À Touba, le paludisme frappe fort et les chiffres ne mentent pas

77 cas en deux trimestres, dont 26 graves. À Matlaboul Fawzeyni, le paludisme revient en force, et les hôpitaux peinent à suivre. Pourquoi cette résurgence ? Et surtout, pourquoi personne ne semble vraiment s’en soucier ?

Publié le 17 septembre 2026 à 14:12
À Touba, le paludisme frappe fort et les chiffres ne mentent pas

Un hôpital à bout de souffle, des chiffres qui claquent en pleine saison sèche

Le centre hospitalier de Matlaboul Fawzeyni, à Touba, a enregistré 77 cas de paludisme entre janvier et juin 2026. Parmi eux, 26 sont graves. Un chiffre qui saute aux yeux, surtout quand on sait que la saison des pluies n’a même pas encore commencé. Le docteur Charles Dia, anesthésiste-réanimateur et président de la commission médicale de l’établissement, l’a annoncé sans détour : « On est en train de gérer une situation qui n’aurait pas dû exister. »

Pourtant, personne ne semble vraiment surpris. Pas les autorités sanitaires, pas les médias locaux, pas même les patients qui reviennent, saison après saison, avec la même fièvre, les mêmes frissons, les mêmes complications. Le paludisme, au Sénégal, c’est comme un vieux rhume : on sait qu’il va revenir, mais on fait semblant de ne pas le voir.

Et si le problème était ailleurs que dans les moustiques ?

Le paludisme, on le sait, c’est une maladie qui se soigne. Des médicaments existent, des moustiquaires aussi. Alors pourquoi, malgré tout, les cas graves continuent-ils de monter ?

À Matlaboul Fawzeyni, les lits de réanimation sont saturés. Les stocks de quinine et d’artémisinine, ces traitements de référence, ne suivent pas toujours. « On manque de tout, mais surtout de temps », confie une infirmière sous couvert d’anonymat. Le temps pour diagnostiquer, le temps pour traiter, le temps pour éviter que le patient ne bascule dans le coma.

Le problème ? Les tests de dépistage rapides, censés accélérer la prise en charge, sont souvent en rupture. Résultat : des médecins qui prescrivent des traitements à l’aveugle, par habitude, parce qu’ils n’ont pas le choix. Et quand les stocks arrivent enfin, ils sont parfois périmés. « On jurerait que quelqu’un sabote le système », lance un pharmacien de l’hôpital. Personne ne le dit ouvertement, mais l’idée est là : et si, derrière les chiffres officiels, il y avait une gestion plus que bâclée ?

Une épidémie qui s’installe, et une indifférence générale

Pourtant, les moyens existent. Le Sénégal a un plan national de lutte contre le paludisme, financé par des bailleurs internationaux. Des campagnes de pulvérisation d’insecticides sont menées chaque année. Des sensibilisations sont organisées. Alors pourquoi ça ne marche pas ?

Parce que les priorités ont changé. Parce que le gouvernement a d’autres urgences. Parce que le paludisme, pour beaucoup, reste une fatalité. « C’est comme ça, c’est africain », entend-on parfois. Une phrase qui résume à elle seule l’abandon dans lequel cette maladie est laissée.

Et puis, il y a le déni. Officiellement, le Sénégal est en voie de réduction des cas de paludisme. Les chiffres nationaux le prouvent : baisse de 30 % en dix ans. Mais à Touba, à Matlaboul Fawzeyni, personne ne voit cette baisse. Ici, les patients affluent, et les lits se remplissent.

Ce que les chiffres officiels ne disent pas

Le docteur Dia insiste : « On ne peut pas se contenter de moyennes nationales. » Derrière les statistiques lissées se cachent des réalités brutales. Des zones où le paludisme tue encore, où les hôpitaux sont débordés, où les familles s’endettent pour soigner leurs proches.

À Matlaboul Fawzeyni, on soigne avec ce qu’on a. Parfois, ça suffit. Parfois, non. Et quand un enfant de moins de cinq ans entre en réanimation, les chances de survie sont minces. « On fait ce qu’on peut, mais ce n’est pas assez », reconnaît le médecin.

Alors, que faire ?

D’abord, arrêter de fermer les yeux. Le paludisme n’est pas une fatalité, c’est une urgence. Ensuite, exiger des comptes. À qui profite cette indifférence ? Aux laboratoires qui vendent des médicaments inefficaces ? Aux politiques qui préfèrent regarder ailleurs ? Aux bailleurs qui financent des projets sans suivi ?

Le vrai combat ne sera pas contre les moustiques, mais contre l’abandon

Le paludisme, c’est comme une guerre qui ne dit pas son nom. On sait qu’elle existe, mais on refuse de la déclarer. À Touba, les combats se livrent dans les services de réanimation, entre des murs qui suintent l’humidité et des patients qui toussent leur sang.

La saison des pluies approche. Avec elle, les moustiques reviendront. Et avec eux, les fièvres, les hospitalisations, les décès. À moins que quelqu’un ne décide enfin d’agir.

Pas pour les chiffres. Pour les vies.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie