avenir, ou une formation pour chômeurs ?

La chaire, dirigée par un professeur dont le nom ne claque pas (désolé, mais c’est la vérité), promet de « repenser l’expertise nucléaire québécoise ». Traduction : on va essayer de rattraper 20 ans de désinvestissement. Parce que oui, entre 2000 et 2010, le Québec a fermé ses portes au nucléaire. Pourquoi ? Parce que les coûts explosaient, que les protestations montaient, et que personne ne voulait plus entendre parler de fission. Aujourd’hui, on revient en arrière, comme si les risques avaient disparu.

Les étudiants paieront la note, comme d’habitude

À Polytechnique, les étudiants en génie nucléaire sont une espèce en voie de disparition. En 2022, seulement 12 diplômés sont sortis du programme, contre 45 en 2005. Pourquoi ? Parce que les emplois, eux, ne suivent pas. Les centrales québécoises (comme Gentilly-2) tournent au ralenti, et les nouvelles constructions ? Il n’y en a pas. Alors on crée une chaire pour attirer des étudiants, en leur promettant un avenir radieux. Sauf que les stages ? Ils se font rares. Les grandes entreprises nucléaires (comme SNC-Lavalin ou Hydro-Québec) embauchent peu, et les SMR ? Personne ne sait encore comment ça marche.

Le pire, c’est que les étudiants le savent. Ils le disent entre eux, dans les couloirs : « On nous forme pour un secteur qui n’existe pas. » Polytechnique répond : « Mais il existera ! » Problème : personne ne peut garantir ça.

Le Québec joue les apprentis sorciers sur le nucléaire

Le gouvernement Legault a misé sur le nucléaire comme solution miracle pour décarboner. Sauf que le Québec n’a pas les ressources pour construire une nouvelle centrale, et encore moins pour former assez d’ingénieurs. Résultat : on dépendra des États-Unis (où NuScale est basé) ou de la Chine pour les technologies. Est-ce une stratégie indépendante ? Non. Est-ce réaliste ? Non plus.

Et puis, il y a l’autre problème : l’opinion publique. Au Québec, le nucléaire reste un sujet clivant. Entre les militants anti-nucléaires et les citoyens qui se souviennent encore de la crise de Three Mile Island, trouver un terrain d’entente n’est pas évident. Pourtant, Polytechnique mise sur la science pour convaincre. Sauf que la science, ça ne fait pas toujours passer les couteaux dans le dos des écologistes.

Ce que personne ne dit sur cette « relance »

Les médias vont parler d’innovation, de leadership québécois, de transition énergétique. Mais ce qu’on ne vous dira pas, c’est que cette chaire est d’abord un pari politique. Un pari sur le fait que les SMR vont enfin décoller. Un pari sur le fait que le Québec va réussir là où la France a échoué (avec Flamanville), où le Canada a échoué (avec Darlington), et où les États-Unis échouent encore (avec Vogtle).

Et puis, il y a la question des déchets. Le Québec n’a toujours pas de solution pour stocker ses déchets nucléaires à long terme. On compte les construire… dans 20 ans. Alors on forme des ingénieurs pour des réacteurs dont on ne sait pas quoi faire après.

Conclusion : une chaire, mais pas de révolution

Polytechnique Montréal relance son expertise nucléaire. Bravo. Mais attention : ce n’est pas une renaissance, c’est un coup de poker. Un coup de poker où les étudiants sont les pions, où l’État mise gros sans filet, et où le Québec joue les suiveurs dans un domaine où les leaders (la Chine, la Russie, la Corée) écrasent tout le monde.

Si ça marche ? On aura des ingénieurs formés pour un secteur qui n’existait pas. Si ça rate ? On aura gaspillé des millions, et une génération d’étudiants avec un diplôme… et rien d’autre.

Le nucléaire, ce n’est pas une solution. C’est un pari. Et les parieurs, cette fois, ce sont vos enfants.

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R Galaxie Rédaction

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