Le gouvernement change les règles, et vous trinquez
Imaginez : vous avez investi 10 000 euros en 2008 pour des panneaux solaires. À l’époque, l’État vous garantissait un rachat de votre électricité à 0,58 euro le kilowattheure, pendant 20 ans. Un deal en or. Sauf que 20 ans, c’est long. Trop long. Aujourd’hui, le marché a changé. L’électricité coûte 0,10 euro le kWh. 0,10. Vous voyez le problème ?
Le gouvernement, dans son projet de budget 2027, propose tout simplement de baisser le tarif de rachat pour ces vieux contrats. Pas une réforme, pas une adaptation : un coup de massue. La CRE (Commission de Régulation de l’Énergie) a calculé l’arnaque : 235 000 propriétaires vont perdre 1 200 euros par an en moyenne. Soit 282 millions d’euros par an, détournés de leurs poches vers le budget de l’État. Une aubaine. Pour eux.
Et le pire ? Personne ne vous préviendra. Les mails des fournisseurs d’électricité sont flous, les associations de consommateurs se taisent, les médias en parlent à peine. Parce que c’est légal. Parce que c’est dans les petits caractères des contrats. Parce que l’État a le droit de changer les règles quand ça l’arrange.
Pourquoi ces panneaux sont devenus des pièges à cons
En 2006, l’État voulait booster le solaire. Alors il a signé des contrats à prix fixe, très généreux. Trop, peut-être. Parce qu’aujourd’hui, ces tarifs sont déraisonnables. Le coût de production du solaire a chuté. Les nouveaux panneaux sont 3 fois moins chers à installer. Les nouveaux contrats paient 0,06 euro le kWh. 0,06.
Pourtant, vous, vous êtes coincés. Votre contrat est gelé. Vous ne pouvez pas résilier. Vous ne pouvez pas vendre votre électricité ailleurs. Vous êtes otages d’un système qui a viré à l’escroquerie.
Et l’État s’en lave les mains. « C’est le marché qui a évolué », disent-ils. « On ne peut pas garder des tarifs obsolètes ». Traduction : « On va vous faire payer la crise ». Parce que ces contrats, c’est du passé. Et le passé, ça se réécrit.
Les 235 000 propriétaires qui vont tout perdre
Prenez Jean-Marc, 60 ans, dans le Sud-Ouest. Il a posé ses panneaux en 2009. 15 kWc, soit environ 20 000 euros d’investissement. Aujourd’hui, il produit 20 000 kWh par an. À 0,58 euro le kWh, il touchait 11 600 euros par an. Avec la nouvelle règle, il ne touchera plus que 2 000 euros. 9 600 euros de moins. 9 600 euros par an, volés. Parce que l’État a décidé que son argent valait moins qu’avant.
Prenez Sophie, à Lyon. Elle a mis 8 000 euros dans ses panneaux en 2007. 3 kWc, 3 000 kWh par an. 1 740 euros de perte annuelle. 1 740 euros, pour rien. Parce que l’État a changé d’avis.
Et puis il y a les locataires de toits. Ceux qui ont loué leur toit à des sociétés comme EDF ENR, Engie ou TotalEnergies. Eux aussi sont concernés. Leurs contrats sont encore pires : ils ne possèdent même pas les panneaux. Ils dépendent totalement de la bonne volonté des géants de l’énergie. Et quand l’État serre la vis, ce sont eux qui trinquent.
Pourquoi personne ne bronche ?
Parce que ça arrange tout le monde.
- L’État récupère 282 millions d’euros sans lever l’impôt. Un jackpot.
- Les nouveaux propriétaires de panneaux ne sont pas jaloux : eux, ils bénéficient des nouveaux tarifs bas. Pourquoi râler ?
- Les fournisseurs d’électricité s’en fichent : ils rachètent quand même l’électricité, mais à un prix beaucoup moins cher. Leur marge augmente.
- Les médias ? Ils ont mieux à faire. La guerre en Ukraine, l’inflation, le pouvoir d’achat… Les panneaux solaires de 2006, c’est trop vieux. Trop chiant.
Le seul problème, c’est vous. Vous qui avez cru à la bonne foi de l’État. Vous qui avez investi dans la transition énergétique. Vous qui allez payer pour l’erreur des autres.
Que faire si vous êtes concerné ?
D’abord, vérifiez votre contrat. Date d’installation entre 2006 et 2010 ? Tarif de rachat autour de 0,50-0,60 euro le kWh ? Vous êtes dans le panier.
Ensuite, calculez votre perte. Prenez votre facture de production solaire. Multipliez par 0,10 euro (le nouveau tarif probable). Soustrayez. C’est ça, votre arnaque annuelle.
Enfin, parlez-en. Pas à votre fournisseur d’électricité, ils s’en moquent. À votre député. À la CRE. Aux associations comme la CLER ou France Nature Environnement. Parce que personne ne vous défendra.
Mais attention : ne comptez pas sur une indemnisation. L’État ne rendra pas votre argent. Il le gardera. Comme un voleur qui justifie son vol par « C’est la loi ».
La vraie question, c’est : et demain ?
Parce que ces contrats de 2006-2010, c’est juste la première salve. Demain, ce seront les éoliennes. Après-demain, les biogaz. L’État a compris une chose : quand vous signez un contrat, vous signez pour la vie. Et si les règles changent ? Tant pis pour vous.
Alors oui, 1 200 euros par an, ça fait 12 000 euros en dix ans. 12 000 euros volés. Mais le pire, c’est l’idée que ça pourrait recommencer. Que demain, ce sera votre voisin qui perdra. Parce que l’État a une philosophie simple : les promesses, ça se renie. Et les contrats, ça se réécrit.
Alors si vous avez des panneaux solaires avant 2011, faites vos comptes. Parce que dans quelques mois, votre douche froide sera officielle. Et personne ne viendra vous réchauffer.