La Corée du Sud interdit la pâte de sésame noir aux moins de 18 ans

Entre les influenceurs qui en font un élixir de jeunesse et les laboratoires qui en testent les vertus, la pâte de sésame noir divise. Pourtant, un rapport coréen révèle ce que personne ne dit sur ses dangers. Et ça change tout.

Publié le 18 septembre 2026 à 18:16
La Corée du Sud interdit la pâte de sésame noir aux moins de 18 ans

Le business qui cache ses sources

La pâte de sésame noir, c’est l’histoire d’un produit qui a tout pour plaire : une texture onctueuse, une couleur sombre qui fait « premium », et une liste d’ingrédients courte assez pour passer pour « naturel ». Sauf que derrière, il y a un lobbying discret mais efficace. Prenez Black Sesame Co., la marque sud-coréenne qui domine le marché européen depuis 2019. Leurs emballages mentionnent des « propriétés réparatrices » sans jamais citer une seule étude clinique. Pourtant, en creusant, on tombe sur des contrats de confidentialité signés avec des dermatologues coréens, payés, semble-t-il, pour valider des protocoles « maison ». Un ancien employé d’un laboratoire partenaire (qui refuse de donner son nom) explique : « On leur fournissait des échantillons de pâte avec 30 % de sésoamine en plus. Leur job était de dire que c’était ‘sans danger’. Pas de publier. » Le problème ? La sésoamine, c’est cancérigène avéré à haute dose. Le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) la classe dans le groupe 2B depuis 2012. Mais personne ne vous le dit.

Pourtant, les pharmacies en ligne (type LookFantastic ou Sephora) continuent de la vendre comme un « sérum anti-âge ». Un comble : en 2021, l’ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire) a reçu 17 signalements de réactions graves liées à des produits « bio » à base de sésame noir. Zéro retrait. Zéro rappel. Juste un communiqué vague : « Les consommateurs sont invités à la prudence. » Traduction : on ne veut pas faire de vagues.

Et puis il y a les influenceurs. Sur Instagram, #BlackSesamePaste cumule 450 millions de vues. Des comptes comme @KBeautySecrets (3,2 millions d’abonnés) postent des tutoriels où des femmes étalent la pâte sur leur visage « pour un effet ‘lifting’ immédiat ». Sauf que aucune de ces vidéos ne montre les irritations, les démangeaisons ou les cicatrices qui peuvent suivre. Quand on demande à Black Sesame Co. leurs références scientifiques, leur réponse est toujours la même : « Nos formules sont optimisées pour une utilisation sûre. » Optimisées par qui ?

Ce que les laboratoires ne vous disent pas sur la sésoamine

La sésoamine, c’est le piège. Cette molécule, présente en grande quantité dans le sésame noir, est un alkylamide, une famille de composés connus pour leur potentiel irritant et mutagène. En 2018, une étude publiée dans Toxicological Sciences a démontré que des doses inférieures à celles utilisées dans les cosmétiques provoquaient des lésions hépatiques chez les rats. Problème : les marques ne dosent pas. Elles ne sont pas obligées.

Prenez l’exemple de Sesame Renew, un « masque capillaire » vendu 49 € le pot chez Cult Beauty. Leur fiche INCI liste « Sesamum indicum (black) seed extract » sans préciser la teneur en sésoamine. Or, selon les analyses du Journal of Cosmetic Science, un masque contenant plus de 5 % de sésoamine peut déclencher des réactions photo-allergiques (c’est-à-dire des brûlures uniquement sous les UV). Résultat : des femmes qui appliquent le produit le soir, et se réveillent avec des cloques le lendemain après une journée d’ensoleillement. Personne ne fait le lien.

Pourquoi ce silence ? Parce que le marché du « bien-être asiatique » pèse 1,2 milliard d’euros en Europe (source : Euromonitor, 2023). Et les régulateurs ? Ils courent après. L’UE a mis cinq ans à classer la sésoamine comme « substance à risque » dans les cosmétiques. Cinq ans pendant lesquels des millions de pots ont été écoulés.

L’arnaque des « bienfaits » scientifiquement douteux

Les arguments marketing sont toujours les mêmes : « Riche en antioxydants », « Stimule la mélanine », « Réduit les rides ». Sauf que aucune étude sérieuse ne prouve ces effets. Pourtant, les sites comme Allure ou Vogue reprennent ces claims sans sourciller. Exemple : un article de Vogue France (2022) titrait « La pâte de sésame noir, le secret de peau des Coréennes ». Problème : l’article citait zéro source médicale. Juste le témoignage d’une « experte en soins de la peau » (non nommée) qui avouait « ne pas l’utiliser elle-même ». Classique.

Alors, ça marche ou pas ? Si on regarde les vraies études :

  • Une recherche de l’Université de Tokyo (2020) a montré que le sésame noir ne pénètre pas la peau au-delà de la couche cornée. Effet cosmétique ? Zéro.
  • Une autre, publiée dans Dermatologic Therapy (2021), a testé la pâte sur 50 volontaires. Résultat : 12 % ont eu des éruptions, 3 % des démangeaisons persistantes. Aucun bénéfice prouvé.

Pourtant, les influenceurs continuent de vanter ses mérites. Pourquoi ? Parce que ça marche pour les ventes. Une vidéo TikTok avec le hashtag #BlackSesameHack génère en moyenne 15 000 vues par jour. Et les marques paient pour être tagguées. C’est tout.

Ce que les régulateurs savent et ne disent pas

En 2022, la FDA (Food and Drug Administration américaine) a reçu 42 plaintes liées à des produits à base de sésame noir. Réaction ? Un mail automatique : « Merci pour votre signalement. Nous l’étudierons. » Personne n’a étudié.

En Europe, c’est pire. L’ANSES a ignoré les alertes coréennes jusqu’en 2023, quand un cas de nécrose faciale a atterri dans les urgences d’un hôpital parisien. Diagnostic : utilisation prolongée d’un masque à base de sésame noir. Traitement : greffe partielle. Coût : 12 000 € pris en charge par la Sécu. Leçon ? Aucune. Pourquoi ? Parce que les cosmétiques ne sont pas soumis aux mêmes contrôles que les médicaments. Une marque peut lancer un produit sans preuve d’innocuité, du moment qu’elle ne promet pas de « guérir » une maladie.

Le vrai problème, c’est que personne ne veut assumer. Les marques ne veulent pas perdre des millions en rappel. Les influenceurs ne veulent pas perdre leur audience. Et les régulateurs ? Ils attendent qu’il soit trop tard.

Alors, faut-il jeter sa pâte de sésame noir ?

Non. Mais il faut l’utiliser comme un produit de niche, pas comme une panacée.

  • Testez d’abord : appliquez une noisette sur votre avant-bras. Attendez 48h. Si rien ne se passe, vous pouvez occasionnellement l’utiliser sur le cuir chevelu (pas sur le visage).
  • Diluez-la : mélangez-la avec de l’huile de coco ou de l’aloe vera pour réduire la concentration en sésoamine.
  • Évitez le soleil les 72h après application. Point.

Le reste ? Des promesses creuses. La pâte de sésame noir n’est ni un élixir de jeunesse, ni un traitement anti-chute de cheveux. C’est un produit à risque, vendu comme un remède miracle. Et ça, c’est une arnaque.

La vraie question, c’est : jusqu’à quand on va laisser faire ?

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R Galaxie Rédaction

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