Les permis de travail des aides aux personnes âgées bloqués
R Galaxie Rédaction · 4 novembre 2026 à 22:01 · 5 min de lecture
Des travailleurs étrangers employés par des ressources pour personnes âgées (RPA) se retrouvent sans autorisation de travailler au Canada en raison de retards administratifs. Une situation qui aggrave les pénuries de main-d’œuvre dans le secteur des soins.
Les permis de travail de centaines d’aides aux personnes âgées, recrutées à l’étranger pour travailler dans des ressources pour personnes âgées (RPA), ont été suspendus ou refusés sans préavis par les autorités canadiennes. Selon les informations de Radio-Canada, cette rupture brutale survient alors que le secteur des soins aux aînés, déjà sous tension, dépend largement de cette main-d’œuvre internationale pour fonctionner. Les travailleurs concernés, souvent issus de pays comme le Cameroun, voient leur contrat professionnel interrompu alors même qu’ils ont été embauchés légalement après un processus de recrutement encadré.
Cette situation s’explique par un dysfonctionnement dans le traitement des demandes de renouvellement de permis de travail, un processus géré par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Les délais de traitement, habituellement de quelques semaines, peuvent s’étendre à plusieurs mois en raison d’une accumulation de dossiers ou de vérifications supplémentaires. Pour les employés des RPA, cette attente se transforme en une perte immédiate d’autorisation de travailler, sans possibilité de recours rapide.
Un précédent similaire en 2023
Cette crise rappelle un épisode comparable survenu en 2023, lorsque des travailleurs agricoles temporaires (TAE) avaient vu leurs permis annulés en raison de retards administratifs. À l’époque, le gouvernement avait invoqué des « erreurs de traitement » et promis des mesures correctives, sans pour autant résoudre durablement le problème. Les RPA, comme les exploitations agricoles, reposent sur des flux migratoires prévisibles et planifiés. Lorsqu’un permis est refusé ou suspendu, les employeurs se retrouvent contraints de licencier des salariés déjà en poste, faute de pouvoir les remplacer en urgence.
Contrairement à d’autres pays comme l’Allemagne ou les États-Unis, où les systèmes de visas pour les métiers en tension sont conçus pour une activation quasi instantanée, le Canada maintient une procédure centralisée et rigide. Aux États-Unis, par exemple, le programme J-1 pour les travailleurs temporaires permet une délivrance sous 48 heures dans les cas urgents, tandis qu’en Allemagne, les visas pour les soins infirmiers sont traités en moins de 15 jours. Cette lenteur administrative n’est pas propre à un gouvernement : elle s’inscrit dans une tradition de contrôle strict des flux migratoires, même pour des secteurs en crise.
Qui paie les conséquences ?
Les premières victimes de ces retards sont les travailleurs eux-mêmes. Sans permis valide, ils ne peuvent plus exercer leur métier, ni même percevoir un salaire. Certains, comme Sorelle, une aide recrutée au Cameroun, se retrouvent sans revenu après seulement deux jours de reprise suivant des vacances. Les RPA, de leur côté, doivent soit licencier ces employés, soit les maintenir en poste en violation des règles, ce qui expose l’établissement à des sanctions. Dans les deux cas, la qualité des soins aux résidents est menacée : les équipes, déjà sous-effectives, voient leur capacité réduite, et les aînés dépendants risquent de subir des retards dans l’accompagnement quotidien.
Les coûts indirects sont également lourds. Les RPA doivent engager des frais de recrutement pour de nouveaux travailleurs, un processus long et coûteux qui peut prendre plusieurs mois. Pendant cette période, les établissements doivent souvent faire appel à des agences d’intérim, dont les tarifs sont bien plus élevés que ceux des employés permanents. À terme, ces surcoûts se répercutent sur les tarifs des soins, déjà parmi les plus élevés au Canada.
Un système conçu pour l’urgence… qui ne l’est plus
Le cadre légal actuel, prévu pour des flux migratoires prévisibles et planifiés, ne tient pas compte des aléas administratifs. Cependant, aucune disposition n’impose un délai maximal pour ces décisions, laissant une marge d’interprétation large aux fonctionnaires.
Une telle mesure existerait déjà pour les travailleurs essentiels en cas de crise sanitaire, mais pas pour les pénuries structurelles.
Que faire pour éviter une crise plus large ?
Plusieurs pistes pourraient atténuer l’impact de ces retards. La première consisterait à automatiser une partie des vérifications administratives, comme le font déjà d’autres pays pour les visas étudiants ou les permis de travail saisonniers. Une seconde option serait de clarifier les recours pour les employés concernés, leur permettant de contester plus rapidement une décision de refus.
Cependant, ces solutions demandent des moyens supplémentaires et une volonté politique de repenser un système conçu pour un autre époque. À court terme, les RPA et leurs résidents devront composer avec l’incertitude, tandis que les travailleurs étrangers se retrouvent dans une situation précaire, ni chez eux ni sur leur lieu de travail.
Une question de priorités
Le débat ne porte pas seulement sur l’efficacité administrative, mais aussi sur les priorités du gouvernement. Faut-il privilégier le contrôle strict des flux migratoires, même au risque de désorganiser des secteurs essentiels ?
Les retards actuels ne sont pas une fatalité, mais le résultat d’un système qui n’a pas évolué au rythme des réalités économiques. Sans changement, les RPA continueront de dépendre de cette main-d’œuvre fragile, tandis que les aînés, déjà vulnérables, paieront le prix fort de ces dysfonctionnements.
Les conséquences de cette crise pourraient s’étendre bien au-delà des murs des RPA. Si les travailleurs étrangers ne peuvent plus être recrutés, les employeurs pourraient être contraints de réduire leurs capacités d’accueil, forçant certains aînés à quitter des établissements spécialisés pour des solutions moins adaptées. À terme, c’est tout l’équilibre du système de soins aux personnes âgées qui pourrait être remis en cause.
Pour l’instant, aucune solution n’émerge clairement. La balle est désormais dans le camp des décideurs : sauront-ils transformer cette crise en opportunité pour repenser un système qui, aujourd’hui, échoue à protéger ceux qui en ont le plus besoin ?
Photo : Ken Heaton, CC BY-SA 4.0, via Openverse.
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