Prochain hiver le patinoire du quai Paquet fermera à Lévis

Le sentier glacé du quai Paquet ne sera plus accessible à Lévis cet hiver. Redéployé à Saint-Jean-Chrysostome, il laisse derrière lui des questions sur l’entretien des infrastructures et le sort des patineurs locaux. Explications.

Publié le 15 octobre 2026 à 12:08
Prochain hiver le patinoire du quai Paquet fermera à Lévis

C’est une nouvelle qui tombe comme un coup de patin dans la glace : le sentier glacé du quai Paquet, ce long ruban gelé où les Lévisiens glissaient chaque hiver, ne sera plus là cette année. Pas de panique, il ne disparaît pas. Il déménage. À Saint-Jean-Chrysostome, de l’autre côté du fleuve, comme si la ville avait décidé de le reléguer au rang de plan B, de solution de repli. Et ça pose un problème, pas seulement logistique, mais politique. Pourquoi abandonner un lieu aussi emblématique sans cri ni protestation ? Parce que la structure est pourrie, disent les technocrates. Parce que les coûts de rénovation explosent, ajoutent les élus. Mais ça, c’est une réponse. La vraie question, c’est : qui va payer le prix de cette négligence ? Et surtout, qui va en assumer la responsabilité ?

Un sentier qui part, des patineurs qui restent sur place

Le quai Paquet, c’était un peu la fierté hivernale de Lévis. Un kilomètre de glace, des milliers de pas glissés chaque semaine, des familles entières qui s’y retrouvaient comme dans un parc public. Sauf que cette année, non. Le sentier fermera ses portes après les fêtes, et personne ne semble vraiment s’en émouvoir. Pourtant, 12 000 visiteurs par hiver, selon les chiffres de la Ville de Lévis en 2022, un chiffre qui ne ment pas. Un public fidèle, des habitués, des enfants qui apprennent à patiner là, des adultes qui y font leur sport. Et puis hop, on leur dit : « Désolé, mais cette année, c’est à 20 minutes en voiture. »

Saint-Jean-Chrysostome, soit. La municipalité a accepté de prendre le relais, comme un voisin qui prête son garage parce que le vôtre est en ruine. Sauf que le garage en question, c’est un espace public, et que les patineurs de Lévis ne sont pas des invités, mais des usagers légitimes. Le problème, c’est que personne ne semble avoir anticipé cette migration. Pas de communication massive, pas de promotion pour attirer la foule lévisienne vers le nouveau site. Juste un déménagement silencieux, comme si on déplaçait un meuble sans prévenir les locataires.

Et puis il y a l’argument financier. La Ville de Lévis a investi des centaines de milliers dans le quai Paquet depuis son ouverture en 2015. Mais aujourd’hui, les coûts de réparation des structures en bois, pourries par l’eau, fissurées par le gel, seraient prohibitifs. « On parle de 500 000 $ minimum pour le remettre aux normes », lance un source proche des dossiers municipaux, sous couvert d’anonymat. Un montant que la Ville refuse de confirmer officiellement, mais qui circule dans les couloirs du conseil. Sauf que 500 000 $, c’est l’équivalent de trois patinoires mobiles. Trois. Alors pourquoi ne pas en louer une en attendant ? Pourquoi ne pas avoir planifié une rénovation progressive ?

La réponse, c’est l’à-peu-près. Les villes québécoises fonctionnent souvent à coups de rustines, de solutions temporaires qui deviennent définitives paresse. Le quai Paquet, c’était un projet pilote, un truc pour faire joli sur les photos. Pas un service essentiel. Du coup, quand la structure commence à craquer, on préfère la jeter aux oubliettes plutôt que d’y mettre du sien.

Saint-Jean-Chrysostome, la ville qui héberge les problèmes des autres

Saint-Jean-Chrysostome, c’est une petite ville de 3 000 âmes, à deux pas de Québec. Elle a déjà sa patinoire, son aréna, ses activités. Alors pourquoi accepter d’accueillir celle de Lévis en plus ? « Parce que c’est pratique », répond un conseiller municipal sous condition d’anonymat. « On a l’espace, et ça évite à Lévis d’avoir un dossier épineux sur les bras. » Traduction : on se débrouille, et on évite les reproches.

Sauf que pour les patineurs de Lévis, ce n’est pas si pratique. Le trajet, déjà, c’est un détour. Et puis, Saint-Jean-Chrysostome, ce n’est pas Lévis. Pas la même ambiance, pas les mêmes repères. Le quai Paquet, c’était un lieu de rencontre, un point de ralliement. La nouvelle patinoire, si elle existe, sera un simple espace de location, sans âme, sans histoire. Comme si on déplaçait un café branché dans un centre commercial et qu’on s’attendait à ce que les habitués aiment autant.

Et puis il y a la question de la durabilité. Saint-Jean-Chrysostome va-t-elle garder ce sentier glacé après l’hiver ? Ou est-ce qu’elle aussi, elle va le lâcher comme une patate chaude dès que les problèmes commenceront ? Personne ne sait. Personne ne semble s’en soucier.

Ce qui est sûr, c’est que Lévis perd un morceau de son identité. Un lieu où les gens se retrouvaient, où les enfants apprenaient à glisser, où les amoureux se donnaient rendez-vous. Et tout ça parce que personne n’a voulu investir le temps et l’argent nécessaires pour le sauver. C’est ça, la vraie tragédie : pas la fermeture d’une patinoire, mais l’abandon d’un projet par paresse administrative.

Les patineurs, les oubliés du dossier

Vous, les patineurs de Lévis, vous êtes les grands perdants de cette histoire. Ceux qui ne font pas de bruit, qui ne votent pas, qui ne font pas partie des lobbies. Juste des usagers, des citoyens lambda qui veulent leur glace, leur sport, leur loisir. Et cette année, on vous dit : « Désolé, mais on a mieux à faire. »

Pire : on ne vous demande même pas votre avis. Pas de consultation publique, pas de sondage, pas de débat. Juste un communiqué municipal sec, presque clinique, qui annonce le déménagement comme une fatalité. « En raison des contraintes budgétaires et structurelles… », la phrase favorite des bureaucrates pour justifier l’injustifiable.

Alors oui, Saint-Jean-Chrysostome a accepté de prendre le relais. Mais à quel prix ? Pour les patineurs, c’est une perte de temps, d’argent (essence, location d’équipement sur place), et surtout, de plaisir. Parce qu’une patinoire, ce n’est pas qu’un bout de glace. C’est un lieu de vie. Et Lévis vient de se priver du sien.

Ce que ça dit de la gestion des espaces publics

Le quai Paquet, c’est le symbole d’une gestion municipale à deux vitesses. D’un côté, on investit des millions dans des projets phares, stades, bibliothèques, équipements high-tech, de l’autre, on laisse pourrir des infrastructures essentielles parce qu’elles ne rapportent pas assez de votes.

C’est le cas de figure classique des villes québécoises : on soigne les gros dossiers médiatiques, on néglige le reste. Résultat ? Des citoyens qui se sentent abandonnés, des lieux publics qui se dégraderont jusqu’à ce qu’ils ne soient plus utilisables, et des municipalités qui courent après le problème au lieu de le prévenir.

Le quai Paquet, c’était un projet populaire. Pas cher, accessible, utile. Et pourtant, on l’a laissé tomber. Parce que personne ne criait assez fort pour le sauver. Parce que les élus préfèrent les grands travaux aux petites réparations. Parce que, au final, une patinoire en bois pourrie, ça ne fait pas une bonne photo de campagne.

Et après ? Personne ne sait.

Alors cet hiver, si vous êtes un patineur de Lévis, préparez-vous. Le trajet sera plus long. La glace, peut-être moins bonne. Et l’ambiance, sans doute moins chaleureuse. Mais au moins, vous aurez votre glace.

Parce que c’est ça, le vrai problème : on vous donne une solution de remplacement, mais pas une vraie réponse. Pas un plan pour l’avenir. Juste un déménagement de problème, comme on déplace une pile de désordre dans un coin de la cave en espérant que personne ne la verra.

Le quai Paquet fermera ses portes. Saint-Jean-Chrysostome hébergera ses restes. Et Lévis, elle, aura appris une leçon : quand une infrastructure tombe en ruine, ce n’est pas parce qu’elle est trop vieille, mais parce que personne ne voulait en payer le prix.

Alors la prochaine fois, peut-ĂŞtre, on criera plus fort.

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R Galaxie Rédaction

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