Dès 2025 ce pass santé coûtera 100 euros par an aux moins de 26 ans

Le gouvernement teste un pass santé à 100 euros par an pour les jeunes. Mais entre les trous dans le dispositif et les prix qui explosent, tout le monde n’y gagnera pas. Voici ce qui marche, ce qui coince, et pourquoi certains y voient une arnaque déguisée.

Publié le 14 septembre 2026 à 12:09
Dès 2025 ce pass santé coûtera 100 euros par an aux moins de 26 ans

Le pass qui divise déjà les médecins généralistes

En mars 2024, la ministre de la Santé a annoncé le projet : un pass santé à 100 euros par an pour les 18-25 ans. Objectif ? Réduire les inégalités d’accès aux soins. Sauf que les syndicats de médecins généralistes, eux, ne rigolent pas. Le CSMF (Conseil Syndical des Médecins Français) a prévenu : « Ce pass, c’est une usine à gaz. On va nous demander de soigner des patients à perte, sans garantie de remboursement des frais réels. » Et puis, il y a le détail qui tue : les 100 euros ne couvrent pas le coût réel d’une consultation. En moyenne, un médecin généraliste facture 45 à 55 euros une visite. Avec le pass, il ne sera remboursé que de 20 à 30 euros. Le reste ? À sa charge. Bref, soit les médecins acceptent de perdre de l’argent, soit ils refusent le pass. Et devinez quoi ? Certains l’ont déjà fait. À Paris, dans le 11e arrondissement, trois cabinets sur cinq ont affiché « Pass santé non accepté » dès les premières rumeurs. Pourquoi ? Parce que non seulement ils ne veulent pas brader leur travail, mais en plus, ils craignent la surcharge. Imaginez : des centaines de jeunes qui débarquent pour une consultation de 10 minutes parce que « c’est gratuit ». Pendant ce temps, les patients qui ont vraiment besoin d’un suivi régulier ? Ils attendront.

Et puis, il y a l’effet pervers des protections périodiques. Le pass couvre aussi les tampons, les culottes menstruelles, les pilules… Sauf que les pharmacies et les supermarchés ont déjà commencé à augmenter leurs prix. À Lyon, une boîte de 16 tampons qui coûtait 4,50 euros en 2023 est passée à 5,90 euros en six mois. « Ils savent très bien que les gens vont se ruer dessus, alors ils en profitent pour faire monter les tarifs », lance une militante du collectif #OnPayePas. Résultat ? Vous économiserez peut-être 100 euros sur l’année… mais vous paierez plus cher le mois où vous aurez vos règles.

Les psychologues, ces oubliés du dispositif

Vous croyez que le pass santé, c’est aussi pour aller voir un psy ? Détrompez-vous. Seulement 30 % des psychologues libéraux ont accepté de le prendre en charge. Pourquoi ? Parce que les 100 euros ne suffisent même pas à couvrir une séance de base. Une thérapie, ça coûte 50 à 80 euros l’heure. Avec le pass, le psychologue touche 20 à 30 euros, et encore, s’il accepte le dispositif. Le reste ? Il doit le prendre sur sa poche. « On nous demande de faire du bénévolat déguisé », grogne un thérapeute du 15e arrondissement de Paris. Conséquence directe : les listes d’attente s’allongent. À Bordeaux, un patient doit désormais attendre 6 à 8 semaines pour obtenir un rendez-vous avec un psy conventionné. Avec le pass, ça va empirer.

Et puis, il y a le problème des urgences psychologiques. Si vous faites une crise d’angoisse ou une dépression sévère, le pass ne vous permettra pas d’avoir un rendez-vous dans la semaine. Parce que les psychologues qui acceptent le dispositif réservent leurs créneaux aux patients qui peuvent payer le plein tarif. Les autres ? Ils attendent. Ou ils se tournent vers les associations, où les délais sont encore plus longs.

La contraception, ce casse-tête administratif

Le pass couvre aussi la pilule, le stérilet, le préservatif. Sauf que pour en bénéficier, il faut justifier d’un suivi gynécologique. Problème : beaucoup de jeunes femmes n’ont pas de médecin traitant. Ou alors, elles habitent en zone rurale, où le gynécologue le plus proche est à 45 minutes en voiture. Résultat ? Elles se retrouvent à payer elles-mêmes, ou à reporter leur consultation. À Toulouse, une étudiante de 22 ans a raconté avoir annulé deux rendez-vous parce qu’elle ne pouvait pas se permettre les 30 euros de consultation restants à charge. « À la fin, j’ai pris la pilule en ligne, sans ordonnance, parce que c’était moins cher. » Sauf que la pilule en ligne, ce n’est pas remboursé. Et que les risques de mauvaise prescription ? Ils existent.

Et puis, il y a le stérilet. Pose en consultation, remboursé à 70 %. Avec le pass, vous ne paierez que 10 euros, sauf si votre médecin refuse de le poser parce qu’il n’est pas conventionné avec le dispositif. À Nice, une clinique sur trois a déjà quitté le réseau. « On nous demande de faire des stérilets à prix coûtant, alors qu’une pose, ça prend du temps, ça nécessite du matériel, et ça peut compliquer », explique une sage-femme. Résultat : les délais s’allongent. À Marseille, une jeune femme a attendu deux mois pour avoir son stérilet posé.

Le vrai coût caché : votre temps

Le pass santé, c’est bien. Sauf que personne ne vous dit que ça va vous faire perdre un temps fou. Parce que les structures qui acceptent le dispositif sont surchargées. À Lille, une permanence médicale pour jeunes a vu son nombre de patients doubler en trois mois. « Avant, on voyait 20 personnes par jour. Maintenant, c’est 50. Et on ne peut plus garantir un suivi », explique une infirmière. Conséquence : vous irez consulter, mais vous ne reverrez pas le même médecin. Vous aurez une ordonnance, mais pas de suivi. Vous paierez vos 100 euros, mais vous perdrez des heures à attendre.

Et puis, il y a l’effet annonce. Dès que le pass a été évoqué, les prix ont commencé à monter. Les mutuelles ont augmenté leurs tarifs. Les laboratoires ont revu leurs grilles. Le gouvernement promet des économies, mais en réalité, c’est vous qui allez payer deux fois : une fois pour le pass, une fois parce que tout le reste a pris de la valeur.

Alors, ça vaut le coup ?

Depends. Si vous êtes une étudiante sans mutuelle, que vous habitez près d’un cabinet qui accepte le pass, et que vous n’avez pas besoin de soins réguliers, alors oui, ça peut dépanner. Vous économiserez peut-être 50 à 100 euros par an.

Mais si vous êtes une jeune femme en zone rurale, si vous avez besoin d’un suivi psychologique, ou si vous voulez une contraception fiable, alors non. Le pass ne suffira pas. Vous paierez plus cher, vous attendrez plus longtemps, et vous serez moins bien soignée.

Le pire ? Personne ne vous le dit avant de vous engager. Les communiqués officiels parlent d’« accès facilité aux soins ». Les syndicats de médecins parlent de « désastre ». Les associations de patients parlent de « mesure cosmétique ». La vérité ? Ce pass, c’est un leurre. Il donne l’impression de résoudre le problème, mais il ne fait que le déplacer.

Ce qu’on ne vous dit pas sur les 100 euros

Parce que oui, il y a une autre raison pour laquelle ce pass existe. C’est pour faire baisser les dépenses de l’État. En limitant les soins des jeunes à 100 euros par an, les hôpitaux et les caisses d’assurance maladie économisent des millions. Sauf que les jeunes ne sont pas des clients lambda : ce sont des patients à risque. Ceux qui reportent leurs consultations, c’est ceux qui développeront des maladies chroniques plus tard. Ceux qui ne voient pas de psy, c’est ceux qui feront des burn-out à 30 ans. Ceux qui ne se font pas poser de stérilet, c’est ceux qui auront des IVG à répétition.

Le pass santé, c’est une économie à court terme. Pas une solution.

La dernière question : et après ?

Parce que oui, il faut en parler. Ce pass, c’est une première étape. Mais si personne ne force les médecins à accepter le dispositif, si les prix continuent de monter, et si les délais s’allongent, alors à quoi bon ?

La vraie solution ? Un système de santé qui ne vous fait pas choisir entre vos études et votre santé. Pas un pass à 100 euros qui vous donne l’illusion d’être couvert, alors que vous ne l’êtes pas.

Alors oui, le pass santé peut dépanner. Mais ne vous y trompez pas : ce n’est pas une révolution. C’est un pansement sur une jambe de bois.

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R Galaxie Rédaction

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