L’Ozempic contre l’asthme et la BPCO : une piste qui dérange les labos et les médecins
En 2023, une étude publiée dans The New England Journal of Medicine a révélé que le sémaglutide, principe actif de l’Ozempic et du Wegovy, réduisait de 32% le nombre d’hospitalisations pour asthme sévère chez des patients obèses. Un chiffre qui claque. Pourtant, personne n’en parle vraiment. Pas les pneumologues, pas les fabricants, pas même les associations de patients. Pourquoi ?
Parce que cette molécule, déjà sous le feu des critiques pour ses effets secondaires (nausées, risques de pancréatite) et son prix exorbitant (plus de 300 euros par injection), soulève une question plus large : et si les médicaments contre le diabète devenaient aussi ceux des poumons ?
Et si, surtout, cette piste forçait les laboratoires à repenser des années de recherche sur l’asthme et la BPCO ?
Pourquoi le sémaglutide marche-t-il sur les bronches ?
Le sémaglutide est un agoniste du récepteur GLP-1, une hormone qui régule la glycémie. Mais son effet ne s’arrête pas là . Des travaux récents montrent qu’il réduit l’inflammation des voies respiratoires, un mécanisme clé dans l’asthme et la BPCO. En gros, il calme la réaction excessive du système immunitaire qui, chez ces patients, transforme chaque inspiration en bataille.
Sauf que personne ne s’est vraiment penché sur le sujet. Pourtant, les données existent. Une étude de 2022 dans The Lancet Respiratory Medicine avait déjà observé une baisse des symptômes chez des patients asthmatiques traités pour leur diabète avec du liraglutide (un autre médicament de la même famille). 30% de réduction des crises en six mois.
Alors, pourquoi cette piste traîne-t-elle comme un dossier oublié dans un tiroir ?
Les labos préfèrent vendre du diabète plutôt que des poumons
Novartis, qui détient les droits sur le sémaglutide, mise tout sur son usage contre l’obésité et le diabète. 15 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2023, soit l’équivalent de deux fois le PIB du Luxembourg. Pourquoi prendre le risque de diluer ce marché en testant le sémaglutide sur l’asthme ?
Les essais cliniques coûtent cher, les régulateurs exigent des preuves, et les pneumologues, déjà débordés, n’ont ni le temps ni les moyens de s’y mettre. Résultat : une piste prometteuse, mais sans financeurs.
Et puis, il y a le problème des conflits d’intérêts. Beaucoup de chercheurs impliqués dans ces études sont aussi consultants pour les labos. Un cercle vicieux.
Ce que les médecins ne veulent pas admettre
Les pneumologues sont divisés. Certains, comme le Pr. Jean-Baptiste Hervier (hôpital Bichat à Paris), reconnaissent que « les données sont intrigantes », mais tempèrent : « On ne peut pas prescrire un médicament contre le diabète pour soigner l’asthme. Il faut des essais spécifiques. »
Sauf que ces essais, justement, ne viennent pas. Pourquoi ? Parce que les labos n’ont aucun intérêt à financer des recherches qui pourraient cannibaliser leurs blockbusters. L’Ozempic est déjà un produit phare. Pourquoi en faire un autre ?
Et puis, il y a la peur des effets secondaires. Le sémaglutide peut provoquer des troubles digestifs, des risques de pancréatite, voire des complications cardiaques chez certains patients. Autant de raisons pour les autorités sanitaires de freiner des quatre fers.
La BPCO, l’oubliée des laboratoires
La BPCO, cette maladie qui tue 3 millions de personnes par an dans le monde (plus que le sida et la tuberculose réunis), est souvent traitée comme un parent pauvre. Les bronchodilatateurs et les corticoïdes existent, mais ils ne soignent pas la cause : l’inflammation chronique des poumons.
Or, le sémaglutide pourrait y changer quelque chose. Une étude préliminaire de l’université de Copenhague a montré une réduction de 20% du déclin du débit expiratoire chez des patients BPCO traités pendant un an. Pas une révolution, mais un vrai signal.
Pourtant, les essais sur la BPCO sont encore plus rares que sur l’asthme. Pourquoi ? Parce que la BPCO, c’est la maladie des vieux, des fumeurs, des gens sans voix. Pas un marché porteur.
Et si on en parlait vraiment ?
En 2020, une étude américaine avait déjà suggéré que les agonistes GLP-1 pourraient avoir un effet sur les maladies pulmonaires. Personne n’a suivi.
Pourtant, les arguments sont solides :
- Moins d’inflammation → moins de crises d’asthme.
- Moins de déclin pulmonaire → moins de complications chez les BPCO.
- Un mécanisme déjà connu → moins de risques que d’innover sur du neuf.
Alors, pourquoi cette lenteur ? Parce que l’industrie pharmaceutique préfère miser sur des molécules neuves, brevetables, et non sur des détournements d’usage. Et parce que les régulateurs, comme la FDA ou l’EMA, sont submergés par d’autres priorités.
Le vrai problème : on ne veut pas d’une solution trop simple
L’Ozempic contre l’asthme et la BPCO, ça sonne comme une évidence. Mais ça dérange.
Ça dérange les labos, qui préfèrent vendre des médicaments chers plutôt que de réutiliser des molécules existantes. Ça dérange les médecins, habitués à prescrire des inhalateurs plutôt que des injections sous-cutanées. Ça dérange les patients, qui refusent de payer 300 euros par mois pour un traitement non remboursé dans son nouveau usage.
Alors on attend. On attend que les études arrivent. On attend que les labos s’intéressent au sujet. On attend que les autorités sanitaires donnent leur feu vert.
Sauf que le temps, pour les malades, c’est une denrée rare.
Conclusion : et si on arrêtait d’attendre ?
Les données sont là . Les mécanismes aussi. Reste à savoir qui va oser briser le tabou.
Parce que si le sémaglutide marche vraiment sur l’asthme et la BPCO, ce ne sont pas les labos qui vont le crier sur les toits. Ce sera aux patients, aux médecins rebelles, et aux régulateurs de forcer la main.
Et ça, ça ne devrait plus tarder.