Les syndicats bloquent Bruxelles, le gouvernement Arizona reste sourd

Des milliers de manifestants ont paralysé la STIB et Liège ce mercredi. La CSC et la FGTB pointent du doigt les choix du gouvernement Arizona, mais Bruxelles ne bronche pas. Pourquoi cette colère ? Et surtout, pourquoi personne ne semble l’entendre ?

Publié le 10 octobre 2026 à 08:03
Les syndicats bloquent Bruxelles, le gouvernement Arizona reste sourd

Pourquoi la CSC et la FGTB en ont marre du gouvernement Arizona

Ce n’est pas la première fois que les syndicats descendent dans la rue pour casser du sucre sur le dos de ce gouvernement. Mais cette fois, c’est différent. Parce que les mesures ne sont plus des ajustements techniques, des détails de budget ou des promesses en l’air. Non. Cette fois, c’est la méthode qui pue. Le gouvernement Arizona, coalition CD&V-NVA, a une façon bien à lui de gouverner : on annonce, on passe en force, et après, on voit. Sauf que cette fois, les syndicats ne lâchent plus.

Prenez les retraites. Le gouvernement a décidé d’augmenter l’âge légal à 67 ans sans concertation réelle. Résultat : des milliers de travailleurs, surtout dans le public, se retrouvent avec des pensions amputées de 20 à 30 %. La CSC cite le cas de Jean-Marie, 64 ans, employé des chemins de fer depuis 35 ans : « On m’a dit que je devais partir à 67 ans. À 67 ans, avec un dos en lambeaux et une pension qui ne paiera même pas mon loyer, tu rigoles ? » Pas de négociation. Pas d’alternative. Juste un décret royal signé en catimini.

Et puis il y a les subventions. Le gouvernement a coupé dans les budgets sociaux comme dans du beurre. Les centres de planning familial ferment un à un. Les aides aux sans-abri ? Réduites. Les allocations familiales ? Gelées. La FGTB a sorti un chiffre qui claque : 1,2 milliard d’euros économisés en deux ans sur le dos des plus précaires. Pas un centime de plus pour les hôpitaux publics, pas un centime de plus pour les écoles. Juste des économies de bout de chandelle qui écrasent ceux qui n’ont déjà plus grand-chose.

Le gouvernement joue les sourds, Bruxelles regarde ailleurs

Alors oui, les syndicats manifestent. Ils bloquent les transports. Ils font du bruit. Mais le gouvernement Arizona ? Il fait comme si de rien n’était. « Une manifestation, c’est du bruit et des fumées », a lâché Wouter Beke, ministre des Finances, lors d’une interview radio ce matin. Du Beke. Toujours le même. Toujours les mêmes phrases lisses, les mêmes promesses creuses. « La rigueur paiera », « Il faut des sacrifices », « Ce n’est pas le moment de dépenser ».

Sauf que les faits, eux, sont têtus. Le chômage augmente. Les salaires stagnent. Et les inégalités ? Elles explosent. Selon l’Observatoire des Inégalités, le 1 % des Belges les plus riches possède aujourd’hui 22 % de la richesse nationale, contre 15 % en 2010. Pendant ce temps, les smicards voient leur pouvoir d’achat fondre comme neige au soleil.

Et Bruxelles dans tout ça ? La Commission européenne, elle, a les yeux rivés sur l’inflation et les déficits. Elle applaudit quand le gouvernement serre la vis. Elle ferme les yeux quand les droits sociaux sont bafoués. « La Belgique est un bon élève », a tweeté Paolo Gentiloni, commissaire européen aux Affaires économiques, après la dernière réforme. Bon élève ? À quel prix ?

Ce qui ne se dit pas, mais qui explique tout

Il y a une raison pour laquelle le gouvernement Arizona peut se permettre d’ignorer les syndicats. Une raison qui ne se lit pas dans les communiqués de presse, mais qui se devine entre les lignes.

Les patrons. Les vrais. Ceux qui financent les partis, qui paient les campagnes électorales, qui décident des investissements. Le CD&V et la NVA sont des partis ultra-proches des milieux d’affaires. Pas de hasard si les mêmes qui ont fait fortune dans l’immobilier, les assurances ou la finance sont ceux qui tirent les ficelles aujourd’hui. Le gouvernement a une mission : faire plaisir à ceux qui le financent. Et ça passe par des baisses d’impôts pour les entreprises, des flexibilisations du travail, et des retraites repoussées à l’infini.

La preuve ? En 2022, les 100 plus grandes entreprises belges ont versé 12,7 milliards d’euros de dividendes à leurs actionnaires (source : Agence Belgium Business). Pendant ce temps, l’État réduit les aides aux familles de 5 %. Coïncidence ? Bien sûr que non.

La colère des syndicats, c’est aussi la colère des travailleurs

Ce mercredi, à Bruxelles, Liège, Mons, Charleroi… les syndicats ont sorti l’artillerie lourde. Pas seulement des banderoles, mais des blocages concrets. Des métros bloqués, des gares envahies, des usines occupées. Parce que les mots, ça ne suffit plus.

« On en a marre des promesses », lance Sophie Dutordoir, secrétaire nationale de la FGTB. « On en a marre qu’on nous dise qu’il faut serrer la ceinture pendant que les riches s’en mettent plein les poches. On en a marre qu’on nous traite comme des assistés alors qu’on travaille depuis 40 ans. »

Et puis il y a ce détail qui en dit long : dans les manifestations, on ne voit presque plus les jeunes. Pourquoi ? Parce que les jeunes, eux, ont déjà compris une chose : le système est pourri jusqu’à la moelle. Alors soit ils partent, vers la France, vers l’Allemagne, vers l’étranger, soit ils se battent. Mais ils ne croient plus aux discours.

Le gouvernement va-t-il enfin entendre ?

Probablement pas. Parce que le gouvernement Arizona, c’est comme un vieux chien de garde : il aboie, il montre les dents, mais au fond, il n’a qu’un seul réflexe, serrer la vis encore un peu plus.

La preuve ? Hier encore, Jan Jambon, vice-Premier ministre, a annoncé une nouvelle réforme des allocations familiales. « Une simplification », a-t-il dit. Traduction : des économies de 300 millions d’euros, prélevées sur le dos des familles.

Alors oui, les syndicats peuvent manifester. Oui, ils peuvent bloquer les transports. Oui, ils peuvent faire trembler les murs de Bruxelles. Mais au final, qui va les écouter ?

Personne. Parce que le vrai pouvoir, lui, ne siège pas à la place Poelaert. Il siège dans les salons feutrés des conseils d’administration, dans les lobbies bruxellois, dans les comptes en Suisse des grands patrons.

Et tant pis pour les autres.

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R Galaxie Rédaction

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