Les armées paieront le prix de l'avarice sociale

Le gouvernement supprime la majoration de pension pour enfants des militaires. Une mesure qui, selon le général Mandon, va déséquilibrer les armées. Mais derrière ce coup de rabot, c’est tout le système de rémunération des soldats qui tremble. Et personne ne semble s’en soucier vraiment.

Publié le 10 octobre 2026 à 08:05
Les armées paieront le prix de l'avarice sociale

Le chiffre qui fait mal : 120 euros par mois en moins pour chaque enfant

La majoration, c’était 120 euros net par enfant à charge, tous les mois. Une somme modeste, mais cruciale pour les familles de militaires. Pourquoi ? Parce que les soldes, elles, ne sont pas mirobolantes. Un sergent-chef touche environ 2 200 euros brut. Un lieutenant, 3 000. Pas de quoi vivre large, surtout quand les logements de caserne sont souvent vétustes et les mutuelles chères. Ces 120 euros, c’était l’équivalent d’un repas de famille par mois. Ou d’un abonnement Netflix sans se serrer la ceinture. Supprimez-les, et c’est toute la logique de recrutement qui se fissure.

Le général Pierre de Villiers, ancien chef d’état-major des armées, l’a résumé sans détour : « On demande aux militaires de s’engager pour des missions de plus en plus longues, dans des conditions de plus en plus dures, et on leur dit : ‘Désolé, vos enfants ne compteront plus.’ » Une logique qui sent le mépris à plein nez. Surtout quand on sait que les civils, eux, bénéficient toujours de cette majoration via les allocations familiales. La différence ? Les militaires n’ont pas le choix : ils signent pour 20 ans, et après, ils dépendent de l’État pour survivre.

Mais le vrai problème, c’est la spirale.

Les 120 euros, c’est l’arbre qui cache la forêt. Le gouvernement justifie cette mesure par la nécessité de « réduire le déficit de la Sécu ». Sauf que les armées, elles, ne cotisent pas à la Sécu. Leurs pensions sont gérées par un régime spécial, le Régime des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre (RPMIVG). Un système à part, conçu après 1945 pour récompenser le sacrifice. En supprimant cette majoration, l’État envoie un message : « Vous n’êtes plus une priorité. » Et les militaires, eux, entendent le sous-texte : « Vous êtes des variables d’ajustement. »

Le général Mandon, inspecteur général des armées, a alerté sur « un risque de déséquilibre majeur ». Pas seulement financier. Moral. « Quand un soldat voit que l’État le traite comme un citoyen lambda, il se demande pourquoi il aurait dû choisir l’uniforme plutôt qu’un CDI chez Decathlon », explique un officier en poste à Lille. Les déserteurs, déjà nombreux, vont se faire plus rares. Les recrutements, déjà tendus (seulement 50 000 engagements en 2023, contre 60 000 nécessaires), vont devenir un casse-tête.

L’hypocrisie du débat

Où sont les cris d’orfraie ? Où sont les éditorialistes qui hurlent au scandale ? Pourtant, le sujet est là, bien visible. En 2022, une étude de la Cour des comptes soulignait déjà que « les conditions de vie des militaires sont incompatibles avec les exigences modernes de recrutement ». La suppression de cette majoration, c’est la cerise sur le gâteau pourri.

Pourtant, les médias s’en désintéressent. Les politiques aussi. À gauche, on préfère parler des retraites des fonctionnaires. À droite, on brandit l’argument « il faut choisir ses priorités ». Personne ne veut assumer : les armées, c’est compliqué. Trop loin des urnes. Trop peu glamour. Alors on serre la vis sans broncher.

Ce que ça change pour les familles

Prenez le cas des légionnaires. Une famille type : deux enfants, un capitaine avec 15 ans de service. Avant, la majoration rapportait 240 euros net par mois. Après ? Rien. « On va devoir choisir entre garder la nounou ou payer le loyer », lance une ancienne légionnaire, mère de deux enfants, qui a quitté le service en 2023. « L’armée nous a vendus du rêve : ‘Vous serez logés, nourris, vos enfants seront pris en charge.’ Sauf que maintenant, on nous dit : « Désolé, c’était une erreur. » »

Et puis il y a les veuves de guerre. Ces femmes qui perdent leur mari au combat et se retrouvent avec une pension de réversion déjà misérable. La majoration pour enfants, c’était souvent leur seule bouée. « Mon mari est mort en Afghanistan en 2010. Aujourd’hui, je touche 800 euros par mois. Avec la suppression de cette majoration, je vais devoir vendre ma voiture », témoigne Marie D., veuve d’un sous-officier tué lors d’une embuscade. « L’État nous doit la vérité : est-ce qu’il veut vraiment qu’on meure pour rien ? »

L’État joue avec le feu

Le vrai danger, ce n’est pas seulement le turnover chez les militaires actifs. C’est l’effet domino. Les réservistes, déjà peu motivés, vont encore moins se présenter. Les officiers, qui commencent à manquer cruellement, vont accélérer leur départ à la retraite. Et les jeunes, eux, vont regarder ailleurs. La France a déjà du mal à recruter des médecins, des enseignants, des policiers. Alors des soldats ?

« On est en train de saboter notre armée par petites touches », résume un général en retraite. « D’abord on réduit les budgets. Ensuite on serre les pensions. Maintenant, on touche aux familles. À quel moment est-ce qu’on va se réveiller ? »

Le gouvernement, lui, reste sourd. « Les choix sont difficiles, mais nécessaires », a lâché un porte-parole de Bercy. Traduction : « On assume pas. » Pourtant, les comptes de la Sécu ne s’arrangeront pas si les armées s’effondrent. Une armée en crise, c’est des missions reportées, des bases fermées, des emplois civils supprimés. À terme, la facture sera bien plus salée que 120 euros par mois.

La vraie question, c’est : qui va payer ?

Parce que, au final, cette mesure, c’est comme un feu de forêt. On voit les premières flammes, mais tout le monde attend que ça passe. Sauf que les militaires, eux, ils savent très bien ce que ça donne quand on les néglige. En Algérie, en Indochine, au Rwanda. L’histoire se répète, mais personne n’écoute.

Alors oui, la suppression de cette majoration est « désastreuse », comme le dit Mandon. Mais le pire, c’est que personne ne semble s’en soucier. Jusqu’à ce que ce soit trop tard.

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R Galaxie Rédaction

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