Dakar enterre ses morts sans prévenir
Les sapeur-pompiers de Dakar ont sorti deux corps de l’Unité 7 des Parcelles Assainies, dimanche 4 octobre 2026. Une femme et son enfant. Les pluies ont tout emporté, comme chaque année. Sauf que cette fois, personne n’a crié au scandale. Pas même les habitants, habitués à voir leurs voisins disparaître sous les eaux.
Pourquoi les Parcelles Assainies deviennent-elles un cimetière à ciel ouvert ?
La réponse est simple : parce que personne ne veut vraiment régler le problème. Les promoteurs continuent de construire sur des zones inondables. Les autorités ferment les yeux. Et les Dakarois, eux, apprennent à vivre avec les cadavres qui remontent après chaque pluie.
Un rapport de 2023 ignoré par tout le monde
En 2023, le Plan d’Urgence Inondation (PUI) de la mairie de Dakar pointait du doigt les Parcelles Assainies comme l’un des points noirs de la ville. Selon ce document, jamais appliqué, la zone était classée en « risque extrême ». Pourtant, les permis de construire continuent de pleuvoir. Comme si les promoteurs savaient que les services municipaux n’oseraient jamais dire non.
Le chiffre qui résume tout : 12 000 logements illégaux ont été recensés dans les Parcelles Assainies en 2025, selon une étude de l’Agence Nationale de l’Habitat (ANHA). Personne ne les démolit. Personne ne sanctionne. Personne ne fait le lien entre ces constructions et les morts qui s’accumulent.
Les sapeur-pompiers en première ligne, sans moyens
Les pompiers de Dakar sont épuisés. Ils sortent les corps, nettoient les rues, et repartent. Dimanche dernier, ils ont dû faire face à une nouvelle vague de disparus. Pourtant, leurs rapports internes, obtenus par Sud FM, révèlent une réalité plus sombre : depuis 2020, au moins 47 personnes ont été retrouvées mortes dans les inondations des Parcelles Assainies.
Mais oĂą est la justice ?
Aucune enquête n’a jamais été ouverte. Aucune famille n’a jamais obtenu réparation. Les corps sont enterrés anonymement, comme si Dakar avait décidé que certaines vies ne valaient pas la peine d’être pleurées.
L’État sénégalais joue les sourds
Le gouvernement parle de « plans d’urgence ». En réalité, il n’y a que des promesses. En 2024, le président Bassirou Diomaye Faye a annoncé un « grand projet de drainage » pour les Parcelles Assainies. Deux ans plus tard, rien n’a bougé.
Pourquoi ? Parce que ces quartiers abritent des milliers de votes. Parce que les promoteurs financent des campagnes. Parce que personne ne veut se fâcher avec les électeurs des bidonvilles.
Ce que les Dakarois savent dĂ©jĂ
Les habitants des Parcelles Assainies ne sont pas dupes. Ils savent que les pluies vont revenir. Ils savent que leurs enfants risquent de se noyer. Ils savent aussi que personne ne viendra les sauver.
Alors ils survivent. Comme ils peuvent.
La dernière phrase, la plus dure : À Dakar, on enterre ses morts sans prévenir. Parce que personne ne veut entendre les cris sous l’eau.